Affaire chimique des canons à eau en Géorgie
L’Association des jeunes avocats géorgiens a annoncé l’ouverture d’une procédure judiciaire au nom des citoyens qui affirment avoir été blessés par des produits chimiques utilisés dans les canons à eau lors de la dispersion des manifestations en Géorgie en novembre et décembre 2024.
L’organisation a fait appel au bureau du procureur général, exigeant une enquête efficace et indépendante, la reconnaissance du statut juridique des victimes et la poursuite des responsables.
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Ils ont demandé une enquête internationale sur l’utilisation possible du « camite » lors des manifestations.
Ce que réclament les avocats
L’organisation réclame :
- Informations sur l’avancement de l’enquête ;
- Entretiens avec les personnes concernées ;
- Une évaluation de l’utilisation de produits chimiques dans les canons à eau en vertu du code pénal ;
- Toutes les mesures d’enquête nécessaires pour identifier les responsables ;
- Reconnaissance officielle de sept personnes dont la santé a été atteinte comme victimes.
A ce stade, l’association représente devant les tribunaux sept citoyens qui affirment que les moyens spéciaux utilisés lors des manifestations ont causé des dommages graves et durables à leur santé.
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Normes légales et généralement acceptées
L’Association des jeunes avocats géorgiens affirme que la question de l’ajout de produits chimiques dans les canons à eau est mal réglementée par la loi sur la police. Aucune disposition n’autorise directement une telle pratique.
L’organisation note qu’une version antérieure de la loi, adoptée en 2015, interdisait l’usage simultané de canons à eau, de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogènes. Toutefois, cette restriction a ensuite été supprimée du texte actuel sans introduction de garanties supplémentaires.
Selon l’association, un canon à eau rempli de produits chimiques irritants ne peut pas être considéré comme un moyen légalement défini ou proportionné de contrôle des foules. Cette pratique contredit à la fois les normes nationales et les conventions européennes sur la légalité, la nécessité et la proportionnalité du recours à la force.
Questions sur l’indépendance de l’enquête
L’association a également critiqué le fait que l’enquête soit menée par la même agence qui se demande si des violations ont eu lieu. Selon elle, cela crée un conflit d’intérêts et va à l’encontre des normes largement acceptées en matière d’enquêtes efficaces et indépendantes.
L’organisation a également mis en garde contre d’éventuelles intimidations à l’encontre de ceux qui parlent publiquement des abus présumés.
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Enquête sur les produits chimiques présents dans les canons à eau
Le 1er décembre 2025, la BBC a publié une enquête affirmant que le gouvernement géorgien aurait utilisé un agent chimique remontant à la Première Guerre mondiale pour disperser les manifestations antigouvernementales fin 2024.
Le rapport indique que des journalistes britanniques se sont entretenus avec des experts en armes chimiques, des sources des unités spéciales de la police géorgienne et des médecins, et ont découvert qu’une substance connue sous le nom de cyanure de bromobenzyle, ou « camite », pourrait avoir été utilisée dans les canons à eau pendant la répression.
Les services de sécurité de l’État géorgien ont ouvert une enquête. Il a ensuite confirmé qu’une substance chimique avait bien été utilisée, mais a précisé qu’il ne s’agissait pas de « camite » mais de chlorobenzylidène malononitrile, connu sous le nom de gaz CS. L’agence ajoute que la « camite » n’a jamais été achetée par le ministère de l’Intérieur.
Les déclarations ont encore intensifié les questions sur la transparence et l’accès à l’information. En janvier 2025, l’Association des jeunes avocats géorgiens a demandé des informations publiques au ministère de l’Intérieur, mais n’a reçu aucune réponse. Le ministère de la Santé a déclaré qu’il ne disposait pas non plus d’informations sur la composition des substances utilisées et que ces données n’avaient pas été demandées au ministère de l’Intérieur.
Arrière-plan
Les manifestations en Géorgie de novembre et décembre 2024 se sont déroulées dans un contexte de tensions politiques accrues. Ces dernières années, le recours à la force pour disperser les manifestations a suscité à plusieurs reprises de vives critiques de la part du public et de la communauté internationale.
Les canons à eau et les agents chimiques sont largement utilisés par les forces de l’ordre, mais en vertu du droit international, leur utilisation doit répondre à des critères clairs : elle doit être licite, nécessaire et proportionnée. L’ajout d’agents chimiques dans les canons à eau est une pratique rare et particulièrement sensible qui nécessite une réglementation stricte et de la transparence.
Dans le cas de la Géorgie, le différend ne porte pas seulement sur l’identification de la substance spécifique. Cela concerne également la légalité du recours à la force, l’indépendance de l’enquête et la confiance du public dans les institutions de l’État.
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L’organisation critique les accusations d’« activité hostile » portées contre les experts, les témoins et les défenseurs des droits humains qui ont agi en tant qu’interlocuteurs de la BBC.

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