Tbilissi donne son feu vert à l’expulsion de plusieurs habitants en raison de la construction du centre culturel Heydar Aliyev

Les autorités géorgiennes ont donné leur feu vert à la saisie des propriétés résidentielles de plusieurs ménages pour la construction du Centre culturel Heydar Aliyev. L’ordonnance, signée par la ministre de l’Économie Mariam Kvrivishvili, décrit le centre comme un projet répondant à des « besoins sociaux urgents ».

L’ordre est daté du 3 avril, trois jours avant la visite d’État en Géorgie du président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, fils de Heydar Aliyev, qui a dirigé le pays de 1993 jusqu’à sa mort en 2003.

Le centre devrait succéder au Théâtre dramatique d’État azerbaïdjanais Heydar Aliyev de Tbilissi, situé dans le vieux Tbilissi. L’ordonnance précise que l’espace existant est insuffisant pour les activités de l’organisation et que le bâtiment lui-même est dans un état détérioré.

En conséquence, les gouvernements d’Azerbaïdjan et de Géorgie ont décidé de construire un nouveau bâtiment dans la même rue, un peu plus loin, et une cérémonie de pose des fondations a eu lieu en octobre 2023. Cependant, il est apparu plus tard que « les terrains n’étaient pas suffisants pour la construction », et les deux gouvernements ont décidé d’agrandir le chantier en ajoutant deux terrains supplémentaires.

L’ordonnance précise en outre que le projet doit être mis en œuvre avec un financement azerbaïdjanais et que la participation de la Géorgie à « l’investissement de plusieurs millions » consiste en le rachat de l’un des terrains supplémentaires par une entreprise publique enregistrée à Tbilissi.

Un immeuble d’habitation est implanté sur le terrain qui sera acquis par l’entreprise. Selon les données du Registre public, les espaces résidentiels et auxiliaires sont enregistrés sous les noms de 24 propriétaires différents. Comme indiqué dans l’ordonnance, au 24 mars 2026, l’entreprise avait conclu des accords avec 13 propriétaires et leur propriété avait été acquise volontairement.

Cependant, aucun accord n’a été trouvé avec cinq propriétaires, après quoi l’entreprise a contacté le ministère de l’Économie pour demander l’octroi du droit d’expropriation.

Qualifiant le centre de « projet de besoins sociaux pressants », le ministre a satisfait à la demande, déclarant que « l’expropriation des droits de propriété est requise » dans le cas de ceux avec lesquels aucun accord n’a pu être trouvé.

L’ordonnance ne mentionne pas les six autres propriétaires, ce qui pourrait indiquer que les négociations avec eux sont toujours en cours.

La loi géorgienne définit l’expropriation comme la privation des droits de propriété accompagnée d’une indemnisation complète et équitable pour les biens concernés.

En vertu de la loi, le ministre détermine la nécessité de l’expropriation pour des besoins sociaux impérieux et identifie l’entité qui peut se voir accorder le droit d’expropriation, tandis que la décision de procéder à l’expropriation est prise par le tribunal. La partie qui demande l’expropriation doit déposer une demande auprès du tribunal et est tenue d’informer tous les propriétaires concernés du dépôt et de l’audience prévue au tribunal.

L’ordonnance du 3 avril explique l’importance sociale du Centre par son rôle futur au service du « développement culturel » de la communauté azerbaïdjanaise vivant en Géorgie, ainsi qu’en faisant référence à la pratique de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), selon laquelle l’intérêt public ne se limite pas aux intérêts de la majorité.

« Puisque la protection de l’identité culturelle constitue une valeur fondamentale d’une société démocratique et que l’État a l’obligation positive de créer les conditions de son développement », note l’ordonnance.

L’ordonnance peut faire l’objet d’un recours devant le tribunal dans un délai d’un mois à compter de sa publication ou de sa notification officielle.