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Géorgie et France : biographie de Dimitri Amilakvari, lieutenant-colonel de la Légion étrangère (1906-1942)


AMILAKHVARI
samedi 15 mars 2008, par Mirian Méloua

Dimitri Amilakhvari est né le 12 novembre 1906 à Bazorkino (1), un village d'Ossétie, dans une famille noble géorgienne, les Zedguinidzé. Elle avait reçu la charge héréditaire d'Amilakhor, gardienne de la forteresse royale de Gori : ce nom de fonction avait rapidement supplanté le nom de famille.

Après l'invasion de la Géorgie par l'Armée rouge en 1921, Dimitri émigre avec ses parents à Constantinople, puis en France. Il entre à l'école militaire française de Saint-Cyr en 1924 et en sort sous-lieutenant en 1926.

Souhaitant conserver la nationalité géorgienne, il se tourne vers la Légion étrangère. Son frère ainé Constantin (1904-1943) s'y engage également en 1928, sous un pseudonyme.

Dimitri Amilakhvari est tour à tour affecté au 1er Régiment Etranger à Sidi-Bel-Abbès en 1926, au 4ème Régiment Etranger à Marrakech en 1929. Il participe ensuite aux combats du Haut Atlas et obtient deux citations en 1932 et 1933. Il dirige l'école militaire d'Agadir de 1934 à 1937 et accède au grade de capitaine. Il rejoint ensuite le 1er Régiment Etranger où il commande la compagnie d'instruction de mitrailleuses.

Le 27 février 1940, il est nommé commandant d'une compagnie de la 13ème demi-brigade de Légion étrangère créée à Sidi-Bel-Abbès. Le 6 mai, après une étape en France, il participe au combat de Narvik en Norvège et obtient trois nouvelles citations.

Le 20 juin, après un retour en France, contraint par l'avancée allemande, il part pour la Grande-Bretagne avec quelques officiers.

Le 31 août, il est envoyé en Afrique, où il commande une compagnie du 1er Bataillon de Légion étrangère : la campagne le mène au Gabon, au Cameroun, en Erythrée (batailles de Keren en mars et de Massaouah en avril 1941).

Il est promu durant la campagne de Syrie, chef de bataillon le 25 juin et lieutenant-colonel le 25 septembre : il reçoit le 19 Octobre le commandement et le drapeau de la 13éme Demi Brigade de Légion Etrangère des mains du général Catroux.

En mars 1942, son unité est engagée dans la campagne de Libye. Le 26 mai, à la bataille de Bir Hakeim, il commande la Ière Brigade Française Libre sous les ordres du général Koenig et s'y illustre à la tête d'une unité tactique de destruction de chars allemands (3). Le 10 août, il reçoit à El Tahag en Egypte la Croix de la Libération des mains du Général De Gaulle (4).

En octobre, il engage la 13ème DBLE à la bataille d'El Alamein en Egypte. Le 24, lors de la prise d'un piton, Dimitri Amilakhvari est tué d'un éclat d'obus (5).

Il a reçu de nombreuse décorations, chevalier de la Légion d'Honneur, Compagnon de la Libération, Croix de guerre 1939-1945 avec palmes, Croix de guerre des TOE (2 citations), Croix de guerre norvégienne (roi Haakon, en exil à Londres).

La 141ème promotion de l'Ecole militaire de Saint-Cyr (1954-1956) porte son nom.

*

Le 13 novembre 2004, lors de la IIème journée franco-géorgienne de Leuville-sur-Orge, le général Jean-Pierre Faure, de la promotion "Amilakvari", rappelait avec émotion le combat des officiers d'origine géorgienne dans les rangs de l'armée française durant la Seconde Guerre mondiale. Il était également rappelé que le père du maire de la commune, Daniel Esprin, servit sous les ordres du lieutenant-colonel Amilakhvari à El Alamein : le premier fut blessé, le second trouva la mort.

Le 26 mai 2006, afin de rendre hommage à Dimitri Amilakhvari, une unité française militaire participait pour la première fois à la fête nationale géorgienne, l'orchestre du 43ème Régiment d'infanterie de l'armée de terre.

Le 19 novembre 2006, dans sa ville natale de Gori, à l'occasion du 100ème anniversaire de sa naissance et du 50ème anniversaire de la promotion "Amilakvari", une rue était inaugurée à son nom ainsi qu'une exposition au musée ethnographique. Le Gouverneur de la région et l'Ambassadeur de France avaient convié sa famille (dont sa fille venue de France) ainsi que des officiers français de la promotion "Amilakvari".

Le 30 janvier 2008, à Tbilissi, un film documentaire sur la vie de Dimitri Amilakhvari était présenté au cinéma Dom Kino.

Le 17 mars 2008, à Paris, aux Invalides, lors des cérémonies d'hommage aux "poilus" de la guerre de 1914-1918, devant le cercueil du dernier d'entre eux, Lazare Ponticelli, d'origine italienne et membre lui aussi de la Légion étrangère, une phrase était prononcée "Nous les étrangers, n'avons qu'une seule façon de prouver à la France notre gratitude pour l'accueil qu'elle nous a réservé : nous faire tuer pour elle", phrase que Dimitri Amilakhvari avait écrite sur son journal de campagne à Bir Hakeim.

*

Sources multiples dont

-  France, bibliographie sur la communauté géorgienne

-  famille Amilakhvari, Ordre de la Libération, Wikipedia.

Notes :

(1) Sur le plan de l'Etat-Civil, Dimitri Amilakvari est né à Gori, le certificat de baptême a certainement tenu lieu de certificat de naissance. La date du 31 octobre 1906 est parfois retenue comme date de naissance : elle peut être attribuée à la différence entre le calendrier julien et le calendrier grégorien.

(2) Constantin Amilakhvari quitte la Légion étrangère en 1941 avec le grade d'adjudant. Il s'engage ensuite dans la Légion des Volontaires français contre le bolchévisme : il combat sur le front de l'Est, est grièvement blessé et meurt en 1943.

(3) L'unité tactique commandée par le lieutenant-colonel Amilakhvari, très mobile dans le désert et destructrice de chars, était composée d'infanterie motorisée, de batterie d'artillerie tractée, d'automitrailleuses, de canons antichars et de DCA.

(4) "Formidable entraîneur d'hommes, il s'attache alors à réorganiser son unité et à la préparer à la guerre du désert", d'après l'Ordre de la Libération.

(5) Dimitri Amilakhvari est inhumé sur les pentes du piton d'Himeimat. Son képi est conservé au Musée de la Légion étrangère d'Aubagne.



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