La flotte de drones azerbaïdjanais dans la Caspienne
L’Azerbaïdjan a lancé la production locale de drones navals armés et de drones maritimes errants basés sur la technologie turque. Les nouveaux systèmes sont conçus pour une large gamme de missions, depuis la protection des infrastructures énergétiques de la mer Caspienne jusqu’à l’attaque de navires en passant par la reconnaissance. Cependant, le nombre de drones produits, le coût du programme et la part de fabrication réellement réalisée en Azerbaïdjan n’ont pas été divulgués.
Le 6 septembre, le président Ilham Aliyev et la première vice-présidente Mehriban Aliyeva ont visité la marine azerbaïdjanaise.
La visite avait pour objectif de présenter deux plates-formes navales sans pilote : le navire de surface armé sans équipage SALVO et le drone kamikaze maritime KAYRA.
Selon le site Internet présidentiel azerbaïdjanais, les drones sont produits par une coentreprise entre MİRAS, une entreprise de l’industrie de défense relevant du ministère azerbaïdjanais de la Défense, et le constructeur naval turc DEARSAN. Aliyev a été informé des spécifications techniques des drones avant que les systèmes ne soient soumis à des démonstrations en direct.
Le communiqué officiel n’a pas divulgué les volumes de production, le coût du projet ni la date à laquelle le premier lot serait livré à la marine azerbaïdjanaise.
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Ils ont déjà été présentés
SALVO et KAYRA ne sont pas présentés pour la première fois en Azerbaïdjan. SALVO a été dévoilé en août 2025 lors d’exercices militaires axés sur « la protection et la défense des infrastructures énergétiques maritimes ».
KAYRA a été présentée en novembre de la même année lors d’un défilé militaire à Bakou.
L’importance de la présentation du 6 septembre ne réside donc pas dans l’introduction des systèmes eux-mêmes. Le principal changement réside dans le fait qu’ils sont désormais produits dans une usine commune en Azerbaïdjan et que le processus de production a été officiellement démontré pour la première fois aux dirigeants du pays.
Cela suggère que l’Azerbaïdjan souhaite aller au-delà du simple achat d’équipements militaires finis à la Turquie vers une production nationale, une maintenance et éventuellement un transfert de technologie. Cependant, les informations officielles ne précisent pas quelle part des coques, des moteurs, de l’électronique, des systèmes de communication et de contrôle est réellement produite en Azerbaïdjan.
Quelle est la différence entre SALVO et KAYRA ?
SALVO est une plateforme plus grande et polyvalente conçue pour un usage répété. KAYRA, en revanche, est un drone kamikaze plus petit conçu pour s’approcher et détruire rapidement sa cible.
| Spécification | SALVE | KAYA |
|---|---|---|
| Longueur | 14,79 mètres | 7,6 mètres |
| Vitesse maximale | Plus de 35 nœuds, environ 65 km/h | Plus de 60 nœuds, environ 111 km/h |
| Portée maximale | Jusqu’à 400 milles marins, soit environ 740 km | 300 milles marins, soit environ 555 km |
| Coque | Aluminium | Matériau composite |
| Rôle principal | Patrouilles, surveillance et opérations armées | Attaque à sens unique et destruction de cible |
Selon DEARSAN, SALVO peut être utilisé pour patrouiller les côtes et les frontières, effectuer des reconnaissances, lutter contre la contrebande, mener des opérations de recherche et de sauvetage et engager des cibles de surface.
Lors de tests menés par l’entreprise en 2022, SALVO a lancé un missile Cirit fabriqué par la société de défense turque Roketsan, frappant une cible en mouvement. Un support de mitrailleuse stabilisé de 12,7 mm produit par ASELSAN a ensuite été testé. La plateforme peut être contrôlée depuis une station mobile à terre, un centre de commandement ou un autre navire militaire.
On ne sait pas quelles armes seront installées sur les plates-formes SALVO destinées à l’Azerbaïdjan.
Les missions répertoriées pour KAYRA sont principalement offensives. Selon son constructeur, le drone est conçu pour frapper les navires et patrouilleurs ennemis, les bases navales, les ports, les infrastructures côtières et les routes logistiques.
Le type et la quantité d’explosifs transportés par KAYRA, son système de guidage et sa capacité à fonctionner de manière autonome en cas de perte de communication n’ont pas été rendus publics.
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Pourquoi ces systèmes sont-ils nécessaires dans la Caspienne ?
L’une des tâches principales de la marine azerbaïdjanaise est de protéger les infrastructures pétrolières et gazières de la mer Caspienne, ainsi que les ports, les pipelines et les frontières maritimes du pays.
Selon le ministère azerbaïdjanais de la Défense, lors d’exercices navals en 2025, des navires ont patrouillé et surveillé les zones où circulent des oléoducs et des gazoducs. Ils se sont également entraînés à répondre aux attaques d’un ennemi simulé, à contrer les groupes de sabotage sous-marins et à faire face à la menace des mines.
