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Russie : "Le pouvoir perd la lutte contre le terrorisme" par Dmitri ROGOZINE


samedi 2 octobre 2004

Dmitri Rogozine, président du parti "Rodina" ("Patrie")

Plusieurs personnalités officielles ont qualifié de "guerre" la série d'attentats commis contre des citoyens de la Russie. Ce n'est d'ailleurs pas une découverte. Cette guerre est menée depuis longtemps. La Russie, qui n'a pas remporté de victoires notables, est en train de la perdre lamentablement.

Ne pas s'en prendre au miroir...

Le principal obstacle qui empêche le pays de gagner la guerre contre le terrorisme, c'est l'obstination du pouvoir à ne pas vouloir appeler les choses par leurs noms. On a parfois l'impression que notre politique de sécurité dans le Caucase ne se fonde pas sur la réalité, mais vise à jeter de la poudre aux yeux, à nous-mêmes et aux Européens.

Le pouvoir continue à nous raconter des histoires sur "l'internationale terroriste". Le terrorisme est, certes, soutenu de l'étranger, mais il prend ses racines dans notre politique erronée de pacification du Caucase, dans la présence, dans cette région, de conditions propices à l'apparition du terrorisme et à sa propagation dans le pays.

De nouveaux maux sont apparus dans le Caucase. Nous n'avons pas remarqué que les Maskhadov formés dans les rangs de l'Armée soviétique étaient évincés par de jeunes "caïds" peu connus qui ont grandi pendant les dernières guerres caucasiennes et qui ne connaissent rien d'autre. Ces "talibans caucasiens" sont plus redoutables que Doudaev.

Nos chefs militaires trompent leur commandant en chef et, par la même occasion, leurs compatriotes quand ils parlent des succès de la traque des criminels. Les représentants du gouvernement fabriquent des rapports mensongers sur la reconstruction de Grozny (souvenons-nous de la surprise de Vladimir Poutine survolant la ville en hélicoptère !).

Nos fonctionnaires civils et ceux des structures de force peuvent toujours invoquer "l'internationale terroriste" mais, si cette "internationale" agit librement sur le territoire russe, c'est qu'on le lui permet. Quand le financement budgétaire de la Tchétchénie est dilapidé de façon quasi officielle, quand les terroristes se dotent d'armements russes ultramodernes, quand le centre fédéral est représenté à Grozny par un tout jeune homme inexpérimenté, toutes les incantations des hauts fonctionnaires à propos de l'étranger et leurs lamentations au sujet des "bandes internationales" ne révèlent que leur impuissance ou leur irresponsabilité.

Le pouvoir a pour mission d'éliminer la menace qui pèse sur la nation. Si ceux qui sont spécialement chargés de cette tâche ne l'accomplissent pas, ils doivent être immédiatement écartés.

Le manque d'ordre, voilà l'ennemi principal

Quant aux mesures proposées par le président Poutine en vue de renforcer la lutte antiterroriste, elles comportent un nouveau mode de formation du pouvoir exécutif dans les régions et le passage à un système proportionnel pour l'élection des députés à la Douma et aux assemblées législatives des entités de la Fédération de Russie.

Ceux qui nient le lien entre les initiatives présidentielles et les événements à Beslan font, à mon avis, preuve d'hypocrisie. Ce lien est direct. Si nous avions connu le nom et le prénom de l'ennemi numéro un de la Russie, je pense que nous aurions pu nous organiser plus rapidement. Mais, pour l'instant, l'ennemi principal du pays, c'est le manque d'ordre, l'absence d'un système politique fiable capable d'affronter les nombreuses forces de l'ennemi. Elles sont aussi bien à l'intérieur du pays qu'à l'extérieur, dans l'économie comme dans le secteur militaire.

Les propositions du président suscitent, pour l'essentiel, une réaction positive. Les forces patriotiques, dont "Rodina" fait partie, se sont toujours prononcées pour la nomination des gouverneurs et la prééminence de la législation fédérale, à même de garantir l'égalité réelle des droits de tous les citoyens du pays, indépendamment de leurs origines ethniques et sociales.

La Russie s'est formée en tant qu'Etat centralisé, et non comme une union des "entités de la Fédération". Or certains gouverneurs transforment les territoires qui leur sont confiés en principautés, dans lesquelles règne l'absolutisme politique, et font chanter le pouvoir fédéral. Cela concerne surtout les républiques dite "nationales", qui ont adopté leurs propres lois dans les années 90, annulant parfois des lois fédérales, y compris dans le domaine des droits civiques. Les valeurs libérales - la liberté de la presse et d'association - en ont particulièrement pâti.

En ce qui concerne le mode de formation des organes représentatifs du pouvoir, les choses sont moins claires. Il est évident que le principe de la proportionnalité des élections à la Douma et aux assemblées législatives régionales exclura la présence des indépendants. Mais moi qui ait été élu à trois reprises dans une circonscription uninominale à scrutin majoritaire, je dois reconnaître que la voix des députés indépendants n'a guère d'importance dans la polémique entre les grands groupes parlementaires. A la Douma, les députés "indépendants" sont voués à la dépendance. Leur liberté est facilement sacrifiée, lorsqu'il s'agit, par exemple, d'obtenir le financement des programmes fédéraux d'investissement pour leur région.

