Nouvelles lois restrictives en Géorgie
Le parlement géorgien a adopté en troisième lecture un ensemble d’amendements législatifs qui renforcent considérablement le contrôle sur les financements étrangers et l’activité politique.
Les amendements élargissent la définition d’une « subvention », l’étendant à presque toute aide financière ou non financière susceptible d’influencer la politique du pays. Ils nécessitent également l’approbation du gouvernement avant que des subventions puissent être accordées et introduisent de longues peines de prison en cas de violation.
Soixante-dix-huit députés de la majorité au pouvoir ont voté en faveur des amendements.
Les changements affectent à la fois le code pénal et les lois sur les subventions et sur les associations politiques de citoyens.
Le gouvernement affirme que les amendements visent à « protéger l’ordre constitutionnel et à limiter l’influence étrangère », tandis que les critiques soutiennent que la législation constitue une tentative de rétrécir l’espace démocratique.
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Nouvelles lois restrictives en Géorgie : « L’extrémisme contre l’ordre constitutionnel »
Après la première lecture, les auteurs des amendements ont ajouté un nouvel article au code pénal – l’article 316¹ – qui introduit la responsabilité pénale pour « extrémisme contre l’ordre constitutionnel ».
Selon un représentant de la majorité au pouvoir, Irakli Kirtskhalia, les actions suivantes seront considérées comme des infractions au sens de cet article :
- appelle à des violations massives de la loi géorgienne
- appelle à la désobéissance massive aux autorités de l’État
- appels publics et systématiques à la création d’organismes étatiques alternatifs
- se présenter faussement ou présenter une autre personne comme un représentant du gouvernement
- d’autres actions systématiques qui jettent le doute sur la légitimité de l’ordre constitutionnel ou des autorités de l’État, ou nuisent ou menacent les intérêts du pays
La sanction peut inclure une amende, 400 à 600 heures de travaux d’intérêt général ou une peine de prison pouvant aller jusqu’à trois ans. Les personnes morales peuvent être confrontées à des amendes ou à une liquidation.
Certains avocats affirment que la disposition faisant référence à « mettre en doute la légitimité » est particulièrement problématique, car elle pourrait être interprétée de manière très large.
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L’organisation affirme qu’elle criminalise davantage l’expression d’opinions critiques.

Définition élargie d’une « subvention »
En vertu de la nouvelle loi, la définition d’une subvention couvre désormais non seulement l’aide financière ou non financière directe, mais également toutes les ressources transférées et :
- sont utilisés ou peuvent être utilisés pour influencer le gouvernement, les institutions étatiques ou une partie de la société
- sont liés à la formation, à la mise en œuvre ou au changement de la politique intérieure ou étrangère du pays
- découlent des intérêts d’un gouvernement étranger ou d’un parti politique d’un autre État
L’octroi ou la réception d’une subvention ne sera désormais possible qu’avec l’approbation préalable du gouvernement géorgien.
Les modifications s’appliquent à :
- organisations enregistrées à l’étranger mais exerçant des activités importantes en Géorgie
- succursales et bureaux de représentation d’entités juridiques non-résidentes qui reçoivent un financement de leurs organisations mères
- non seulement un soutien financier mais aussi une assistance technique, une expertise, des échanges de technologies, de connaissances et de services
Si un État étranger engage un expert en Géorgie pour travailler sur des questions politiques, le paiement de ce travail peut être traité comme une subvention et devra être approuvé par le gouvernement.
Le fait de recevoir une subvention sans autorisation entraînera des poursuites administratives, notamment une amende égale au double du montant des revenus obtenus illégalement. Dans certains cas, une responsabilité pénale peut être engagée, avec des peines allant jusqu’à six ans de prison.
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« Activité politique » des entreprises et blanchiment d’argent
L’ensemble de mesures renforce également les sanctions contre les entreprises qui se livrent à des « activités politiques ». Si un entrepreneur s’engage dans une activité politique ou fait des déclarations politiques, l’entreprise peut être condamnée à une amende de 20 000 lari pour une première infraction. En cas de récidive, la responsabilité peut aller jusqu’à une peine de prison pouvant aller jusqu’à trois ans.
Par ailleurs, une circonstance aggravante a été ajoutée à l’article 194 du code pénal (« Blanchiment d’argent ») : si le blanchiment d’argent est lié à une activité politique, la peine peut aller jusqu’à neuf à douze ans de prison.
Criminalisation du « lobbying étranger »
Le projet de loi criminalise également ce qu’il décrit comme le « lobbying étranger ». En particulier, le transfert d’argent ou d’autres avantages à un citoyen ou à une personne morale d’un autre pays en échange d’activités sur des questions politiques concernant la Géorgie peut être puni d’une amende, de travaux d’intérêt général ou d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à six ans.
Le chef d’un parti politique sera également tenu pénalement responsable s’il reçoit des financements étrangers.
Restrictions à la participation aux partis politiques
Des amendements ont également été introduits dans la loi sur les associations politiques de citoyens. En vertu de ces changements, il sera interdit à une personne travaillant dans une organisation qui reçoit plus de 20 % de ses revenus annuels de sources étrangères d’être membre d’un parti politique pendant huit ans.
La législation étend également les restrictions imposées aux partis politiques aux organisations ayant un « objectif politique déclaré ». Leurs activités financières seront surveillées par le Service national d’audit.
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Contexte politique et international
Les amendements sont considérés comme l’une des « réformes » les plus ambitieuses de ces dernières années en matière de réglementation de l’activité politique et civique. Le langage large utilisé dans la législation – en particulier des termes tels que « influence » et « jeter le doute sur la légitimité » – pourrait en pratique affecter les ONG, les organisations de médias, la communauté universitaire et les entreprises.
Les autorités affirment que les nouvelles lois visent à protéger la souveraineté et l’ordre constitutionnel du pays. Les critiques craignent cependant que les amendements renforcent le contrôle de l’État sur l’espace politique et civique et soulèvent des questions supplémentaires sur le développement démocratique de la Géorgie.
La réaction des partenaires internationaux, ainsi que la mise en œuvre pratique de la loi, détermineront probablement dans quelle mesure son impact s’étendra sur la politique intérieure et les relations extérieures du pays.
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