Accueil Brèves Plan du site Contact Admin


COLISEE Articles
comité pour l’information sur l’Europe de l’Est
   
 
 
[ Imprimer cet article ]


Dossier : un attentat par jour dans le Nord Caucase russe, à moins de douze mois des J.O. de Sotchi (février 2013)


samedi 9 février 2013, par Nicolas Lévilidane

A) Une présence russe de moins de deux siècles.

B) Les attentats du territoire nord-caucasien (cités par les médias russes RIA Novosti et La Voix de la Russie).

C) Un terrorisme changeant.

D) Une lutte anti-terroriste changeante.

E) Des résultats contrastés.

F) La région de Sotchi cible privilégiée ?

A moins de 12 mois des Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi, ville aujourd'hui sur le territoire russe mais naguère sur le territoire abkhaze, les services russes agissent afin de sécuriser la région. Pourtant la vague d'attentats dans le Nord Caucase perdure.

 

A) Une présence russe de moins de deux siècles


La présence russe a été régulièrement contestée par la mosaïque de peuples qui s'étend du Daghestan à l'Adyghée, en passant par la Tchétchénie, l'Ingouchie, la Kabardino-Balkarie et la Karatchaevo-Tcherkessie. L'Ossétie du Nord a été, historiquement, un point d'appui pour la Russie.

De Chamil qui contesta la conquête par l'Empire russe au milieu du XIXème siècle aux émirs islamistes qui conteste aujourd'hui l'appartenance à la Fédération de Russie, ces peuples résistèrent aussi à la soviétisation (et le payèrent parfois cher).

Les Tchétchènes connurent deux périodes de relative indépendance, avant la première guerre qui les opposèrent à la Russie de 1994 à 1996 (1) et avant la seconde en 1999 (2).

Les faits démontrent que cette résistance s'est radicalisée avec l'implication islamiste.

Le 30 mars 2010, le journaliste français Alexandre Billette titrait sur RFI : "La presse russe dénonce l'échec de la politique du Kremlin dans le Caucase" (3).

 

B) Les attentats du territoire nord-caucasien


Après la Ière et la IIème guerres de Tchétchénie, après la normalisation engagée par Ramzan Kadyrov en 2007 -avec l'appui de Vladimir Poutine-, d'autres nations caucasiennes se sont embrasées (Ingouchie, Daghestan, Kabardino-Balkarie, ...). L'Ossétie du Nord, où stationne l'Etat-Major de l'armée russe pour la région, est la moins touchée.

"Les données officielles sur les attaques terroristes sont invérifiables et peu fiables, et les informations recueillies par les médias et les organisations non gouvernementales (ONG) ne peuvent rendre compte des attaques manquées ou déjoués et de tous les accrochages militaires. Cependant, il est clair que les embuscades et assassinats quotidiens, et en premier lieu les attentats suicides, font du Caucase du Nord la zone la plus « terrorisée » d'Europe et l'un des pôles de terrorisme les plus dangereux au monde" (4).

Par l'intermédiaire des médias russes (en l'occurence RIA Novosti et La Voix de la Russie), il est possible néanmoins d'en avoir une certaine idée :

I) Caucase du Nord : une mosaïque de peuples

-  Caucase russe : 326 attentats en 2012
-  Caucase du Nord : recul du terrorisme en 2011
-  Caucase du Nord : un millier de terroristes opèrent dans la région (septembre 2011)
-  Caucase russe : 500 actes terroristes (3 premiers trimestres 2010)
-  Caucase du Nord : plus de 300 terroristes éliminés en 2010
-  Caucase du Nord : le nombre d'attentats en hausse en 2009
-  Russie : 235 agents des forces de l'ordre tués en 2009 dans le Caucase du Nord
-  Caucase du Nord : 28 chefs de gang liquidés en 2007.

