Avocat spécialisé dans les lois répressives en Géorgie
Nona Kurdovanidze a publié et commenté une liste de lois adoptées par le parti au pouvoir entre 2024 et 2026 qui, selon elle, visent à éliminer progressivement l’espace d’activité de la société civile.
Le Parlement géorgien adopte un ensemble de lois sur le contrôle des financements étrangers
L’objectif affiché est de « protéger l’ordre constitutionnel et de limiter l’influence étrangère ».

Nona Kurdovanidze :
« Les lois répressives adoptées en 2024-2026 dans le but d’éliminer progressivement l’espace d’activité de la société civile comprennent :
● Loi sur la transparence de l’influence étrangère
La loi adoptée en mai 2024 impose à toutes les organisations non gouvernementales et médiatiques qui reçoivent plus de 20 % de leur financement annuel de sources étrangères de s’inscrire dans un registre spécialement créé des « agents étrangers ». Ils sont donc qualifiés d’organisations défendant les intérêts d’un État étranger. Le refus d’enregistrement entraîne de lourdes sanctions financières.
À l’heure actuelle, 385 organisations sont répertoriées dans le registre. Cependant, un nombre important d’organisations, notamment des groupes de défense des droits de l’homme, ont refusé de s’enregistrer. Plus d’une centaine d’organisations ont contesté cette question devant la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg.
● Loi sur l’enregistrement des agents étrangers
La loi sur l’enregistrement des agents étrangers – décrite par les autorités comme un analogue de la loi américaine sur l’enregistrement des agents étrangers – a été adoptée en 2025 et a encore renforcé le contrôle sur les financements étrangers.
Une personne doit s’enregistrer en tant qu’« agent étranger » si elle participe, directement ou par l’intermédiaire d’une autre personne, à une activité politique en Géorgie dans l’intérêt d’un mandant étranger et en même temps agit sous la direction, la demande, les instructions ou le contrôle de ce mandant. La définition de l’activité politique est si large qu’elle peut inclure presque toutes les activités capables d’influencer la société sur n’importe quelle question. La violation de la loi entraîne une responsabilité pénale et une peine de prison pouvant aller jusqu’à cinq ans.
● Modifications 2025 de la loi sur les subventions
Des amendements adoptés le 16 avril 2025 interdisent l’octroi de subventions étrangères sans l’approbation préalable du gouvernement géorgien. Si une subvention est accordée sans le consentement du gouvernement, l’organisation bénéficiaire s’expose à une amende égale au double du montant de la subvention reçue. Les modifications interdisent également les modifications des accords de subvention conclus avant le 16 avril 2025 sans l’approbation du gouvernement.
Cela signifie que lorsqu’un donateur demande l’approbation du gouvernement, les autorités évalueront :
- le but de la subvention
- le montant de la subvention
- comment la subvention sera utilisée
- si la subvention est conforme aux intérêts et aux programmes de l’État
En pratique, cela signifie que le financement des initiatives civiques dépend désormais de leur adéquation avec la vision politique du gouvernement. En réalité, cela donne aux autorités un contrôle important sur leurs activités.
Après ces changements, le Bureau anti-corruption de Géorgie a obtenu la supervision de plus de 100 organisations. Après la suppression du bureau, ses pouvoirs ont été transférés le 2 mars au Bureau national d’audit de Géorgie.»
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● Modifications de la loi sur les subventions (2026)
Les amendements adoptés le 4 mars 2026 ont encore élargi le contrôle de l’État sur le soutien étranger.
Dans le cadre des changements, les subventions comprennent désormais non seulement une aide financière mais également un soutien technique, l’échange de connaissances professionnelles, des consultations d’experts et une assistance technologique. Toutes ces formes de soutien nécessitent désormais l’accord préalable du gouvernement. Les modifications établissent également des procédures pour demander l’approbation du gouvernement pour les subventions que les organisations ont déjà reçues.
Les changements les plus sérieux concernent l’introduction de la responsabilité pénale.
Selon les nouvelles règles, les violations de la loi sur les subventions constituent une infraction grave. Au lieu d’amendes administratives, la loi prévoit désormais la responsabilité pénale, y compris des peines de prison pouvant aller jusqu’à six ans pour les individus. Les autorités peuvent également liquider des personnes morales. Les poursuites pénales peuvent viser non seulement les organisations mais également leurs dirigeants et leur personnel de direction.
La responsabilité administrative ne s’applique désormais qu’aux violations commises par les bureaux de représentation et les succursales d’organisations étrangères en Géorgie. S’ils reçoivent un financement ou un soutien technique de leurs organisations mères sans l’approbation du gouvernement, les autorités leur imposeront des amendes.
La requalification de l’infraction en délit grave permet également aux organismes d’enquête de procéder à une surveillance téléphonique secrète avec l’accord du tribunal.
Malgré la pression, les organisations de la société civile affirment qu’elles poursuivront leur travail et resteront engagées dans les activités qu’elles considèrent d’une importance cruciale pour la société.
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