Changements législatifs en Azerbaïdjan
Ces derniers jours, les amendements législatifs adoptés et soumis au débat au Milli Majlis d’Azerbaïdjan ont couvert un large éventail de questions, de la protection du patrimoine culturel et du comportement en ligne aux règles de la circulation routière et à la loi sur les notaires.
Pris individuellement, ces changements touchent différents domaines, mais considérés ensemble, ils témoignent de la transition de l’État vers une nouvelle phase de politique punitive.
Protection du patrimoine culturel national
Les récentes modifications législatives ont considérablement durci les sanctions dans le domaine de la protection des monuments historiques et culturels nationaux. Les amendements au Code des infractions administratives et au Code pénal ont augmenté les amendes pour dommages au patrimoine culturel et, dans certains cas, élargi la responsabilité pénale.
Les explications officielles indiquent que les changements visent à renforcer la protection du patrimoine culturel national. En particulier, des sanctions plus sévères sont jugées nécessaires pour empêcher la destruction de monuments dans les territoires récupérés après l’occupation, ainsi que d’autres sites du patrimoine culturel.
Le législateur a également introduit une responsabilité distincte pour la destruction de monuments résultant de négligence ou d’indifférence.
Dans ce contexte, les experts notent que les amendes antérieures étaient trop faibles pour avoir un effet dissuasif sur les entreprises et les fonctionnaires. Les sanctions plus sévères visent à réduire le risque de traitement imprudent des monuments historiques par les entreprises de construction et les agents publics.
Dans le même temps, les défenseurs des droits humains préviennent que l’efficacité de la loi dépendra de la manière dont elle sera appliquée. Ils soulignent que ce n’est pas seulement l’existence d’amendes élevées qui compte, mais aussi leur application cohérente et sans exception ; sinon, une application sélective compromettrait l’objectif de protection du patrimoine culturel.
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Internet et « moralité publique »
Le Parlement a approuvé, en première lecture, de nouvelles restrictions sur l’espace en ligne « pour protéger la moralité publique ». Les changements adoptés ciblent à la fois les appels à la prostitution en ligne et les publications sur les réseaux sociaux considérées comme démontrant un « manque de respect flagrant envers la société ».
- Appels en ligne à la prostitution
Pour la première fois, l’article 524.2 est introduit dans le Code des infractions administratives. Les appels ouverts via Internet pour se livrer à la prostitution, ou la médiation en ligne à grande échelle pour fournir de tels services, seront traités comme une infraction administrative. La sanction est une amende de 500 manats (environ 300 dollars).
À titre de comparaison, jusqu’à présent, la prostitution elle-même était passible d’une amende de 100 manats (environ 60 dollars). En conséquence, pour ceux qui recherchent des clients en ligne, l’amende est multipliée par cinq, passant de 100 à 500 manats. Ces changements ont été discutés et approuvés lors d’une session du Milli Majlis le 19 décembre.
- Contenu en ligne « irrespectueux »
Les amendements à la loi sur l’information interdisent la diffusion sur les sites Web et les réseaux sociaux de contenus qui manifestent ouvertement un manque de respect envers la société et contredisent les normes de la moralité publique.
Cette catégorie comprend des vidéos contenant des propos obscènes, des gestes indécents, ainsi que l’affichage de parties intimes du corps d’une manière considérée comme contraire aux valeurs morales nationales. De tels actes seront désormais qualifiés de « hooliganisme mineur » et passibles de sanctions administratives. Aux termes du projet de loi, une première infraction est passible d’une amende comprise entre 500 et 1 000 manats (environ 300 à 600 dollars) ou, si cela est jugé nécessaire, d’une arrestation administrative pouvant aller jusqu’à 30 jours.
En revanche, le « hooliganisme mineur » ordinaire – comme le fait de jurer en public – est actuellement passible d’une amende de 50 à 100 manats (environ 30 à 60 dollars) ou d’une arrestation pouvant aller jusqu’à 15 jours. Cela signifie que les sanctions pour un comportement similaire dans le domaine en ligne pourraient être multipliées par dix.
Justification des législateurs
Lors des débats au Milli Majlis, les députés ont déclaré qu’il y avait eu récemment une augmentation des appels et des actions contraires à l’éthique sur les réseaux sociaux, allant à l’encontre des valeurs nationales. Selon eux, l’opinion publique est particulièrement préoccupée par les vidéos diffusées sur des plateformes telles que TikTok, qui donnent un exemple négatif aux adolescents.
