Accueil Brèves Plan du site Contact Admin


COLISEE Articles
comité pour l’information sur l’Europe de l’Est
   
 
 
[ Imprimer cet article ]


Kirghizstan : Koulov se prend les pieds dans les langues (mai 2005)


mercredi 18 mai 2005, par Camille Magnard/Mathilde Goanec

L'ex-présidentiable kirghiz Félix Koulov, qui s'est rangé derrière le président et premier ministre par intérim Kourmanbek Bakiev (lire l'article Kirghizstan : Koulov et Bakiev se mettent d'accord pour former un "ticket" en vue de diriger le pays (mai 2005)) a peut-être dû se résigner à abandonner - au moins temporairement - ses ambitions présidentielles à cause d'un … examen de langue.

Ajoutée à la Constitution kirghize en 2000 par Askar Akaïev, l'obligation pour tout candidat de prouver sa maîtrise de la langue kirghize, pénalise pour la seconde fois Félix Koulov. Il y a cinq ans, lors du précédent scrutin présidentiel, le président en place, Akaïev, avait sorti cette formalité électorale de son chapeau pour barrer plus ou moins ouvertement la route à ses adversaires. Et en particulier à Koulov le russophone, bien connu pour sa piètre connaissance du kirghiz.

Langue de l'enseignement dans les premières années du régime soviétique, le kirghiz a progressivement perdu du terrain en faveur du russe, notamment dans l'enseignement. La jeune élite urbaine, dont est issu Félix Koulov, a grandi en s'éloignant de sa langue maternelle, ce qui n'a pas été le cas des jeunes ruraux comme Akaïev.

Conscient de ses lacunes linguistiques, Koulov avait, en 2000, refusé de se prêter à l'exercice imposé, soit rien de moins, par exemple, qu'une dissertation orale sur la poésie kirghize au XVIIIe siècle… Un refus qui n'avait pas changé grand chose à sa candidature, puisque quelques mois plus tard, il était évincé de la course et poursuivi en justice pour des accusations de corruption. S'ensuivirent cinq années de détention qui, ironie du sort, lui auront permis de perfectionner sa maîtrise de sa langue nationale. À tel point que, libéré en mars dernier et candidat officiel à la présidentielle de juillet, il se déclarait il y a quelques semaines capable de passer le fameux examen.

Pour vérifier ce défi, il faudra donc attendre encore : s'il est difficile de justifier son renoncement à l'aune de ce seul élément, la question de la connaissance de la langue nationale n'est pas anecdotique. Certes on peut penser que la mesure était largement opportuniste en 2000, il n'en reste pas moins que beaucoup estiment qu'un président doit être parfaitement apte à communiquer avec son peuple, et notamment sa base, dans les deux langues, comme l'a souligné Nazgul Turdubekova, militant kirghiz des Droits de l'Homme. Pour lui, au-delà de la question des candidats présidentiels, « si nous [les Kirghizes] ne donnons pas d'importance à notre langue, nous disparaîtrons en tant que nation ».

Une affirmation qui n'est pas partagée par tous. Le principe même du test de langue est considéré comme discriminatoire par de nombreux Kirghizes, qui y voient "une violation directe des pactes internationaux sur les Droits de l'Homme ratifiés par le Kirghizistan", comme le souligne Tolekan Ismaïlova, qui dirige l'ONG La société civile contre la corruption. D'autres comparent le critère de langue à un critère raciste, voire "humiliant", selon Asiya Sasykbaeva, à la tête de l'organisation Interbilim. Elle souhaite plutôt juger les candidats sur leurs aptitudes à sortir le pays de la crise et non leur maîtrise linguistique.

Sortir le pays de la crise, c'est bien la seule chose qui sera demandée au premier ministre Félix Koulov, si tant est que les électeurs kirghizes élisent, le 10 juillet prochain, le tandem qu'il a accepter de former avec Kourmanbek Bakïev, lequel ne devrait pas avoir de difficultés face à ses examinateurs, compte tenu du fait qu'il maîtrise parfaitement la langue kirghize.

Camille Magnard/Mathilde Goanec/COLISEE



[ Imprimer cet article ] [ Haut ]
 

 
 
  01. Accueil
02. Albanie
03. Arménie
04. Azerbaïdjan
05. Biélorussie
06. Bosnie-Herzégovine
07. Croatie
08. Géorgie
09. Kazakhstan
10. Kirghizstan
11. Macédoine
12. Moldavie
13. Monténégro
14. Ouzbékistan
15. Russie
16. Serbie
17. Tadjikistan
18. Turkménistan
19. Ukraine
20. Etats autoproclamés
21. Union européenne
22. Grandes régions d'Europe et d'Asie
23. Thèmes transversaux
24. Les séminaires et les conférences
25. Les dossiers du COLISEE

Contact
 

 
 
Dans la même rubrique

Autres articles :
Selon un expert russe, les événements du Kirghizstan évoluent selon le scénario ukrainien (mars 2005)
Kirghistan : Le président Bakiev contesté par ses anciens co-révolutionnaires (novembre 2006)
Une nouvelle Constitution de compromis pour le Kirghizstan (novembre 2006)
Le cas Akmatbaiev fragilise le pouvoir kirghize (avril 2006)
Kirghizstan : une nouvelle équipe politique à trois têtes (mars 2005)
Kirghizstan : fortes manifestations de l'opposition pour protester contre les résultats des élections législatives donnant 90 % des sièges au pouvoir en place
Kirghizstan : un député tué au centre de Bichkek (juin 2005)
Le Kirghizstan en plein casse-tête constitutionnel (décembre 2006)
Kirghizstan : Koulov et Bakiev se mettent d'accord pour former un "ticket" en vue de diriger le pays (mai 2005)

 



© 2013 COLISEE