Rapport sur les violences lors des manifestations en Géorgie
Le Comité pour la prévention de la torture du Conseil de l’Europe a publié un rapport sur la Géorgie, affirmant que sa délégation était « préoccupée par les allégations de mauvais traitements » de personnes arrêtées lors des manifestations à Tbilissi le 29 novembre 2024.
Le rapport est basé sur les visites de la commission en Géorgie en novembre 2024 et janvier 2025. La délégation a examiné les conditions dans les centres de détention provisoire, les prisons et les cliniques psychiatriques, mais a accordé une attention particulière au traitement des détenus lors des manifestations pro-européennes qui ont débuté le 28 novembre 2024.
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Dans certains cas, le chef des forces spéciales géorgiennes, Zviad Kharazishvili, aurait lui-même enregistré des vidéos montrant des détenus battus.
« Le comité a reçu de nombreuses allégations de mauvais traitements »
Selon le rapport, les témoignages de personnes arrêtées lors des manifestations du 29 novembre à Tbilissi dressent un tableau cohérent : les manifestants ont été arrêtés par des policiers masqués et casqués, parfois issus d’unités d’opérations spéciales, qui ne portaient aucune pièce d’identité visible.
Lors des arrestations, indique le rapport, les détenus ont reçu des coups de poing et de pied, notamment à la tête et au visage. Ils ont également été insultés et menacés, notamment de viol. Les violences cessaient généralement une fois que des policiers masqués remettaient les détenus à des patrouilles ou à des policiers réguliers.
Elle a noté que les blessures – tant celles directement observées et documentées par la délégation que celles enregistrées par les médecins travaillant dans les centres de détention temporaire – correspondaient pleinement aux récits des détenus.
Le Comité pour la prévention de la torture a conclu qu’il n’y avait aucune raison de recourir à la force contre des personnes déjà détenues et sous contrôle policier.
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Recommandations du comité
La commission a exhorté les autorités géorgiennes à veiller à ce que la police n’utilise que la force strictement nécessaire et proportionnée lors des arrestations. Le rapport souligne également la nécessité pour les agents chargés de surveiller les manifestations de porter des pièces d’identité claires, telles que des numéros personnels sur leur casque ou leur uniforme.
Il évoque également ce qu’il décrit comme l’utilisation « excessive et non professionnelle » des canons à eau et des gaz lacrymogènes. La commission a recommandé aux autorités d’accorder une attention particulière à la formation de la police aux méthodes de contrôle des foules, en particulier des agents des unités d’opérations spéciales.
Le comité s’est associé au bureau du défenseur public géorgien pour demander des enquêtes efficaces et indépendantes sur toutes les allégations de violence, et a noté qu’au cours de la période considérée, aucun policier n’avait été inculpé de recours excessif à la force ou de mauvais traitements.
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Affaire Dimitri H. : « Des preuves médicales conformes aux allégations »
Le rapport examine également un cas distinct datant du 22 novembre 2024, sans rapport avec les manifestations. Il s’agit d’un homme identifié comme Dimitri H., qui a déclaré que lors de son interrogatoire par la police, il avait été giflé, frappé à coups de poing et de pied pour tenter d’obtenir des informations, et menacé de viol à coups de matraque.
La délégation du Comité pour la prévention de la torture a enregistré des preuves médicales concordantes avec le récit de la victime. Bien qu’en mars 2025 les autorités géorgiennes aient fourni à la commission des informations sur les mesures d’enquête prises, notamment des entretiens, des examens médico-légaux et l’examen de séquences vidéo, la lettre ne contenait aucune conclusion ni information sur les résultats possibles. Le comité continue de réclamer la divulgation complète des résultats de l’enquête.
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La suppression de l’organisme d’enquête indépendant « un pas dans la direction opposée »
Le rapport exprime une préoccupation particulière concernant la suppression du Service d’enquête spéciale et le transfert de ses fonctions à la прокуратура. Le Comité pour la prévention de la torture a rappelé que la création d’un organe indépendant chargé d’enquêter sur les allégations de mauvais traitements infligés par des agents des forces de l’ordre était depuis de nombreuses années une recommandation tant du comité que de l’Union européenne, étant donné que l’efficacité de ces enquêtes lorsqu’elles sont menées par le ministère public est souvent remise en question.
La commission a demandé aux autorités géorgiennes d’expliquer en quoi la suppression d’un organisme indépendant améliorerait l’efficacité des enquêtes.
Le rapport note également que, lors de réunions avec de hauts responsables du ministère géorgien de l’Intérieur, la délégation a été informée que toute procédure disciplinaire contre des policiers – dans le contexte de mauvais traitements présumés sur des détenus – menée par l’Inspection générale du ministère serait automatiquement suspendue une fois qu’une enquête pénale serait ouverte contre le policier, et ne reprendrait qu’une fois la procédure pénale terminée.
En outre, le ministère de l’Intérieur ne disposait d’aucun mécanisme permettant de suspendre automatiquement de ses fonctions – ou même de réaffecter à un poste sans contact direct avec le public – un officier qui faisait l’objet d’une enquête pénale ou disciplinaire pour des abus présumés contre des détenus.
Le Comité pour la prévention de la torture a déclaré qu’un tel système ne permettait pas une prévention adéquate des violations potentielles ni une réponse efficace à celles-ci, et a recommandé des amendements à la législation pertinente.
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Contexte
Les manifestations pro-européennes qui ont débuté en Géorgie en novembre 2024 ont suscité un vaste débat public et politique. Les observateurs internationaux et les organisations locales de défense des droits humains ont exprimé à plusieurs reprises leurs inquiétudes quant au recours excessif à la force par les forces de l’ordre et aux éventuelles violations des droits des détenus.
Le rapport du Comité pour la prévention de la torture ajoute un poids international au débat. Le comité est un mécanisme de suivi indépendant du Conseil de l’Europe qui évalue régulièrement les normes de détention et le traitement des détenus dans les systèmes répressifs des États membres. Ses conclusions ne sont pas juridiquement contraignantes, mais elles exercent une pression politique et réputationnelle importante.
Rapport sur les violences lors des manifestations en Géorgie