Visite d’Ursula von der Leyen en Azerbaïdjan
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est rendue à Bakou pour une visite de travail. Les analystes estiment que ce voyage pourrait contribuer à faire progresser le processus de paix dans le Caucase du Sud, à diversifier les approvisionnements énergétiques de l’Europe et à renforcer les liens économiques.
Cette visite est la première de von der Leyen à Bakou depuis 2022. Elle fait également partie de sa tournée dans le Caucase du Sud avec la commissaire européenne à l’élargissement Marta Kos, qui se poursuivra en Arménie le 2 juillet.
La visite a également relancé le débat sur la possibilité d’approfondir le partenariat stratégique de l’UE avec l’Azerbaïdjan et sur la manière de concilier les préoccupations en matière de droits de l’homme et les intérêts économiques.
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Le communiqué de presse conjoint a souligné le rôle de l’Azerbaïdjan en tant que partenaire fiable dans la diversification des approvisionnements énergétiques de l’Europe.
Réunion, déclarations et questions clés
La réunion s’est déroulée dans un format élargi. Les deux parties se sont concentrées sur la coopération commerciale et économique bilatérale, l’approvisionnement énergétique, les transports, la connectivité numérique et énergétique, les énergies renouvelables et la sécurité régionale. Ils ont noté que l’Union européenne reste le plus grand partenaire commercial de l’Azerbaïdjan, représentant plus de 40 % du commerce extérieur du pays. L’Azerbaïdjan, quant à lui, est le principal partenaire de l’UE dans le Caucase du Sud.
Dans le domaine de l’énergie, les parties ont souligné l’importance du corridor gazier sud et du mémorandum d’accord de 2022 sur un partenariat stratégique dans le domaine de l’énergie. Ils ont déclaré que les exportations de gaz azerbaïdjanais vers l’UE avaient augmenté de 65 %. Les discussions sur la connectivité ont porté sur les infrastructures de transport, numériques et énergétiques. L’Azerbaïdjan a également présenté son intention de développer 8 GW de capacité d’énergie solaire et éolienne au cours des cinq à six prochaines années. Les parties ont discuté du projet de corridor d’énergie verte, du développement éolien offshore dans la mer Caspienne et du projet de câble électrique vers l’Arménie.
La sécurité régionale et la normalisation des relations entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie figuraient parmi les sujets clés. Les parties ont souligné plusieurs mesures pratiques, notamment la déclaration commune signée à Washington en août 2025, l’accord de paix paraphé, la levée par l’Azerbaïdjan des restrictions de transit et l’approvisionnement en carburant de l’Arménie.
Ursula von der Leyen a déclaré que l’Azerbaïdjan avait apporté un soutien important à l’Europe lorsque la Russie utilisait l’énergie comme outil de pression politique. Elle a déclaré que l’UE n’avait pas oublié ce soutien et a décrit le corridor gazier sud-européen comme l’une des principales réussites du bloc en matière de sécurité énergétique. Von der Leyen a remercié l’Azerbaïdjan pour son rôle.
Elle a également félicité le président Ilham Aliyev, affirmant qu’il avait fait preuve d’un « leadership personnel » pour faire progresser la paix et la coopération dans la région. Elle a souligné la nécessité de transformer les accords de paix « du document en réalité » en renforçant la connectivité régionale.
Aliyev, pour sa part, a déclaré que les relations avec l’UE étaient entrées « dans une phase de dynamisme et d’activité sans précédent ». Il a souligné la coopération dans les domaines du commerce, de l’énergie, de la connectivité et des énergies renouvelables. Il a également souligné les récents progrès du processus de paix, affirmant que « la paix est déjà devenue de facto une réalité tangible ».
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Initiatives annoncées et perspectives de coopération
Von der Leyen a proposé d’établir un partenariat de connectivité UE-Azerbaïdjan, de lancer un dialogue de haut niveau sur la connectivité et d’organiser une conférence régionale sur l’investissement dans la connectivité à Bakou.
Dans le cadre de l’initiative Global Gateway de l’UE pour le Caucase du Sud, elle a annoncé un programme de subventions de 200 millions d’euros qui pourrait aider à mobiliser jusqu’à 2 milliards d’euros d’investissements. Les projets comprennent une liaison ferroviaire vers le Nakhitchevan et l’agrandissement du port de Bakou. Elle a également dévoilé un nouveau programme de 20 millions d’euros pour soutenir la consolidation de la paix. Il financera les soins de santé dans les zones frontalières, le déminage, l’agriculture, la gestion de l’eau, l’agriculture de précision et le soutien aux petites et moyennes entreprises.
