Le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme de l’OSCE (BIDDH) a publié un rapport dans le cadre du mécanisme de Moscou qui souligne une détérioration des droits de l’homme et des libertés fondamentales en Géorgie.
Le rapport, qui compte près de 217 pages, décrit les développements en Géorgie depuis le début de 2024 jusqu’à aujourd’hui. Il détaille le recul démocratique, la détérioration de la situation des droits de l’homme et de la liberté des médias, les poursuites contre les participants aux manifestations et les personnalités de l’opposition, la répression de la dissidence, l’existence de prisonniers politiques et l’adoption de lois restrictives.
Le document comprend également des recommandations à l’intention des autorités géorgiennes, des États participants de l’OSCE et de la communauté internationale dans son ensemble.
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Détails du rapport
Le rapport a été publié le 10 mars. Le professeur Patricia Grzebyk, experte en droits de l’homme, est l’auteur du document. Elle l’a préparé dans le cadre du mécanisme de Moscou de l’OSCE, qui permet aux États participants de nommer un expert indépendant lorsqu’ils soupçonnent de graves violations des droits de l’homme dans un pays membre.
Vingt-quatre États ont déclenché le mécanisme à l’égard de la Géorgie fin janvier, dont l’Allemagne et le Royaume-Uni. Au cours d’une mission de 14 jours en Géorgie, l’expert a examiné les développements depuis le printemps 2024 et a préparé une évaluation de l’état des droits de l’homme et des processus démocratiques.
L’OSCE a déjà activé le mécanisme de Moscou à 16 reprises. Par exemple, elle a examiné les attaques contre des civils en Croatie et en Bosnie et a enquêté sur la situation au Turkménistan, en Biélorussie et en Tchétchénie. L’affaire concernant la Géorgie est devenue la dix-septième instance.
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Насилие и безнаказанность
Violence et impunité
Le rapport note que la violence contre les manifestants, les personnalités de l’opposition et les journalistes reste un problème en Géorgie. Selon le document, dans certains cas, la violence « a atteint le niveau de la torture », alors que les responsables ne sont souvent pas punis.
Le rapport décrit également les attaques contre les critiques du gouvernement. Ces attaques ont souvent lieu dans l’espace public et en plein jour. Selon le rapport de l’OSCE, les discours durs et stigmatisants de personnalités affiliées au gouvernement alimentent cette atmosphère.
Le document soulève également des inquiétudes quant au droit à un procès équitable des personnes qui « risquent d’être criminalisées pour avoir exprimé des opinions opposées ».
Dans le même temps, le rapport fait référence à des attaques menées par des « groupes non identifiés ». Cette situation renforce encore un climat d’impunité.
Sur l’interdiction de la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants
- Le rapport appelle à mettre fin immédiatement au recours disproportionné à la force physique, en particulier à la torture et aux autres formes de mauvais traitements contre des manifestants pacifiques, des journalistes et des opposants politiques.
- Les autorités devraient veiller à ce que les forces de l’ordre recourent à la force de manière proportionnée, même lorsqu’elles ont affaire à des manifestants qui se livrent à des violences.
- Le rapport appelle également à des enquêtes rapides, indépendantes et impartiales sur toutes les allégations de torture et de mauvais traitements.
- Les autorités devraient veiller à ce que la détention et le transport des personnes respectent la dignité humaine. Ils devraient également garantir des conditions de détention appropriées.
- Dans la mesure du possible, les autorités devraient protéger les enfants de l’impact des descentes de police. Les opérations de police doivent également suivre des pratiques adaptées aux enfants.
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Restrictions aux libertés
L’une des principales sections du rapport se concentre sur les changements législatifs et les mesures administratives qui, selon le document, restreignent la liberté d’expression et la liberté de réunion.
L’expert affirme que les lois récemment adoptées ciblent souvent la société civile, les médias indépendants, l’opposition politique et la communauté LGBT+.
