La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) à Strasbourg a commencé à examiner une affaire concernant la loi géorgienne « sur l’enregistrement des agents étrangers » (FARA). Le tribunal a noté que l’affaire pourrait bénéficier du statut de « cas d’impact », ce qui signifie qu’elle serait prioritaire en raison de sa portée plus large.
Le lancement de l’affaire a été annoncé le 1er avril lors d’une réunion d’information tenue à Tbilissi au siège de l’Association des jeunes avocats géorgiens (GYLA). La candidature à Strasbourg a été déposée par l’organisation elle-même, en collaboration avec les médias Studio Monitor et News Georgia.
La loi FARA, adoptée par le parti au pouvoir Rêve Géorgien, est entrée en vigueur le 31 mai 2025. La législation cible et restreint les activités de la société civile et des médias. En vertu de ses dispositions, presque n’importe quelle activité peut être interprétée comme une ingérence étrangère, et pratiquement n’importe quel individu ou organisation peut être désigné comme agent étranger.
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Droit controversé et son contexte
Selon GYLA, la loi « Sur l’enregistrement des agents étrangers » viole à la fois la constitution géorgienne et ses obligations internationales en matière de droits de l’homme. L’organisation affirme que son objectif est de restreindre, discréditer et persécuter le secteur civil indépendant et les médias, notamment en recourant à la responsabilité pénale.
Les autorités présentent la loi comme un analogue de la législation américaine FARA, mais les critiques soulignent que les deux fonctionnent dans des contextes historiques et juridiques fondamentalement différents. Selon eux, la transplantation directe de telles lois dans un système différent ne peut pas produire les mêmes résultats et conduit souvent à des résultats politiques très différents.
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Importance des procédures de Strasbourg
La décision de la CEDH d’accepter l’affaire au titre de tous les articles soumis montre sa gravité. Dans sa correspondance, le tribunal a également noté que l’affaire pouvait bénéficier du statut « d’impact », généralement réservé aux questions juridiques fondamentales.
Cela signifie que :
- Le dossier sera examiné en priorité ;
- La décision pourrait créer un précédent ;
- Ses implications pourraient s’étendre au-delà de la Géorgie et s’étendre à d’autres États membres du Conseil de l’Europe.
Selon l’Association des jeunes avocats géorgiens, l’affaire concerne des droits garantis par la Convention européenne des droits de l’homme, notamment :
- Liberté de réunion et d’association (article 11)
- Liberté d’expression (article 10)
- Droit à un recours effectif (article 13)
- Interdiction de la discrimination (article 14)
- Limites à l’utilisation des restrictions aux droits (article 18)
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Questions de la CEDH aux autorités géorgiennes
Parallèlement à l’ouverture d’une procédure sur le fond, la Cour de Strasbourg a posé une série de questions spécifiques aux autorités géorgiennes, abordant à la fois le fond de la loi et ses conséquences pratiques :
- Statut de victime : les demandeurs peuvent-ils être considérés comme des victimes ?
- Droit à la vie privée : l’obligation de divulguer des informations constitue-t-elle une ingérence dans la vie privée ?
- Liberté d’expression et d’association : la loi restreint-elle ces droits ?
- Stigmatisation : le terme « agent étranger » a-t-il un effet dissuasif ou nocif ?
- La définition de « puissance étrangère » est-elle suffisamment claire ou laisse-t-elle place à des abus ?
- Proportionnalité des sanctions : les sanctions sont-elles proportionnées aux violations présumées ?
- Discrimination : la loi entraîne-t-elle un traitement différentiel ou inégal ?
- Recours effectif : existe-t-il de véritables mécanismes disponibles pour protéger les droits ?
- Motifs inavoués : la loi est-elle utilisée à des fins autres que celles déclarées, comme la pression politique ou la répression des voix critiques ?
Le gouvernement a jusqu’au 21 juillet 2026 pour présenter sa position, après quoi les requérants répondront avec leurs arguments.
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Procédures parallèles et impact plus large
Selon GYLA, le tribunal de Strasbourg est sur le point de terminer l’examen d’une autre affaire majeure – une plainte déposée par 136 organisations et quatre individus contre une loi antérieure sur les « agents étrangers » – soulignant l’engagement actif du tribunal dans les questions affectant l’espace civique en Géorgie.
Les représentants du gouvernement reconnaissent que l’affaire peut créer un précédent, mais ne considèrent pas ce statut comme conférant un quelconque avantage particulier aux requérants. Selon eux, la décision finale aura probablement des implications non seulement pour la Géorgie, mais également sur les réglementations existantes ou proposées dans d’autres pays européens.
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Commentaire

Tamar Oniani, présidente de l’Association des jeunes avocats géorgiens :
« Le parti Georgian Dream présente cette loi comme un analogue de la loi américaine sur l’enregistrement des agents étrangers (FARA). En réalité, la FARA américaine, adoptée en 1938, n’a pas pour objectif, dans son contexte historique et selon l’interprétation du ministère américain de la Justice et des tribunaux indépendants, de restreindre l’indépendance des organisations de la société civile ou des médias, mais de dénoncer les activités des agents agissant pour le compte de puissances étrangères hostiles. Elle s’applique dans les cas où des individus financés depuis l’étranger n’agissent pas de manière autonome et sont entièrement dirigés par un mandant.
Il est important que la société géorgienne comprenne que le contenu réel d’une législation n’est pas déterminé uniquement par son texte. La transplantation directe de lois d’autres pays ne garantit pas des résultats identiques. Une norme juridique qui peut avoir la même formulation selon les juridictions et les périodes peut produire des résultats totalement différents, selon la structure du système juridique, l’environnement politique et les mécanismes institutionnels.
Loi НоFARA en Géorgie