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La victoire de Boris Tadic à l'élection présidentielle ancre la Serbie dans la démocratie (2004)


dimanche 27 juin 2004, par Hervé Collet

Selon les premiers résultats officieux, Boris Tadic, président du Parti démocratique a remporté le second tour de l'élection présidentielle par environ 53,7 % des voix, contre son concurrent radical d'extrême droite, Tomislav Nikolic, qui a publiquement reconnu sa défaite.

La participation électorale a été de 48,5 %. Les précédents scrutins avaient été annulés parce qu'aucun candidat n'avait franchi la barre des 50 % primitivement inscrite dans le code électoral, mais entre temps, la loi avait été changée de manière à obtenir l'élection d'un président quel que soit le taux de participation électorale.

La victoire de Boris Tadic, bien qu'annoncée dans les sondages, était loin d'être acquise d'avance. Lors des trois scrutins précédents, les partis démocrates s'étaient divisés face au risque de victoire du candidat ultra-nationaliste. Cette fois-ci, la communauté internationale a fait pression pour qu'une union - au moins de façade - soit présentée aux électeurs démocrates. C'est ainsi que le premier ministre serbe, Vojislav Kostunica a, dans un entretien publié dimanche 20 juin par le journal Vercernje Novosti, exprimé son soutien public à Boris Tadic. Quelques jours plus tôt, le parti de Kostunica, le Parti démocratique de Serbie (DSS), dont le candidat, Dragan Marsicanin, n'avait obtenu que 13,3 % des voix, lui avait également apporté son appui. En outre, le milliardaire Bogoljub Karic, récemment entré en politique et qui était arrivé troisième avec 18,2 % des voix avait, lui aussi, appelé à voter pour Tadic. Mais en Serbie, les électeurs n'ont pas l'habitude de suivre les injonctions de leurs partis de référence et l'on craignait que la Serbie, dont la sociologie politique reste encore profondément marquée par les traumatismes des derniers conflits balkaniques, ne soit majoritairement séduite par les sirènes nationalistes.

La victoire de Boris Tadic signe l'ancrage de la Serbie dans la démocratie et dans l'orientation pro-européenne, mais ne délivre pas le pays de tout remous politique, car la classe politique serbe va devoir s'accommoder d'une cohabitation « à la française » entre un premier ministre, Vojislav Kostunica, qui a remporté les élections législatives il y a six mois et un président, Boris Tadic, qui a remporté dimanche une sorte de « troisième tour ». La comparaison avec la France, cependant, n'est pas totale dans la mesure où le président serbe dispose de pouvoirs moins étendus que le président français. Il n'empêche que la victoire du candidat d'opposition - qui a reçu un soutien déterminant du milliardaire Bogoljub Karic, représentant près de 20 % de l'électorat - constitue un important revers pour la coalition au pouvoir. Celle-ci ne s'était formée que pour résister, précisément, à la menace constituée par le parti radical et avait reçu le soutien suspect du Parti socialiste de Serbie, de l'ancien président Milosevic. La victoire de Boris Tadic et son alliance avec un nouvel acteur politique de poids, risquent de provoquer des revirements dont la scène politique serbe a le secret. La perspective de nouvelles élections législatives au mois de septembre prochain ne va pas manquer de relancer la lutte pour le pouvoir au sein de la classe politique serbe.

Boris Tadic a déclaré, lors d'un premier point de presse tenu dimanche soir à l'issue du scrutin, que son pays ne renonçait pas aux intégrations européennes. Il n'a laissé planer aucun doute sur la nécessité, pour Belgrade, de coopérer avec le Tribunal pénal international pour la Yougoslavie (TPIY). Il a annoncé son intention de "coopérer avec les institutions internationales" dans la recherche d'une solution au problème du Kosovo, la province serbe à majorité albanaise administrée par l'ONU.

Hervé Collet/COLISEE.



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