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Serbie : des réformes en suspens (2003)


lundi 14 avril 2003

 

DES REFORMES EN SUSPENS


(Le texte ci-après est tiré du Rapport pour 2001 du Comité Helsinki pour les Droits de l'Homme de Serbie. Résumé et traduction depuis l'anglais par Hervé Collet)

Des réformes en suspens

Les plus grands problèmes de la Serbie relèvent de sa résistance à affronter son passé. À l'opposé de la République tchèque ou de l'Allemagne de l'Est, les nouveaux maîtres de Belgrade n'ont pas osé procéder à ce que la classe politique serbe appelle pudiquement une "lustration" de la société - pour ne pas parler d'épuration. La majeure partie des cadres du régime précédent sont restés en place et un certain nombre de tendances radicales, qui avaient été freinées - il faut le reconnaître - sous la férule de Milosevic, se sont développées depuis la chute de ce dernier, profitant de la libéralisation du système.

La police de l'ancien système n'est pas inquiétée.

Les forces de police - et notamment les unités spéciales - ont bénéficié du fait que son commandement a objectivement joué le jeu de l'opposition quand il s'est rendu compte que les jours de Milosevic étaient comptés, à l'automne 2000. Il apparaît clairement aujourd'hui que les forces de l'ordre se sont officiellement acharnées sur des "boucs émissaires", tels que le mouvement OTPOR, pour détourner l'attention du gouvernement des véritables enjeux, à savoir l'arrivée inéluctable de la DOS au pouvoir, avec l'appui des occidentaux.

En conséquence de quoi, les forces de l'ordre sont restés depuis la "révolution d'octobre" dans leur grande majorité hors de contrôle du pouvoir civil.

L'armée redresse la tête

La "grande victoire" de l'Armée Yougoslave au cours de "la seconde Bataille du Kosovo" et son rôle dans le "cycle post-Kosovo", c'est-à-dire dans la "reconstruction et le développement du pays", détruit par l'agression de l'OTAN", a conforté les militaires dans leur tendance à se projeter comme des héros. Dans la période qui a suivi la chute de Milosevic, les chefs militaires et le président Kostunica n'ont pas manqué une occasion d'offrir des remerciements et de reconnaître la "valeur" de cette armée dans le but de faire revivre le mythe du Kosovo et de rehausser le prestige ébranlé de l'Armée fédérale et de son chef, le général Nebosjsa Pavkovic.

Ce dernier est resté de nombreux mois à son poste, pour récompenser le fait de ne pas avoir tiré sur la foule le 5 octobre 2000. Le 20 novembre, Carla Del Ponte, procureur du TPI, a dénoncé la protection militaire dont jouit Ratko Mladic. L'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie-Herzégovine se trouverait en Serbie et serait protégé par une partie de l'armée " avec l'accord tacite du gouvernement ", a affirmé Carla Del Ponte.

La Justice est paralysée

Le pouvoir est maintenant dans les mains d'une large coalition dont la majorité des membres ont collaboré avec Milosevic à un moment ou un autre, ont été corrompus ou "compromis préventivement" du fait de leur participation à des malversations diverses de l'ancien régime. C'est en grande partie pour cette raison que pratiquement aucune enquête criminelle n'a été engagée à l'encontre des principaux collaborateurs de Milosevic, qui apparaissent ainsi assurés de l'impunité contre toute poursuite pénale. C'est ainsi que l'épouse de Slobodan Milosevic, Mira Markovic, protégée par ailleurs par son immunité parlementaire, peut se vanter de n'avoir fait l'objet d'aucun procès, alors que les journaux à sensation, tels que l'hebdomadaire Blic, avaient consacré des dossiers spéciaux à la "fortune du clan Milosevic", dès le mois de décembre 2000. Cela décourage toute proposition de changement, accentue le dilemme moral de savoir qui doit porter le fardeau et le coût des restructurations et donne l'impression que la réforme n'est jamais qu'une nouvelle manipulation de la superstructure politique, principalement occupée à substituer une équipe de bénéficiaires du pouvoir politique à une autre.