Les systèmes de type SALVO peuvent effectuer certaines de ces tâches sans mettre en danger les équipages des navires. Ils peuvent exercer une surveillance pendant de longues périodes, traquer les navires suspects et, lorsqu’ils sont armés, recourir à la force si nécessaire.
KAYRA, en revanche, est davantage une arme offensive et dissuasive que défensive. Leur petite taille et leur vitesse élevée pourraient créer des défis supplémentaires pour la défense des navires de guerre. L’utilisation simultanée de plusieurs drones de ce type depuis différentes directions pourrait obliger un navire plus grand à consacrer davantage de ressources à l’autodéfense.
Dans le même temps, les drones ne remplacent pas une marine conventionnelle. Leur efficacité dépend de la qualité du renseignement, de la résilience des communications, de la formation des opérateurs et de leur intégration avec d’autres navires dans un système de commandement unifié. La guerre électronique, le brouillage du GPS et la perte de communication sont considérés comme les principales vulnérabilités de ces systèmes.
Les leçons de la guerre en Ukraine
La guerre en Ukraine a considérablement modifié la perception du rôle des drones navals dans la guerre moderne. L’Ukraine, qui ne dispose pas d’une grande marine conventionnelle, a utilisé des bateaux sans équipage relativement bon marché pour limiter les capacités de la flotte russe de la mer Noire.
L’expérience a montré que les petits États peuvent développer une dissuasion maritime sans avoir à construire de grands navires de guerre à une échelle comparable. Cependant, la Russie a également renforcé au fil du temps ses défenses, ses barrières portuaires et ses systèmes de détection de drones. Cela montre que l’avantage apporté par de telles technologies n’est pas permanent.
Le fait que l’Azerbaïdjan produise KAYRA aux côtés de SALVO, KAYRA étant conçu pour les attaques à sens unique, suggère que Bakou adopte ce nouveau modèle de guerre navale.
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L’équilibre militaire dans la Caspienne va-t-il changer ?
Les États riverains de la Caspienne sont l’Azerbaïdjan, l’Iran, le Kazakhstan, la Russie et le Turkménistan. La Convention sur le statut juridique de la mer Caspienne, signée en 2018, appelle les parties à développer leurs capacités militaires dans une « suffisance raisonnable », à maintenir un équilibre des armes et à assurer la transparence. La convention interdit également la présence de forces armées d’États non riverains dans la Caspienne.
La production en Azerbaïdjan d’équipements basés sur la technologie d’une entreprise turque ne viole pas cette interdiction. Il s’agit d’une coopération technologique et industrielle plutôt que du déploiement de forces armées étrangères dans la Caspienne.
L’émergence de deux nouvelles plateformes ne modifie pas en soi l’équilibre militaire régional. Pour évaluer leur impact, il faudrait savoir combien de systèmes seront produits, quelles armes ils embarqueront et comment ils seront intégrés au reste de la marine.
Il n’existe également aucune preuve publique que l’Azerbaïdjan développe ces systèmes spécifiquement contre la Russie ou l’Iran. Bakou mène des exercices conjoints dans la Caspienne avec l’Iran et le Kazakhstan. Néanmoins, dans un contexte de réarmement rapide et de diffusion des technologies militaires, les États voisins prendront probablement en compte chaque nouvelle capacité de frappe lors de la planification de leurs défenses.
Des questions clés restent sans réponse
La visite du président a officiellement confirmé que les drones navals sont produits en Azerbaïdjan. Cependant, les informations clés nécessaires pour évaluer l’ampleur du projet restent confidentielles :
- Combien de systèmes SALVO et KAYRA sont prévus pour la production ?
- Combien coûteront le contrat et l’installation de production ?
- Quelle part des composants sera fabriquée en Azerbaïdjan ?
- Quelles armes et systèmes de contrôle les versions azerbaïdjanaises embarqueront-elles ?
- Les systèmes sont-ils déjà entrés en service opérationnel ou sont-ils encore en cours de tests ?
- Qui décidera quand et selon quelles procédures les drones kamikaze pourront être utilisés ?
SALVO pourrait étendre les capacités de surveillance et de patrouille armée de l’Azerbaïdjan dans la Caspienne, tandis que KAYRA pourrait fournir une nouvelle capacité de frappe asymétrique. La production locale pourrait également faciliter la maintenance et réduire dans une certaine mesure la dépendance à l’égard des fournisseurs étrangers.
Cependant, les capacités réelles de cette « flotte de drones » dépendront des volumes de production, de la manière dont les systèmes seront intégrés dans un réseau de commandement de combat unifié et des conditions financières du projet, qui n’ont pas encore été divulguées.
La flotte de drones azerbaïdjanais dans la Caspienne