Selon le rapport, les autorités mettent en œuvre cette politique au moyen de détentions administratives, de lourdes amendes et de poursuites pénales contre les critiques du gouvernement.
Le rapport soulève également des inquiétudes quant au droit à un procès équitable, en particulier pour les personnes susceptibles de faire l’objet de poursuites pénales parce qu’elles ont critiqué les autorités.
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Recommandations aux autorités géorgiennes
Le rapport de l’OSCE/BIDDH formule des dizaines de recommandations à l’intention des autorités géorgiennes :
- Garantir des élections parlementaires libres et équitables. Les autorités devraient également mener une enquête indépendante sur les allégations liées aux élections précédentes.
- Suspendre le processus d’interdiction des partis d’opposition. Les autorités devraient également mettre un terme aux poursuites pénales en cours contre les dirigeants de l’opposition.
- Abroger ou réviser les modifications législatives telles que la loi « Sur la transparence de l’influence étrangère », la « Loi sur l’enregistrement des agents étrangers » et les réglementations liées aux subventions étrangères. Le rapport indique que ces mesures ne sont pas conformes aux obligations internationales de la Géorgie.
- Abroger la loi « Sur les valeurs familiales ». Selon le rapport, la loi restreint les droits de la communauté LGBT+ et interdit les procédures liées à la reconnaissance juridique de l’identité de genre.
- Arrêtez le recours disproportionné à la force contre les journalistes et les manifestants. Les autorités devraient également veiller à ce que des enquêtes indépendantes soient menées sur de tels incidents.
- Le rapport met également un accent particulier sur l’indépendance judiciaire et souligne la nécessité de réformer le Conseil supérieur de la justice.
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Recommandations aux États participants de l’OSCE et à la communauté internationale
Le rapport exhorte également les États participants de l’OSCE à surveiller systématiquement la mise en œuvre des conclusions du mécanisme de Moscou.
Le document indique que des sanctions ciblées contre les individus responsables des violations les plus graves décrites dans le rapport pourraient être envisagées.
Le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme de l’OSCE conseille également aux États participants de déployer une solide mission d’observation internationale pour les prochaines élections en Géorgie. Il suggère également d’envisager l’ouverture d’un bureau permanent de l’OSCE dans le pays.
Le rapport recommande que la communauté internationale soutienne les efforts visant à documenter les violations des droits humains en Géorgie et à diffuser les informations pertinentes.
Parmi les recommandations figure la libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers détenus pour des raisons politiques.
Le document note également que les mécanismes juridiques internationaux pourraient être utilisés dans certains cas, y compris le principe de compétence universelle, pour enquêter sur la torture et d’autres violations graves.
Ces mécanismes comprennent :
- renvoyer l’affaire à la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye pour l’ouverture d’une enquête
- porter une affaire interétatique devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH)
- poursuivre un différend interétatique devant le Comité des Nations Unies contre la torture ou devant la Cour internationale de Justice (CIJ).
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Arrière-plan
Le Mécanisme de Moscou de l’OSCE est considéré comme l’un des outils les plus puissants de l’organisation. Les États participants l’utilisent lorsqu’ils soupçonnent de graves problèmes en matière de droits de l’homme et d’institutions démocratiques dans un pays membre.
Son activation en Géorgie a coïncidé avec une crise politique de plus en plus profonde et des relations de plus en plus tendues entre les autorités et les partenaires occidentaux. Plusieurs initiatives législatives ont suscité une controverse particulière. Il s’agit notamment de la loi « Sur la réglementation de l’influence étrangère » et d’autres changements qui, selon les critiques, restreignent l’espace de la société civile.
Le rapport est paru dans ce contexte. Il propose l’une des évaluations internationales les plus détaillées de l’état des institutions démocratiques et des droits de l’homme en Géorgie ces dernières années.
Rapport du Mécanisme de Moscou de l’OSCE sur la Géorgie