L'extrême-droite se renforce

Au cours des derniers mois, l'extrême droite a atteint deux objectifs : consolider son statut social et son réseau d'organisation, grâce à la libéralisation des médias. L'Etat , en l'occurrence les autorités fédérales, en tolérant les activités de l'extrême droite, a normalisé son statut. Dès la première année qui a suivi la chute de Milosevic, le mouvement Obraz a considérablement accru ses effectifs, au point d'atteindre le chiffre de 30.000 militants à la fin de l'an 2001. Cette organisation, créée en 1993, dotée d'un magazine, s'est peu à peu transformée en formation politique. Elle s'est lancée dans une campagne de propagande, avec des slogans tels que "Luttons pour la réputation de la serbité" ("serbhood"). Elle défend tous les Serbes nationalistes, comme le prêtre Nikolaj Velimirovic et bien d'autres "martyrs" serbes : Draza Mihajlovic, Milan Nedic et Dimitrije Ljotic. "Obraz se bat contre la globalisation, l'athéisme, la sécularisation, les violations des droits de l'Homme et des libertés. Nous sommes contre tout ce qui est contraire à la tradition serbe", déclare son ancien président, Nebojsa Krstic. Le président Kostunica, quand il n'était que président du DSS, a écrit plusieurs articles pour le magazine d'Obraz. Après son élection à la tête de la fédération, il n'a jamais pris ses distances à l'égard du mouvement.

Les minorités en quête de reconnaissance

L'attitude de l'Etat envers les minorités est reste fondamentalement inchangée et bon nombre de lois et de décrets discriminatoires adoptés sous Milosevic sont encore en vigueur. En dépit des efforts déployés par Raslim Lajlic, ministre fédéral chargé du dossier, pour faire passer en urgence une loi sous la pression du Conseil de l'Europe, force est de constater que les problèmes des minorités ne sont pas encore reconnus par la société serbe. Et pourtant, dans le but de recueillir l'appui des minorités, la DOS s'était faite l'avocate de l'égalité des cultures. Mais par la suite, aucune amélioration sensible n'a été observée, si ce n'est d'occasionnelles références à la nécessité d'une "discrimination positive".

En fait, la culture traditionnelle serbe tend à considérer les minorités comme des éléments étrangers, des"invités" priés de respecter "l'hospitalité" qui leur est offerte et de cesser d'importuner leurs "hôtes" avec leurs exigences. Les représentants des minorités font l'objet de fréquentes agressions de la part des milieux nationalistes et xénophobes, non seulement au niveau de l'homme de la rue, mais aussi des personnages publics. Parmi ces derniers, on trouve Josef Kasa, vice-premier ministre du gouvernement serbe et président de l'Alliance des Hongrois de Voïvodine, menacé par écrit d'être pendu sur la place Terazije de Belgrade, ou Bela Tonkovic, vice-président du conseil municipal de Subotica et président de l'Alliance des Croates de Voïvodine, traité de "Oustachi bourreau de Serbes". Les Roms s'estiment particulièrement mal traités. Lors d'une rencontre d'associations de Roms qui s'est tenue à Kragujevac, les participants se sont plaints que les enfants roms étaient mal considérés, maltraités, harcelés, et que les professionnels de l'éducation essayaient même de les pousser à abandonner leur scolarité.

La montée de l'antisémitisme

La communauté juive, qui est cependant très peu nombreuse en Serbie (environ 3.000 personnes) et dont le rôle dans la société est plutôt faible, signale également une escalade d'agressions antisémites : lettres de menaces, graffiti, dégradation de tombes. Cet antisémitisme a des racines idéologiques dans les factions conservatrices et droitières (le prêtre Nikolaj Velimirovic, Dimitrje Ljotic). Il se nourrit des frustrations socio-économiques et de l'échec de l'idée de Grande Serbie. Il met en avant le rôle qu'aurait joué l'influente communauté juive internationale (dont les représentants les plus éminents sont Madeleine Albright, Richard Holbrooke, Wesley Clark et Robert Gelbrand) dans le malheur des Serbes, notamment après les frappes aériennes de l'OTAN.

Parallèlement, et d'une façon paradoxale, un certain nombre d'intellectuels ont avancé l'idée d'une identité de destin entre les Serbes et les Juifs dans la dernière décade. Dans un contexte de syndrôme de victime, chéri en Serbie, les Serbes sont mis au même plan que les Juifs par certains auteurs (Vuk Draskovic : "Le Kosovo est notre Jérusalem. Les Serbes sont la 13ème tribu d'Israël, la plus infortunée" - 1985). Cette ambivalence du statut de la communauté juive mérite d'être versée au dossier de l'anti-sémitisme en Serbie.

Pour lire l'ensemble du rapport 2001, contacter Sonja Biserko, présidente du Comité Helsinki des Droits de l'Homme. Tél. 00 381 11 637 542. Fax.00 381 11 636 429.

Email : biserkos@eunet.yu

Site web : www.helsinki.org.yu



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