II) La république du Daghestan (ou Daguestan)

-  Caucase : le Kremlin remplace le dirigeant du Daguestan (janvier 2013)
-  Caucase russe : 7 terroristes abattus au Daghestan (décembre 2012)
-  Daghestan : un attentat fait 6 morts (août 2012)
-  Daghestan : un double attentat fait 13 morts et 100 blessés (mai 2012)
-  Daghestan : un imam et son garde du corps tués lors d'un attentat (mars 2012)
-  Russie : un nouvel attentat au Daghestan, 30 blessés (septembre 2010)
-  Russie : deux nouveaux attentats au Daghestan, 14 morts (avril 2010)
-  Daghestan : un fonctionnaire haut placé tué dans la capitale (décembre 2009)
-  Daghestan : trois combattants éliminés lors d'une opération spéciale (FSB) (novembre 2009)
-  Daghestan : les incidents armés redoublent (juillet 2009)
-  Daghestan : une bombe explose sur un gazoduc, un policier tué (avril 2009)
-  Daguestan : 4 policiers et 1 civil blessés dans un attentat (mars 2009)
-  Russie : opération commando au Daghestan (novembre 2007).

III) La république d'Ingouchie

-  Ingouchie : cinq activistes tués (septembre 2012)
-  Ingouchie : un attentat suicide fait 6 morts et 11 blessés (août 2012)
-  Puissante explosion en Ingouchie (août 2012)
-  Caucase russe : 450 kg d'explosifs découvert en Ingouchie (juin 2012)
-  Ingouchie : un attentat suicide fait un mort et trois blessés (avril 2010)
-  Meurtre d'un ex-opposant ingouche : le rapporteur de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe choqué (novembre 2009)
-  Ingouchie : les violences armées se poursuivent, le président gravement blessé (juillet 2009)
-  Ingouchie : 6 policiers tués, 2 policiers blessés (mars 2009)
-  Ingouchie : la police abat quatre extrémistes (janvier 2009)
-  Russie : cinq activistes tués en Ingouchie (février 2007).

IV) La république de Kabardino - Balkarie

-  Kabardino-Balkarie : trois terroristes présumés tués par les forces russes (janvier 2013)
-  Caucase russe : un recteur abattu en Kabardino-Balkarie (décembre 2012)
-  Kabardino-Balkarie : meurtre d'un journaliste (décembre 2012)
-  Kabardino-Balkarie (Caucase russe) : trois terroristes abattus par la police (mars 2012)
-  Russie : attentat contre un véhicule de l'OMON en Kabardino-Balkarie, à Naltchik (mars 2008).

V) La république d'Ossétie du Nord

-  Caucase russe, Ossétie du Nord : les prêtres musulmans en danger (décembre 2012)
-  Ossétie du Nord : une bombe de 80 kilos de TNT a été désamorcée (septembre 2012)
-  Ossétie du Nord : l'ancien maire de Vladikavkaz a été tué (janvier 2009)
-  Ossétie du Nord : explosion d'un minibus, 11 morts (novembre 2008)
-  Russie : la prise d'otages de Beslan, en Ossétie du Nord, tourne au massacre (septembre 2004).

VI) La république de Tchétchénie

"Loin d'être pacifiée, la Tchétchénie est aujourd'hui contrôlée avec une brutale efficacité par Ramzan Kadyrov, et le terrorisme est devenu un phénomène plus complexe sous l'effet de la profonde crise de gouvernance qui touche la région" (5).

-  Tchétchénie : des combats entre police et islamistes font 13 morts (janvier 2013)
-  Tchétchénie : 4 morts et 3 blessés dans un attentat-suicide (août 2012)
-  Tchétchénie : trois soldats et un policier tués (janvier 2012)
-  Attentats en Tchétchénie : 8 morts (août 2011)
-  Russie : meurtre d'un colonel ayant servi en Tchétchénie (juin 2011)
-  Tchétchénie : un chef de bande abattu à Grozny (novembre 2009)
-  Tchétchénie : plus d'une dizaine d'attentats ou d'opérations anti-terroristes pour le seul mois de juin 2009
-  Tchétchénie : découverte d'une importante cache d'armes (avril 2009)
-  Tchétchénie : trois séparatistes abattus à Grozny (novembre 2008)
-  Russie : 107 membres de clans armés neutralisés en Tchétchénie, en 2008.

