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"L'Europe et la Géorgie, un dialogue exigeant" par Eric FOURNIER, ambassadeur de France en Géorgie (2011)


vendredi 15 avril 2011

Les événements survenus dans le pourtour méditerranéen depuis décembre 2010 continuent de mobiliser les chancelleries européennes. Le Conseil de sécurité des Nations Unies vient de s'engager dans la crise libyenne en adoptant la résolution 1973, dont les effets n'ont pas tardé à se faire sentir, puisqu'une coalition s'est immédiatement mise en place pour briser les capacités anti-aériennes du colonel Kadhafi.

La Géorgie a exprimé lundi 21 mars son soutien aux efforts de la coalition. L'ancien ministre de l'Intérieur, M. Brice Hortefeux, désormais conseiller du Président de la République, a déclaré : « le Président est à l'initiative. Il montre sa capacité à agir comme en 2008 lors de la guerre en Géorgie et de la crise financière » (Le Monde, 22 mars 2011). Pendant ce temps, où en est-on du côté du « Partenariat oriental » entre l'Union européenne et la Géorgie ?

Pour l'ensemble des Etats membres de l'UE, soyons honnêtes, la priorité du moment consiste bien à consolider les démocraties renaissantes du pourtour méditerranéen. Mais cela ne signifie pas qu'ils se désintéressent des développements dans le voisinage oriental de leurs frontières. Ils l'ont démontré en exprimant leurs préoccupations après les élections en Biélorussie, et ils consacrent beaucoup de temps à la question de la prévention des conflits. C'est pour cette raison qu'ils sont sensibles à la perception qu'ont leurs partenaires de leurs actions de soutien à la démocratie.

De ce point de vue, la Géorgie représente incontestablement une vitrine remarquable. Et pour plusieurs raisons :
-  C'est le seul Etat de la région qui puisse être qualifié de démocratique, dans la mesure où il organise ses élections selon des critères salués par l'OSCE comme satisfaisants.
-  C'est aussi à peu près le seul Etat de l'ex-Union soviétique mis à part ceux qui sont entrés dans l'Union européenne, où des oppositions aux orientations différentes peuvent manifester sans voir leurs partisans empêchés de s'exprimer. Ce n'est pas ici le lieu de parler des expériences ukrainienne et arménienne, qui relèvent de logiques différentes, mais disons que la Géorgie se caractérise par un nombre particulièrement élevé de partis politiques aux orientations irréconciliables ce qui contribue d'ailleurs à la faiblesse de ces oppositions.

Aussi est-ce avec un intérêt particulier que les européens ont pris connaissance, récemment, d'une analyse faite par plusieurs ONG sur la « mise en œuvre des objectifs du plan d'action UE-Géorgie (politique européenne de voisinage) ». J'ai eu l'occasion de dire à quel point il pouvait sembler décevant que la perception de cette politique de voisinage par les auteurs de cette analyse ait été somme toute négative. Pour nous, européens, les efforts accomplis en vue d'améliorer le fonctionnement des institutions démocratiques réclament un soutien sans relâche. C'est ce que nous avons fait en accompagnant la réforme de la Constitution, en encourageant la transparence sur la propriété des médias ou en participant au dialogue sur la réforme du code électoral ou au code de procédure criminelle.

Il reste certes beaucoup à faire. Dans le domaine des médias, l'essentiel consiste surtout à s'assurer que les journalistes fassent preuve de professionnalisme dans leurs présentations des faits et dans leurs analyses. Ainsi, on ne peut lire sans sourire l'amalgame qui a pu être fait récemment par certains médias entre la préoccupation, légitime, de certains européens lorsqu'ils découvrent que leur politique d'aide à la Géorgie est présentée par certaines ONG comme inefficace, voire inutile, et des tendances « rétrogrades », voire « néo-bolchéviques », qui ramèneraient la Géorgie au temps de l'Union soviétique.

Que ce soit bien clair : l'Europe soutient l'effort de la Géorgie sur son chemin vers les valeurs et les pratiques de l'Union européenne, chemin d'épines et de sueur, et elle continuera de le faire parce que les résultats lui paressent encourageants. Oui, il y a des frustrations, elles sont mutuelles d'ailleurs, mais la politique européenne de voisinage conserve toute sa pertinence. A nous d'en relever les carences et de les corriger, mais il faut poursuivre, et ne pas s'en remettre à des conclusions critiques, dont le sens vise à nous encourager et non à nous décourager.



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