La note explicative du projet de loi affirme que ces contenus ont un impact néfaste sur le comportement des jeunes, tandis que les algorithmes des réseaux sociaux contribuent à les diffuser auprès d’un public plus large. Il souligne la nécessité de combler un vide juridique en clarifiant les mécanismes de responsabilité.
Opinions d’experts et réaction du public
Cette décision a suscité des réactions mitigées. Certains sociologues se félicitent de la punition de ce qu’ils qualifient de « comportement immoral » sur les réseaux sociaux. Le sociologue Uzeyir Shafiyev estime que les internautes devraient être conscients de leur responsabilité juridique dans l’espace virtuel comme dans la vie réelle et considère que les actions des forces de l’ordre « méritent d’être approuvées ».
Dans le même temps, les défenseurs des droits humains et les experts des médias préviennent que des expressions vagues telles que « manque de respect flagrant envers la société » pourraient être utilisées pour réprimer toute forme d’expression critique. Par exemple, les publications sur les réseaux sociaux critiquant le gouvernement ou contenant de la satire pourraient facilement être considérées comme « contraires à la morale » et conduire à une arrestation administrative.
Des organisations telles que Freedom House ont déjà souligné que la liberté sur Internet en Azerbaïdjan est sévèrement restreinte. Des avocats locaux indépendants soulignent également que des accusations de « hooliganisme » ont déjà été utilisées lors de l’arrestation d’un certain nombre de militants. Dans ce contexte, les nouvelles dispositions sont considérées comme risquant de restreindre davantage la liberté d’expression.
Des questions ont également été soulevées quant à la manière dont un volume aussi important de contenu en ligne sera surveillé et sanctionné dans la pratique.
Les préoccupations portent à la fois sur les défis techniques liés à l’application de la loi et sur l’indépendance des tribunaux. En fin de compte, l’efficacité de ces mesures dépendra de leur application juste et non sélective.
Hooliganisme routier et sécurité routière
Les sanctions administratives dans le domaine de la circulation routière ont également été renforcées. En particulier, les dispositions ciblant ce que l’on appelle le « hooliganisme routier » – les actions des conducteurs qui violent gravement l’ordre public – ont été élargies. Cette catégorie comprend les dérives démonstratives, les courses de rue illégales, les pneus brûlés et les comportements similaires des conducteurs de voitures et de cyclomoteurs.
L’essentiel des changements réside dans l’extension de la responsabilité pour hooliganisme routier aux conducteurs de cyclomoteurs, ainsi que dans une augmentation générale des amendes.
Il semblerait que les tribunaux pourront tenir compte de la situation personnelle du délinquant et, si nécessaire, prononcer une arrestation administrative allant de 15 jours à un mois. Les arrestations de courte durée pour hooliganisme routier étaient auparavant prévues par la loi, mais dans la pratique, les cyclomoteurs étaient souvent exclus de cette catégorie. Cette exemption a maintenant été supprimée.
Pourquoi les mesures sont renforcées
Il convient de noter que ces dernières années, les cas de hooliganisme routier ont augmenté à Bakou et dans les régions, notamment les courses de rue illégales et les dérives bruyantes, en particulier la nuit, impliquant souvent des cyclomoteurs et des motos. Les législateurs estiment que de telles actions constituent un « manque de respect flagrant à l’ordre public » et perturbent la tranquillité des habitants.
Les experts en sécurité routière ajoutent que les amendes auparavant faibles signifiaient que certains jeunes conducteurs en étaient venus à considérer le « hooliganisme routier » comme un comportement normal. Il y a eu des cas où des contrevenants, après avoir payé une amende de 500 manats, ont recommencé à dériver sur scène. Le durcissement des peines – en particulier pour les infractions dangereuses et répétées, avec la perspective d’amendes pouvant atteindre des milliers de manats et de longues arrestations – a pour but d’avoir un effet dissuasif.
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Modifications de la loi sur les notaires
Un certain nombre de changements apportés au système juridique ont également attiré l’attention. Lors d’une séance du Milli Majlis le 19 décembre, un projet de loi modifiant les règles relatives à la sauvegarde de la confidentialité des actes notariés a été approuvé en première lecture. Les modifications proposées introduisent plusieurs innovations importantes.