 

C) Un terrorisme changeant


"Le gouvernement russe reconnaît l'escalade terroriste dans le Caucase du Nord, sans toutefois donner d'explication à cette tendance, et se contente de traiter les rebelles de « bandits » ou de « criminels » (Kadyrov privilégie le terme arabe de « shaitan »). Le discours officiel avance que le développement des réseaux terroristes est exclusivement imputable à des soutiens extérieurs. Dans ce contexte, les services de sécurité occidentaux sont d'ailleurs bien plus souvent cités qu'Al Quaida.

En réalité, les flux de financement étrangers de la deuxième guerre de Tchétchénie se sont pratiquement taris et aucun mouvement de fond correspondant à la flambée actuelle de violence n'a pu être constaté. Il est cependant indéniable que les rebelles n'éprouvent aucune difficulté à recruter, ce qui compense leurs lourdes pertes, et que leur image de résistants luttant fièrement contre une force brute rencontre un écho favorable au sein de la population malgré la propagande des autorités" (6).

 

D) Une lutte anti-terroriste changeante


"Ces quinze dernières années, le FSB (service de sécurité fédéral) et les autres organes de maintien de l'ordre ont acquis une solide expérience en matière d'anti-terrorisme. La propagande officielle présente l'image d'une série d'opérations efficaces qui anéantit les groupes terroristes le plus souvent sans faire de prisonniers. Les données recueillies par les ONG révèlent une tout autre réalité, celle d'un harcèlement permanent teinté de brutalité et d'incompétence.

...

Bien que les bases et les convois militaires soient souvent pris pour cible, l'armée s'est progressivement dégagée des opérations anti-terroristes au cours des deux dernières années.

...

La plupart des opérations anti-terroristes incombent à des structures policières placées sous le contrôle du ministère de l'Intérieur qui subit lui aussi une réforme, moins radicale que celle de l'armée, mais qui pénalise sérieusement son fonctionnement.

Entre les unités de la police spéciale déployées dans le Nord-Caucase (comme les OMON, unités anti-émeutes), et les forces de police locales, le différentiel de performances est flagrant, et les tensions fréquentes. Cependant, il est de plus en plus difficile de maintenir la relève des forces spéciales en raison de la contestation qui enfle dans leurs régions d'origine et du mécontentement des professionnels, qui affrontent des risques exponentiels.

Quant à la police locale, elle contribue plus au problème qu'elle n'aide à le résoudre par les relations étroites qu'elle entretient avec les différents clans politiques se disputant le pouvoir" (7).

Les méthodes de répression, dénoncées par les organismes internationaux depuis deux décennies, semblent perdurer :

-  Le Conseil de l'Europe dénonce la torture au Nord Caucase pratiquée par les forces russes (janvier 2013).

 

E) Des résultats contrastés


"Il ne fait aucun doute que de nombreux chefs rebelles ont été exterminés ces dernières années et que le nombre des pertes a augmenté parmi les terroristes/insurgés. Cependant, cela n'a ni affaibli leurs forces ni perturbé leurs instances dirigeantes (8).

Selon l'éditorial de "Gazeta.ru" du 10 septembre 2010, qui reste d'actualité début 2013 :

"En dix ans de remise en ordre dans le Caucase du Nord, le pouvoir russe n'a pas réussi à fondamentalement changer la tendance dans cette région : la géographie et l'ampleur des attentats terroristes de ces derniers mois contredisent tous les discours des autorités fédérales sur le fait que le Caucase serait en train de passer peu à peu d'une guerre terroriste latente à une amorce de développement économique".

 

F) La région de Sotchi cible privilégiée ?