Ces initiatives pourraient accroître les investissements de l’UE dans la région, promouvoir la stabilité et renforcer le rôle de l’Azerbaïdjan en tant que plaque tournante régionale des transports et de l’énergie. Leur succès dépendra toutefois de la volonté politique et de l’ampleur de la coopération future.
La visite ouvre de nouvelles opportunités économiques tout en testant la capacité de l’UE à équilibrer ses intérêts stratégiques avec son engagement envers les valeurs démocratiques et les droits de l’homme.
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Comment l’UE perçoit-elle le Caucase du Sud ? Commentaire d’un journal d’État
Shabnam Zeynalova, analyste politique au journal public Khalg Gazeti, estime que la visite d’Ursula von der Leyen à Bakou reflète un changement stratégique dans l’approche de l’Union européenne à l’égard du Caucase du Sud. Selon elle, Bruxelles ne voit plus la région principalement sous l’angle de la résolution des conflits et de la politique normative. Au lieu de cela, elle considère de plus en plus le Caucase du Sud comme une plate-forme stratégique reliant l’Eurasie par l’énergie, les transports et le commerce.
Zeynalova situe ce changement dans un contexte historique. Elle écrit que lorsque l’Empire russe a établi son contrôle sur le Caucase du Sud au XIXe siècle, la région est devenue l’une des principales arènes de rivalité géopolitique internationale. À cette époque, le « Grand Jeu » entre la Grande-Bretagne et la Russie était centré sur l’accès à l’Inde. Aujourd’hui, affirme-t-elle, les États rivalisent par le biais de projets économiques plutôt que de puissance militaire, en utilisant les chemins de fer, les pipelines énergétiques et les corridors de transport pour étendre leur influence.
Selon l’analyste, l’UE considère désormais le Caucase du Sud moins comme une zone de conflit potentielle que comme un centre stratégique dans le paysage économique changeant de l’Eurasie. Elle affirme que l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie a rendu le Corridor Nord plus risqué. En conséquence, la route passant par la mer Caspienne, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie est devenue l’une des alternatives les plus viables d’Europe. Zeynalova affirme que l’Azerbaïdjan est entré dans cette période avec une grande partie des infrastructures nécessaires déjà en place, notamment l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, le corridor gazier sud, la voie ferrée Bakou-Tbilissi-Kars et la route de transport internationale transcaspienne.
Elle identifie également le soutien à la normalisation des relations entre Bakou et Erevan comme un autre objectif clé de la visite. Selon elle, l’UE estime que la stabilité régionale est essentielle au fonctionnement efficace du Corridor du Milieu et à l’attraction des investissements. Elle soutient que cette approche reflète l’expérience historique de l’intégration européenne, qui lie l’interdépendance économique à un risque moindre de conflit.
Zeynalova conclut que la visite de von der Leyen à Bakou n’est pas une coïncidence. Selon elle, cela reflète un schéma historique récurrent : chaque fois que les voies de transport en Eurasie sont remodelées, le Caucase du Sud revient au centre de la politique des grandes puissances. La géographie, écrit-elle, continue de façonner les intérêts stratégiques, même si les outils utilisés pour les poursuivre évoluent.
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L’appel des prisonniers politiques met en évidence les tensions entre valeurs et intérêts
Quelques jours avant la visite, des journalistes et militants emprisonnés ont envoyé une lettre ouverte à Ursula von der Leyen. Parmi les signataires figuraient sept journalistes condamnés dans l’affaire Abzas Media : Ulvi Hasanli, Sevinc Vagifgizi, Hafiz Babali, Nargiz Absalamova, Elnara Gasimova, Mahammad Kekalov et Farid Mehralizada. Les autorités les ont arrêtés en novembre 2023 et les ont ensuite condamnés à de longues peines de prison pour contrebande.
Dans la lettre, ils ont exhorté von der Leyen à exprimer ses préoccupations en matière de droits de l’homme non seulement à huis clos mais aussi publiquement. Ils l’ont appelée à exiger la libération des prisonniers politiques, à faire pression sur l’Azerbaïdjan pour qu’il respecte ses obligations internationales en matière de droits humains et « à ne pas sacrifier les valeurs au profit des intérêts économiques ».
Les signataires ont déclaré que les autorités « faisaient systématiquement taire les voix critiques » et ont critiqué ce qu’ils ont décrit comme le silence de l’Europe face à la vague d’arrestations. D’autres militants emprisonnés et exilés politiques ont lancé des appels similaires.
La lettre souligne la tension entre la politique étrangère de l’UE, fondée sur les valeurs, et sa coopération pratique avec l’Azerbaïdjan. Il renforce également les appels visant à garantir que l’agenda énergétique et économique de la visite n’éclipse pas les préoccupations en matière de droits de l’homme.
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