Revue | A Fire There – une étude atmosphérique des Arméniens de souche dans la Géorgie rurale

★★★★☆

Le dernier documentaire de la réalisatrice libano-arménienne Marlene Edoyan, basée à Montréal, s’interroge sur l’avenir des Arméniens de souche dans les zones rurales de Géorgie.

Un feu là-bas (2026) retrace la vie de trois jeunes hommes – Henrikh, Karlen et Hakob – dans le village à majorité arménienne de Gamdzani (Gandza), dans la région sud de Samtskhé-Djavakhétie en Géorgie.

Bien que les trois hommes viennent d’horizons similaires, ils ont chacun des rêves et des objectifs différents : Henrikh souhaite étudier à Tbilissi et éventuellement devenir membre du gouvernement pour apporter un changement efficace dans son pays ; Karlen veut devenir une travailleuse migrante en Russie, la considérant comme un lieu de richesse et d’opportunités ; et Hakob veut simplement construire une vie avec sa petite amie de longue distance Monika dans le village, apparemment satisfait de son travail à la fromagerie locale. Toutes leurs familles ont placé leurs espoirs dans ces jeunes hommes, voyant en eux une chance de bonheur ou de réussite personnelle qu’eux-mêmes n’ont jamais eue.

Tourné entre 2022 et 2024, le documentaire couvre une large partie de la vie des jeunes hommes alors qu’ils tentent chacun de progresser vers leurs différents objectifs. Pourtant, malgré les nombreux mois de tournage, le film n’a pas un rythme rapide ; il se présente plutôt comme un regard artistique et lent sur la vie rurale et pastorale des villages arméniens de Géorgie, où les principales industries tournent autour du mouton et de l’agriculture.

Entre de magnifiques plans larges du paysage et des villageois au travail dans leur environnement – ​​souvent accompagnés par la bande sonore captivante de Mathieu Charbonneau et Christophe Lamarche-Ledoux – Edoyan filme les jeunes hommes aux prises avec leurs identités individuelles émergentes.

Certaines des conversations les plus intéressantes filmées ont lieu dans une usine de traite abandonnée de l’ère soviétique. Dès le début, le lieu suscite un débat sur le succès de l’Union soviétique et sur la question de savoir si les choses vont mieux aujourd’hui dans une Géorgie indépendante. À partir de là, la discussion se poursuit sur l’évolution du travail des migrants, la Russie n’étant plus la seule option attractive par rapport à l’Europe. Comme le dit l’un des jeunes hommes, « le travail des migrants est devenu sophistiqué ».

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Les saisons passent lentement à mesure qu’une par une, le plus grand groupe d’amitié se dissout à mesure que les hommes s’éloignent pour trouver fortune ailleurs.

Pour Henrikh, son séjour à Tbilissi lors des manifestations de 2024 contre la loi sur les agents étrangers éveille un nouvel élan politique, avec lequel ses amis du village ont du mal à se connecter. De retour dans l’usine de l’ère soviétique, la conversation tourne cette fois autour de la politique géorgienne et des choix qui s’offrent à elle. Alors qu’Henrikh exhorte ses compatriotes à voter contre le rêve géorgien lors des prochaines élections législatives, ses amis demandent : « Pouvons-nous faire confiance aux nouveaux arrivants pour installer des usines ici ? », illustrant ainsi l’influence de l’économie dans la Géorgie rurale.

Au-delà de l’accent mis sur les trois jeunes hommes, Edoyan parvient également à capturer subtilement la dynamique patriarcale de genre du village. Les femmes dans le film sont toujours en arrière-plan, sans jamais avoir de véritable identité ni même le sentiment d’un avenir autre que celui d’être épouse et mère. Dans une scène particulièrement poignante, quelques jeunes filles arméniennes sont baptisées, après quoi le prêtre les bénit en souhaitant qu’elles soient les grands-mères de grandes familles. À ce stade, une fille se tourne vers la caméra, avec un air misérable sur le visage – que la somme de sa valeur soit uniquement liée au fruit de son ventre.

Bien qu’il ne dure qu’un peu plus de 90 minutes, Un feu là-bas parvient à transmettre une richesse d’opinions, d’émotions et bien plus encore. L’étendue de son champ d’action est impressionnante, mais ne semble jamais trop globale : le fil du futur inconnu tisse tous les concepts ensemble, que ce soit à travers la prière des membres de la famille ou des plans de fortune lus à partir de restes de tasses de café.

Détails du film : Un feu là-bas (2026), réalisé par Marlène Edoyan. Le film a été projeté le 14 juillet 2026 à Erevan dans le cadre du 23e Festival international du film Golden Apricot.