"La région de Sotchi, qui accueillera les Jeux olympiques d'hiver de 2014, a entrepris la construction de stades, d'hôtels et d'infrastructures. Seule l'Abkhazie devrait profiter de la manne que représente le financement, en grande partie à fonds perdus, de ce projet, ce qui provoque la jalousie de nombreux clans et d'élites « non invités ».

...

Vladimir Poutine s'est investi personnellement dans le mégaprojet olympique, dont la sécurité reste une question sensible. Sotchi est une cible de choix pour les terroristes. Il suffira donc peut-être de quelques mois avant qu'une attaque qui, même si limitée, sera très médiatisée, ne relance le débat sur le transfert des jeux dans un lieu plus sûr" (9).

En attendant l'année 2012 a vu 326 attentats au Caucase du Nord en 366 jours ; le mois de janvier 2013 ne semble pas comptabiliser un meilleur score.

Il est probable que l'activité des services russes s'accentue en 2013, que l'information sur les attentats -et sa vérification- soient rendues encore plus difficiles afin de ne pas effrayer la communauté internationale.

 

Notes


(1) En novembre 1991, l'ex-général soviétique d'origine tchétchène Djokhar Doudaïev déclare l'indépendance de la Tchétchénie (Itchkérie). La langue russe et l'alphabet cyrillique sont abandonnés dans les écoles. Une monnaie nationale est décidée. En décembre 1995, l'armée russe envahit la Tchétchénie. Une guérilla tchétchène s'organise. Djokhar Doudaïev est tué le 21 avril 1996 : il aurait été atteint par 2 missiles alors qu'il utilisait un téléphone satellitaire.

(2) En janvier 1997, l'ex-colonel soviétique d'origine tchétchène Aslan Maskhadov est élu président de la Tchétchénie lors d'un scrutin contrôlé par les Nations Unies et l'OSCE. Le 12 mai 1997, il signe un traité de paix avec la Russie (Boris Eltsine). En octobre 1999, l'armée russe envahit à nouveau la Tchétchénie sous l'impulsion du Premier ministre (Vladimir Poutine). La guérilla tchétchène se scinde en plusieurs tendances, dont une tendance fondamentaliste dirigée par Chamil Bassaiev. Aslan Maskhadov est tué le 8 mars 2005 par les forces spéciales russes.

(3) En avril 2010, la presse russe dénonce l'échec de la politique du Kremlin dans le Caucase :

-  http://www.rfi.fr/contenu/20100330-....

(4), (5), (6), (7), (8) et (9). Selon Pavel Baev, professeur à l'Institut de recherche sur la paix (PRIO) à Oslo, "Les mutations du terrorisme au Caucase du Nord", juillet 2011.

 

Sources relatives aux attentats


-  Médias russes : RIA Novosti, La Voix de la Russie.

 

Pour en savoir plus


-  Les mutations du terrorisme au Caucase du Nord (2011) par Pavel Baev :

http://www.ifri.org/ ?page=detail-co...,

-  Dossier : connaissance du Caucase (2009).



[ Imprimer cet article ] [ Haut ]
 

 
 
  01. Accueil
02. Albanie
03. Arménie
04. Azerbaïdjan
05. Biélorussie
06. Bosnie-Herzégovine
07. Croatie
08. Géorgie
09. Kazakhstan
10. Kirghizstan
11. Macédoine
12. Moldavie
13. Monténégro
14. Ouzbékistan
15. Russie
16. Serbie
17. Tadjikistan
18. Turkménistan
19. Ukraine
20. Etats autoproclamés
21. Union européenne
22. Grandes régions d'Europe et d'Asie
23. Thèmes transversaux
24. Les séminaires et les conférences
25. Les dossiers du COLISEE

Contact
 

 
 
Dans la même rubrique

Autres articles :
Dossier : l'Ukraine au fil des mois (2013)
Dossier : l'Eglise apostolique, autocéphale et orthodoxe de Géorgie, l'une des plus anciennes Eglises chrétiennes (2013)

 



© 2013 COLISEE