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Géorgie, Suisse et France : David Charachidzé (1885-1935), député et journaliste


samedi 5 mai 2012, par Mirian Méloua

David Charachidzé est né en 1885 en Géorgie occidentale, à Bakhvri (1).

Très tôt, au lycée, il s'éveille aux idées progressistes et se rapproche du Parti ouvrier social-démocrate géorgien qui vient de se créer.

Des études supérieures en Europe occidentale et des contacts avec les socialistes européens

Ses parents, des intellectuels (2), l'envoient poursuivre ses études supérieures en Europe occidentale, à Genève, puis à Leipzig.

Il lie des contacts avec les socialistes, plus particulièrement avec les socialistes belges, Emile Vandervelde déjà député et Camille Huysmans journaliste et futur député.

Un retour en Géorgie lors de la Révolution de 1905

En 1905, il rentre en Géorgie et participe aux mouvements sociaux contre l'Empire russe, et commence une carrière de journaliste qu'il n'arrêtera jamais.

Il devient rédacteur en chef de l'organe officiel du Parti social démocrate ouvrier géorgien, "Borba".

Pourchassé par la police politique du tsar Nicolas II, il regagne l'Europe et s'installe un temps à Genève, ville des proscrits. Il accueille, en 1908, son ami Sossipatré Assathiany, échappé des geôles de l'Empire russe et de la déportation en Sibérie.

En 1918, après la restauration de l'indépendance de la Géorgie et la proclamation (3) de la Ière République (4), il est élu député à l'Assemblée constituante et soutient les réformes du gouvernement présidé par Noé Jordania (5).

En mars 1921, après l'invasion de la Géorgie par l'Armée rouge, il prend le chemin de l'exil comme toute la classe politique géorgienne, d'abord à Constantinople, ensuite à Paris.

L'exil définitif en France

En 1924, il rejoint les positions de Nicolas Tchéidzé et d'Irakli Tsérétéli (6), avec d'autres anciens députés, estimant que l'implantation de l'Armée rouge et de la Tchéka est trop profonde sur le territoire géorgien et laisse peu de chance à une insurrection nationale (7).

En 1930, à la suite d'un publication d'Henri Barbusse, compagnon de route du Parti communiste français, sur la Géorgie (8), il publie un livre retentissant préfacé par le socialiste Karl Kautsky :

"Henri Barbusse, les Soviets et la Géorgie".

David Charachidzé reprend point par point l'argumentaire d'Henri Barbusse. Il argumente sur

-  l'orientation profondément démocratique de la Ière République de Géorgie, ses réussites sociales et économiques de mai 1918 à février 1921,

-  le non-respect par la Russie soviétique du traité de paix signé le 7 mai 1920 avec la Ière République de Géorgie,

-  la terreur instaurée à partir de mars 1921 par le pouvoir soviétique, notamment par la Tchéka.

L'homme

L'écriture de ce livre lui vaudra la rencontre d'une jeune secrétaire française, présentée par Irakli Tsérétéli, Héléne Toussaint qui deviendra sa femme : ils auront deux enfants,

-  Georges (1930-2010) qui s'illustrera comme linguiste (9),

-  Thamar (née en 1934) qui deviendra responsable de l'action vers les pays de l'Est au sein d'une ONG internationale et membre fondateur de l'Institut Noé Jordania de Paris .

David Charachidzé meurt en 1935.

Notes :

(1) Certains biographes mentionne Ozourguetti comme lieu de naissance. La confusion provient probablement des usages de la Légation géorgienne en France (1921-1933) [et de l'Office des réfugiés géorgiens en France (1933-1940) qui lui succède] : les grandes villes comme Tiflis, Koutaïs ou Batoum sont systématiquement retenues comme lieu naissance. Ozourguetti est la capitale de la Gourie.

(2) Sa famille compte dans ses membres le fondateur du journal satirique "Echmakis matrakhi" (Le fouet du Diable).

(3) La proclamation de la Ière République de Géorgie est effectuée le 26 mai 1918 par le Conseil national géorgien, conseil réunissant toutes les obédiences politiques géorgiennes, nationale démocrate, sociale fédéraliste et sociale démocrate.

(4) La Ière République de Géorgie (1918-1921).

(5) Selon David Charachidzé "Le gouvernement n'est qu'une sorte de commission exécutive du pouvoir législatif. Il n'existe pas de poste de président de la République" : page 77, "H. Barbusse. Les Soviets et la Géorgie".

(6) Selon Charles Urjewicz "Au cours de l'année 1924, en compagnie d'I. Tsérétéli et de N. Tchkéidzé (membre du Gouvernement provisoire de 1917 et dirigeant du soviet de Petrograd), il s'oppose à la préparation de l'insurrection d'août qu'il considérait comme suicidaire" : page 296, "La Terreur sous Lénine", Le Sagittaire.

(7) L'insurrection nationale géorgienne sera brutalement réprimée par le pouvoir soviétique : 7 000 personnes seront fusillées et des dizaines de milliers envoyées en déportation.

(8) "Voilà ce qu'on a fait de la Géorgie" par Henri Barbusse, Editions Flammarion, Paris 1929. Dans ce livre politique, l'écrivain français reprend les thèses défendues par les marxistes-léninistes, ainsi que plus tard par les staliniens et par les trotskistes : en février 1921 le prolétariat russe est venu au secours du prolétariat géorgien suite à l'appel de ce dernier, au nom de la solidarité internationale.

(9) Georges Charachidzé (1930-2010), linguiste et historien du Caucase, d'origine géorgienne.

*

Sources :

-  archives familiales,

-  "La terreur sous Lénine" de Jacques Raynac, avec Alexandre Skirda et Charles Urjewicz, Editions le Sagittaire, Paris, 1975,

-  "Henri Barbusse, les Soviets et la Géorgie" de David Charachidzé, Editions Pascal, Paris, 1930.

*

Remerciements à Thamar Bourand, née Charachidzé.

Voir aussi :

-  Géorgie, Suisse et France : Noé Jordania (1868-1953), président des 2e et 3e gouvernements de la Ière République

-  Géorgie, Russie et France : Nicolas Tchéidzé (1864-1926), homme d'État

-  Géorgie, Russie, France et Etats-Unis : Irakli Tsérétéli (1881-1959), homme d'État.



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