- Échange de données électroniques
Les modifications apportées à la loi sur les notaires prévoient que les notaires seront tenus de transmettre des informations électroniques en temps réel aux autorités de l’État sur les transactions impliquant certaines personnes morales commerciales. Par exemple, si une part d’une société à responsabilité limitée est vendue ou transférée par succession, le notaire doit immédiatement soumettre ces données au système de gouvernement électronique.
Il convient de noter qu’auparavant, ces informations étaient souvent transmises avec retard ou stockées sous forme papier. L’intégration numérique, affirme-t-on, contribuera à accroître la transparence.
- Obligation de déclaration
En vertu du projet de loi, les personnes morales commerciales et les succursales de sociétés étrangères seront tenues de soumettre un rapport annuel avant le 31 janvier indiquant si des modifications ont été apportées à leurs documents constitutifs.
Le rapport peut également être soumis par voie électronique à l’autorité compétente. La nouvelle exigence vise à garantir que les informations sur les entreprises inscrites au registre national restent à jour.
- Secret notarial et réputation professionnelle
Le projet de loi prévoit une réévaluation de la notion de « secret notarial ». Le transfert d’informations par les notaires vers des systèmes électroniques s’effectue à condition que le régime du secret notarial soit préservé.
Actuellement, les notaires sont tenus de sauvegarder les secrets commerciaux dont ils ont connaissance dans le cadre de leurs fonctions professionnelles. Cependant, le transfert intégré des données aux autorités étatiques redéfinit en réalité les limites de cette confidentialité.
Pourquoi ces mesures sont introduites
Les explications officielles indiquent que les changements visent à aligner la législation sur la loi sur l’enregistrement public des personnes morales. En pratique, constate-t-on, les entreprises formalisent parfois les transactions liées aux actions par l’intermédiaire d’un notaire, tandis que le ministère des Impôts ou le ministère de la Justice n’apprennent ces changements que tardivement.
On s’attend à ce que l’intégration en ligne renforce le principe du « guichet unique » et permette à l’État de suivre les évolutions commerciales en temps réel. Les responsables soulignent que cela devrait contribuer à réduire l’économie souterraine et à améliorer la discipline fiscale.
Ce que ces changements signalent
Pris ensemble, tous les amendements décrits ci-dessus indiquent que les autorités azerbaïdjanaises entrent dans une nouvelle phase de renforcement de la politique punitive sous couvert de protection de l’ordre public et des valeurs traditionnelles.
Les commentateurs pro-gouvernementaux décrivent ces mesures comme des « mesures préventives ». Selon eux, l’augmentation des cas de dommages au patrimoine culturel, d’incidents de la route, d’évasion fiscale et de comportements « immoraux » en ligne nécessite une réponse préventive de la part des législateurs. Toutefois, la dimension politique de ces processus ne peut être ignorée.
Les autorités mettent l’accent sur la rhétorique nationale et morale comme moyen de renforcer la légitimité interne. Dans cette logique, des questions telles que le patrimoine culturel, la moralité en ligne et le hooliganisme routier sont présentées comme des problèmes sociaux, tout en étant porteuses d’un symbolisme politique clair.
Grâce à de tels amendements, il est relativement facile de parvenir à un large consensus public. La destruction de monuments historiques, la conduite dangereuse ou les comportements « immoraux » en ligne trouvent peu de soutien parmi de larges segments de la société. En mettant ces questions au premier plan, l’État peut présenter des lois plus strictes en réponse à la demande du public et, dans un contexte de questions économiques et politiques plus sensibles, renforcer sa propre légitimité.
En même temps, ces zones symbolisent le rôle « protecteur et régulateur » de l’État. Le patrimoine culturel est défini comme la protection du passé, la moralité en ligne comme le souci des générations futures et la sécurité routière comme la sauvegarde de la vie quotidienne. De cette manière, les autorités se positionnent non pas comme une source de prospérité, mais comme le principal acteur empêchant le chaos et assurant l’ordre – l’un des mécanismes classiques de la légitimité politique.
Dans le domaine de la moralité en ligne en particulier, des formulations vagues risquent de dépasser les limites de la régulation sociale et de se transformer en un instrument de contrôle de l’expression publique. Des concepts au sens large tels que « manque de respect envers la société » ou « contraire aux valeurs morales » pourraient potentiellement être utilisés non seulement contre un comportement indécent, mais aussi contre tout discours gênant.
De ce point de vue, ce qui se passe ne peut être réduit à une simple réglementation technique. Ces changements illustrent clairement la manière dont l’État façonne ses relations avec la société et la mesure dans laquelle il cherche à contrôler les comportements et l’expression publique.