Le port de Kulevi pourrait faire l’objet de sanctions de l’UE
L’Union européenne envisage d’inclure le port géorgien de Kulevi sur la mer Noire dans son 20e paquet de sanctions contre la Russie. La proposition, préparée par la Commission européenne, limiterait les opérations à quatre terminaux spécifiques, dont Kulevi.
La nouvelle a été rapportée pour la première fois par Radio Free Europe/Radio Liberty, qui a obtenu une ébauche du document de travail de la Commission. Selon le texte, le port géorgien a été utilisé pour le transport maritime de pétrole brut et de produits pétroliers produits en Russie, ou transportés par des pétroliers russes selon « des schémas irréguliers et à haut risque ».
Le gouvernement géorgien a rejeté ces allégations et se dit prêt à fournir des explications détaillées à Bruxelles.
Que comprend le nouveau paquet de sanctions ?
Le 20e paquet de sanctions proposé par l’UE, qui n’a pas encore été adopté, contient plusieurs mesures clés :
- Des sanctions seraient imposées à 43 autres navires de la « flotte fantôme » russe ;
- Interdiction des services techniques pour les pétroliers transportant du gaz liquéfié russe ;
- Restrictions aux opérations avec quatre terminaux portuaires spécifiques dans des pays tiers. Il s’agit notamment du port de Kulevi, décrit dans le document comme une infrastructure utilisée pour transporter du pétrole brut ou des produits pétroliers russes dans le cadre de projets à haut risque. Selon la proposition, cela menace l’efficacité des sanctions anti-russes et pourrait être utilisé pour les contourner.
La réaction de Tbilissi
Selon le Premier ministre géorgien Irakli Kobakhidze, le gouvernement estime qu’aucune activité dans le port de Kulevi ne viole les sanctions internationales.
« Nous ne pensons pas qu’il s’y passe quoi que ce soit qui soit en contradiction avec la politique de sanctions. Nous sommes prêts à fournir des informations détaillées à la Commission européenne et à discuter de la question ». » a-t-il déclaré en réponse à une question de Radio Free Europe/Radio Liberty.
L’Agence géorgienne des transports maritimes a également rejeté les allégations concernant les pétroliers russes, affirmant que les inspections n’avaient révélé aucune violation des sanctions.
Scandales et inquiétudes antérieurs
En raison de ses liens présumés avec la Russie, le port de Kulevi a attiré à plusieurs reprises l’attention internationale ces derniers mois.
En octobre 2025, Reuters a rapporté que la compagnie pétrolière russe Russneft avait livré la première livraison de brut à une raffinerie nouvellement construite à Kulevi. Les autorités britanniques ont ensuite imposé des sanctions à Russneft.
Le média d’investigation russe Proekt a également fait état de liens possibles entre la famille propriétaire de la raffinerie de Kulevi et des représentants de l’agence de renseignement militaire russe, le GRU.
Qu’est-ce qui lie les propriétaires de la première raffinerie de pétrole de Géorgie au fils d’un haut responsable du renseignement militaire russe ?
Il a été rapporté précédemment que la société russe Russneft avait livré la première livraison de pétrole à la raffinerie récemment ouverte.

La construction de la raffinerie de pétrole dans la zone industrielle franche de Kulevi a commencé fin 2024. L’usine devrait actuellement traiter 1,2 million de tonnes de pétrole brut par an, avec des plans pour augmenter la capacité à quatre millions de tonnes. Le projet appartient à Black Sea Petroleum, une société enregistrée en octobre 2022. La femme d’affaires Maka Asatiani détient 70 % des actions.
Le Premier ministre Irakli Kobakhidze a assisté à l’inauguration de l’usine.
La construction de la raffinerie a également été financée par le Fonds d’investissement public de développement de Géorgie, avec le parrainage de la banque Cartu, propriété de Bidzina Ivanishvili, fondatrice du parti au pouvoir, le Rêve géorgien, et de deux autres banques.
La question de la « flotte fantôme »
Un nouveau scandale a éclaté il y a quelques jours autour de Kulevi à propos du pétrolier Silvariqui, selon l’Ukraine, fait partie de la « flotte fantôme » russe – un réseau de navires que Moscou utilise pour contourner les sanctions.
Selon le média géorgien iFact, le pétrolier a déchargé environ 32 000 tonnes de pétrole brut et de produits pétroliers au port de Kulevi.
Le navire a ensuite été transféré à une société indienne.
L’Agence maritime géorgienne a rejeté ces allégations, les qualifiant de « désinformation », affirmant que ni le navire ni sa cargaison n’étaient soumis à des sanctions internationales.
Une enquête d’iFact a également révélé qu’entre 2024 et 2026, 19 navires correspondant aux caractéristiques de la « flotte fantôme » russe ont fait escale dans les ports géorgiens, dont Kulevi.
Qu’est-ce que le port de Kulevi et pourquoi c’est important
Le terminal pétrolier de Kulevi est situé sur la côte de la mer Noire et appartient à la compagnie pétrolière nationale azerbaïdjanaise SOCAR.
Le terminal est opérationnel depuis environ deux décennies, mais une raffinerie de pétrole y a également été lancée en 2025, augmentant ainsi son importance régionale. Selon SOCAR, 2,2 millions de tonnes de pétrole et de produits pétroliers ont été manutentionnées au terminal rien qu’en 2025.
D’éventuelles sanctions de l’UE ne bloqueraient pas directement les opérations portuaires, mais pourraient compliquer considérablement les transactions financières et la coopération avec les entreprises européennes.
Le contexte plus large
Alors que les sanctions occidentales contre la Russie se renforcent, Moscou cherche activement à diversifier ses exportations énergétiques et à utiliser des itinéraires logistiques alternatifs.
L’expansion de la « flotte fantôme » a suscité l’inquiétude internationale non seulement parce qu’elle affaiblit les sanctions, mais aussi en raison des risques environnementaux et maritimes.
Si l’UE inclut le port de Kulevi dans son 20e paquet de sanctions, ce serait la première fois qu’une infrastructure géorgienne serait inscrite sur une liste de sanctions de l’UE – une mesure qui pourrait accroître considérablement la pression politique et économique sur Tbilissi.
Le port de Kulevi pourrait faire l’objet de sanctions de l’UE