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Géorgie : hypothèse de retrait de la CEI (2006)


EN ACCORD AVEC L'UKRAINE
mardi 9 mai 2006, par Mirian Méloua

La constitution de la Communauté des Etats Indépendants en 1991, sans les Etats baltes et avec la participation tardive de la Géorgie, s'était inscrite dans une certaine continuité de l'ex-URSS. Le 5 mai 2006, à Vilnius, le Président Saakachvili déclare à ses pairs de Finlande, des Etats baltes, de Pologne, de Roumanie, de Moldavie, de Bulgarie, d'Ukraine et des Etats du Caucase "qu'il réfléchissait sérieusement à l'avenir de la CEI car elle s'est transformée en organisation fermée".

La réplique russe est immédiate. Le président du Sénat, Sergueï Mironov, répond le 3 mai que "le retrait de la Géorgie de la CEI ne nuirait qu'à elle-même".

L'Ukraine, par son secrétaire de Conseil National de Sécurité, Anatoli Kinakh, soutient la position géorgienne et enfonce le clou : "la CEI se transforme en organe consultatif et politique. Ce n'est pas un mal, mais au vu des résultats pratiques, la CEI a perdu sa raison d'être économique".

Le président du comité de la CEI au Sénat russe, Vadim Goustov, après avoir fustigé l'Ukraine, répond à son tour à Mikheil Saakachvili le 5 mai : "si la Géorgie, elle aussi, met à exécution sa menace de se retirer de la CEI, la situation dans ce pays sera encore plus difficile".

Le 6 mai le président du comité pour la CEI à la Douma russe, Konstantin Kossatchev, estime que les déclarations de Vilnius constituent " un grand jeu politique dont l'objectif est de créer un cordon sanitaire autour de la Russie" et que "Kiev et Tbilissi s'emploient à aggraver leurs relations avec la Russie pour accélérer leur intégration dans les structures ouest-européennes".

Dépendance énergétique, économique et financière de la Géorgie

Les experts russes ne manquent pas de rappeler que l'économie géorgienne est dépendante de la Russie, d'abord en termes de gaz (à près de 100%), d'électricité (à plus de 50%) et de pétrole. L'approvisionnement géorgien par l'Azerbaïdjan en gaz azerbaïdjanais, iranien, voire kazakh, ne se met que lentement en place. Les centrales hydro-électriques géorgiennes retrouvent difficilement leur capacité de production malgré les aides occidentales et chinoises. L'oléoduc Bakou - Tbilissi - Ceyhan ne répond pas encore aux besoins géorgiens. Une révision à court terme de la coopération énergétique avec la Russie serait dramatique pour la Géorgie.

Ils rappellent ensuite qu'en termes d'échanges commerciaux, la Russie est demeurée en 2005 le premier partenaire de la Géorgie (16%), avec un accroissement spectaculaire (500 millions de dollars pour moins de 350 millions en 2004). L'interdiction des importations d'eaux minérales et de vins géorgiens en vigueur depuis quelques semaines, les restrictions apportées à celles d'agrumes et de thé viendront certainement changer la donne en 2006. Le secteur agricole géorgien, qui emploierait plus de la moitié de la population active, serait durement touché avant de trouver des marchés alternatifs.

Enfin huit cents milles citoyens géorgiens vivraient aujourd'hui sur le territoire russe et transféreraient chaque année 2 milliards de dollars de devises vers la Géorgie, soit 20% de son PIB ; ce flux financier, s'il était confirmé, serait largement supérieur à toutes les aides internationales apportées à Tbilissi.

Ces experts rappellent aussi que les pays appartenant à la CEI seraient déliés de leurs engagements politiques, en particulier sur la question de l'Abkhazie, manière de suggérer qu' une reconnaissance de la république autoproclamée serait envisageable.

La menace est claire, un retrait de la Communauté des Etats Indépendants serait suicidaire économiquement et politiquement pour la Géorgie.

L'affrontement verbal dépasse évidemment l'enjeu de la Géorgie. Richard Cheney, vice-président des Etats-Unis, participait aux travaux de Vilnius. Moscou réaffirmait quelques heures plus tard que rien ne se fera dans l'Etranger proche russe sans son approbation.

"Cordon sanitaire par l'Ouest de la Russie" selon Konstantin Kossatchev, "arc d'amitié de la mer Baltique à la mer Noire" selon Mikheïl Saakachvili, quelle différence ? L'ombre de l'OTAN y est la même.

Différentes sources, dont l'agence de presse russe RIA Novosti.

Voir aussi Géorgie : les pressions russes s'accentuent sur tous les fronts (avril 2006), 21 avril 2006.



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