Le processus parlementaire est caractérisé par la rivalité entre des points de vue et des idées se référant à différentes écoles politiques, dont les principales - six au maximum, sans doute - doivent être représentées au parlement et dans les assemblées législatives régionales. Quand les partis sont plus nombreux, le problème des ambitions personnelles de leurs leaders occupe le devant de la scène, ce qui n'a rien à voir, ni avec la compétition idéologique, ni avec les intérêts des groupes de citoyens qu'ils représentent. L'expérience des démocraties développées montre que les véritables partis politiques dans un pays ne sauraient se compter par dizaines. Quatre à cinq suffisent largement à refléter toute la palette des opinions politiques de la société.

Si la Douma est élue au scrutin de liste proportionnel, la représentation des régions à l'Assemblée fédérale pourrait être assurée par le Conseil de la Fédération, que la Constitution a d'ailleurs investi de ce rôle. Dans ce cas, il est vrai, les sénateurs devraient être élus au suffrage direct. C'est dans ce cas seulement que le nouveau modèle de système politique de la Russie pourra être considéré comme logiquement achevé.

Les conditions de l'opposition

On reproche parfois à l'opposition patriotique, de ne pas suffisamment critiquer le président. Mais nous ne voulons pas faire de l'opposition un fétiche. Nous n'avons pas besoin d'une opposition qui serait un principe rituel. Nous la considérons comme le droit d'avoir un point de vue différent et de le matérialiser.

Le malheur du pouvoir actuel est qu'il n'est pas responsable des erreurs, des mauvaises décisions et, plus simplement, de l'incurie et du banal vol. Le pays n'a toujours pas de critères rigoureux qui permettraient de porter un jugement politique sur le travail du gouvernement et des fonctionnaires en général.

Notre parti "Rodina" propose d'adopter au moins trois critères de base pour apprécier le travail des principaux fonctionnaires fédéraux : l'évolution de l'espérance de vie, la garantie de la sécurité et la croissance du niveau de vie de la population. Ainsi, par exemple, une procédure de démission du gouvernement serait mise en route automatiquement, dès lors que le gouvernement n'aurait enregistré aucun progrès dans ces secteurs au bout d'un an.

L'erreur évidente du président Poutine, qui fait débat dans tout le peuple, c'est son refus de prendre des décisions radicales en matière de politique des cadres. Le banc de touche est court. Suite au remue-ménage du printemps, qualifié de "réorganisation", les fonctionnaires ont permuté de poste. Les meilleures places reviennent à des hommes impopulaires, voleurs et amorphes, qui tous ombrent de noir le portrait politique du Président.

Il est évident aujourd'hui que la décision de miser sur les "structures de force" dans l'organisation du pouvoir n'a pas apporté - hélas ! - de résultat tangible. Ces structures n'ont plus de force. Elles s'avèrent incapables de faire face aux nouvelles menaces, incapables même de réussir à la tête des administrations régionales. J'ose prétendre que ce n'est pas à proprement parler leur problème. C'est un problème d'organisation du pouvoir, le problème du refus des autorités de trouver des forces saines dans le pays et de s'appuyer sur elles, de ranimer l'énergie créatrice et constructive de la société et d'en faire profiter l'Etat tout entier.

Les initiatives du président laissent-elles entrevoir l'intention de redresser la situation ? Oui, répond le parti "Rodina", qui émet toutefois une série de réserves.

La première chose que les autorités doivent faire pour réaliser leur hyper projet, c'est d'achever enfin la formation d'un système pluraliste sain et puissant. Nous avons besoin de partis politiques civilisés et responsables, capables de former leur propre contre-pouvoir, de proposer des points de vue différents sur les projets des autorités, d'assumer le contrôle professionnel et éthique des activités des services spéciaux. De tels partis doivent prendre pour référence les intérêts nationaux du pays et avoir un potentiel qui leur permette d'avancer des propositions réalistes et bien argumentées.

Le pouvoir exécutif ne doit pas s'ingérer dans les discussions entre les partis. Ainsi, la Loi sur les partis politiques garantira la possibilité de débattre concrètement des problèmes actuels et stratégiques de la vie du pays. Ces débats doivent être accessibles à tous les citoyens intéressés et tous les partis politiques, notamment ceux qui sont représentés au parlement, doivent avoir un accès égal aux grands moyens d'information, surtout aux médias électroniques.

L'état de guerre dans lequel nous nous trouvons face aux "loups" du drapeau de l'Itchkérie tchétchène place la nation et ses dirigeants politiques devant la nécessité d'éliminer nos défauts, du moins les principaux. Et là, l'opposition patriotique, capable d'affronter le mal, notamment les "loups" tchétchènes, pourrait jouer un rôle majeur.

RIA - Novosti



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