Problèmes alimentaires dans les prisons de Géorgie
Huit jours après que Radio Liberty a publié une enquête sur la nourriture dans les prisons géorgiennes révélant des problèmes systémiques et des centaines de violations, le service pénitentiaire a mis fin à son contrat à long terme avec le fournisseur Ili Group.
L’enquête a montré que le service pénitentiaire était au courant des violations depuis des années, mais que l’entreprise a respecté son contrat et a reçu des dizaines de millions de lari du budget de l’État.
Enquête qui a déclenché la décision
Le rapport, publié le 4 mars, révèle des documents d’inspection interne du service pénitentiaire. Ils ont montré que le groupe Ili avait systématiquement violé les termes du contrat et fourni de la nourriture de mauvaise qualité aux prisonniers pendant six ans.
Les documents, rendus publics après un litige judiciaire, comprenaient des rapports d’inspection de 2019 à 2025 décrivant des centaines de violations.
Malgré cela, le contrat est resté en vigueur et l’État a versé à l’entreprise plus de 180 millions de lari (plus de 66 millions de dollars) pour la nourriture des prisons.
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Ce qui a changé
Quelques jours après l’enquête, le service pénitentiaire est intervenu. Le 10 mars, elle a imposé une amende d’environ 600 000 lari (221 000 dollars), saisi une garantie bancaire de 1,1 million de lari (405 000 dollars) et résilié unilatéralement le contrat.
Un nouveau fournisseur a ensuite été sélectionné selon une procédure accélérée sans appel d’offres. Depuis le 12 mars, la société Giorgi 2020 est chargée de fournir de la nourriture dans les prisons.
Aux termes du nouveau contrat, l’entreprise doit nourrir environ 11 800 prisonniers et 2 126 membres du personnel pendant deux mois, avec plus de 11 millions de lari (4 millions de dollars) alloués sur le budget de l’État.
Selon le registre du commerce, la société est dirigée par Natia Archvadze, avec Vakhtang Lomeineishvili et Otar Kvaratskhelia comme propriétaires. Le service pénitentiaire a déclaré que l’entreprise avait été choisie après une étude de marché comme étant la seule à pouvoir démarrer immédiatement son service.
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Longue liste de violations
Des documents officiels montrent que 375 violations commises par le groupe Ili ont été enregistrées entre 2023 et 2026.
Les amendes se sont élevées à 34,8 millions de lari (environ 12,6 millions de dollars), même si seulement 3,1 millions de lari environ ont été effectivement versés à l’État.
Les violations comprenaient la mauvaise qualité des produits et le non-respect des règles d’hygiène et de préparation des aliments. Les rapports d’inspection décrivaient des cas où :
- la nourriture était avariée ou contaminée ;
- des saucisses de composition inconnue ont été utilisées à la place de la viande ;
- de la viande congelée était fournie à la place des produits frais ;
- les portions étaient réduites et les ingrédients manquaient;
- des insectes ou des larves ont été trouvés dans la nourriture.
Dans certains cas, les problèmes étaient particulièrement frappants : les inspecteurs ont trouvé des insectes dans le khachapuri et des larves dans le pâté.
Dans d’autres cas, des centaines de portions ont dû être jetées en raison d’une contamination.
En janvier 2026, une feuille de papier a été retrouvée dans une portion de repas destinée à un employé de la prison.
Pourquoi le contrat a duré si longtemps
Selon une note du département économique du service pénitentiaire, les amendes les plus élevées – environ 29 millions de lari (10,7 millions de dollars) – ont été imposées entre novembre 2024 et août 2025.
Toutefois, le contrat n’a pas été résilié plus tôt parce que les autorités craignaient des perturbations dans l’approvisionnement en nourriture des prisonniers et des détenus.
Les violations se sont poursuivies par la suite : 48 cas supplémentaires ont été enregistrés entre août et décembre 2025, et neuf autres en février 2026.
Finalement, avant l’annulation du contrat, l’agence a signalé que certains produits – notamment la farine pour faire du pain – étaient épuisés dans les prisons, augmentant ainsi le risque que l’approvisionnement alimentaire puisse s’arrêter complètement.
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Position du groupe Ili
Iasha Chachua, directeur du Groupe Ili, estime que la décision du service pénitentiaire est injuste.
Selon lui, les pénalités ont été prélevées sur l’entreprise alors que certaines d’entre elles étaient déjà contestées devant les tribunaux. Chachua affirme que cela était illégal et a créé des problèmes financiers qui ont rendu difficile pour l’entreprise de continuer à fournir de la nourriture.
Il dit également avoir proposé de résilier le contrat d’un commun accord.
Chachua affirme que tout s’est passé « délibérément et selon un plan » et que les conclusions sur les violations ne reflètent pas la réalité.
Selon lui, l’entreprise est présente sur le marché depuis 17 ans et si de tels problèmes avaient réellement existé, elle n’aurait pas survécu aussi longtemps.
Liens avec les entreprises et contrats avec l’État
Ili Group a été fondé en 2008, mais ses principaux contrats gouvernementaux ont considérablement augmenté après l’arrivée au pouvoir du parti au pouvoir actuel, Georgian Dream, en 2012.
Selon les données officielles, les contrats avec diverses agences d’État ont rapporté à l’entreprise plus de 250 millions de lari (92 millions de dollars). Une grande partie de cette somme – environ 180 millions de lari (66,3 millions de dollars) – est spécifiquement liée à la fourniture de nourriture aux prisonniers.
Les fondateurs de l’entreprise et leurs proches figurent depuis des années parmi les donateurs électoraux du parti au pouvoir.
L’entreprise participe également à des programmes alimentaires destinés aux groupes socialement vulnérables et fournit des produits aux bénéficiaires de cantines gratuites dans plusieurs villes.
Questions sans réponse
La décision du service pénitentiaire de mettre fin au contrat soulève de nouvelles questions.
Pourquoi le contrat n’a-t-il pas été annulé plus tôt, alors que des centaines de violations avaient déjà été enregistrées ? Pourquoi l’entreprise n’a-t-elle pas payé la totalité du montant des amendes infligées ? Et quels mécanismes devraient être mis en place pour éviter que des problèmes similaires ne se reproduisent à l’avenir ?
Les journalistes de Radio Liberty ont adressé ces questions au service pénitentiaire mais n’ont pas encore reçu de réponse.
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