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Chalva Abdoucheli (1889-1966), ancien président de l'Association géorgienne en France


SHALVA ABDUSHELI
jeudi 12 janvier 2012

Chalva Abdoucheli est né à Kitsia, en Géorgie, le 10 juin 1889.

Après le "petit séminaire", il poursuit ses études dans le domaine du droit.

Proche des milieux sociaux démocrates, il est arrêté par la police du tsar et exilé en Sibérie.

 

Une courte carrière politique


En 1918, à l'âge de 29 ans, le gouvernement de la Ière République de Géorgie lui confie la responsabilité des relations avec les syndicats.

Il rencontre sa future femme, Louba (1895-1985), et se marie.

En 1921, après l'entrée de l'Armée rouge en Géorgie, il est emprisonné par la "Tcheka" (1), la police politique du nouveau régime.

 

L'exil


Libéré, il s'exile clandestinement à Constantinople puis à Berlin, où il retrouve un grand-oncle de sa femme, Gricha Alchibaïa : cette dernière les rejoint en 1922 (2).

En 1923, devant les difficultés de trouver emploi, le couple décide d'émigrer en France, à Saint-Cloud : leur fils Thémouraz (3) naît en mai 1924.

 

Une attitude exemplaire durant la IIéme guerre mondiale


Chalva Abdouchéli héberge durant la IIème guerre mondiale des émissaires de la France libre de Londres -parachutés sur le territoire français- et sauve des Juifs, géorgiens ou non. Sa fidélité à la France est indéfectible.

 

La présidence de l'Association géorgienne en France


Après le décès prématuré de Chalva Skamkotchaïchvili (4) en 1949, il est élu à la présidence de l'Association géorgienne en France.

Il est lui aussi un représentant de la génération des émigrés politiques géorgiens "irréprochables" de par l'absence de relation avec les tenants du régime soviétique et avec ceux du régime nazi.

Vingt-cinq ans après la perte de l'indépendance de leur pays, les Géorgiens émigrés en France s'installent un peu plus. Les restrictions de la guerre et de l'après-guerre s'oublient. Les manifestations de l'Association géorgienne en France permettent de resserrer les liens entre ses différentes tendances et de se sentir de "quelque part" : un certain nombre d'enfants nés en France ne peuvent être de nationalité géorgienne -nationalité n'existant plus-, ne veulent être de nationalité soviétique. Ils ne sont pas encore de nationalité française : ils sont "apatrides".

Chalva Abdouchéli organise ces manifestations au prestigieux "Cercle militaire" (5) à Paris, grâce à l'appui des militaires géorgiens devenus officiers dans l'armée française :

"La partie politique accueille généralement un ami de la Géorgie, comme l'avocat Marius Moutet proche de la SFIO, rappelant le soutien des milieux socialistes français à l'indépendance de la Géorgie, et un représentant des autorités géorgiennes en exil remerciant la France de leur avoir accordé asile.

La partie gastronomique est agrémenté de plats typiques, "khatchapouri" (galette au fromage) ou "satsivi" (poulet aux noix) préparés familialement. Et pour se débarrasser des enfants, les "tchourtchkhéla" (chapelets de noisettes recouverts de pâte de fruit) sont sortis.

La partie festive consiste en danses et chants traditionnels géorgiens exécutés par les jeunes, nés en Géorgie et en France, sous la conduite de maîtres de chant et de ballets parfois émigrés lors de la IIéme guerre mondiale. Elle continue par une musique d'orchestre et des danses européennes.

La soirée se termine avec le dernier métro, dans l'attente du prochain carton d'invitation qui mentionnera comme à l'accoutumée "jazzi da buffeti" (6).

Il quitte la présidence de l'AGF en 1955.

 

L'homme


Patriote géorgien, social démocrate, soutien indéfectible à la France, il conserve son statut d'apatride jusqu'en 1966, année de sa mort.

Durant ses 45 années d'exil, il n'a aucun contact avec les membres de sa famille en Géorgie : les autorités soviétiques veillent, les risques sont trop grands pour les personnes restées en territoire géorgien.

Chalva Abdoucheli repose au "carré géorgien" du cimetière communal de Leuville-sur-Orge, avec sa femme Louba.

Sa photographie figure au grand Salon de la résidence d'exil des notables de la Ière République de Géorgie, dite "le Château de Leuville".

M.M.

*

Source : famille Abdouchéli, "Des Géorgiens pour la France" de Françoise et Révaz Nicoladzé, archives familiales

 

Notes


(1) Russie soviétique et URSS : les différentes polices politiques, Tchéka, Guépéou, NKVD, KGB.

(2) Sa femme, Louba Alchibaïa, épouse Abdoucheli (fille de prêtre orthodoxe progressiste, ayant fait donner de l'instruction à ses filles), quitte la Géorgie pour Constantinople par le "dernier bateau" grâce à la complicité d'un cousin bolchévique : elle rejoint son mari à Berlin. Dentiste, formée à l'université de Moscou, elle exerce cette profession après son exil en France et jusqu'en juin 1940, date à laquelle le gouvernement de Vichy interdit aux étrangers la pratique des professions libérales. Elle entreprend des études d'esthétique médicale, acquiert la nationalité française et exerce ce deuxième métier après la IIème Guerre mondiale.

Selon sa petite-fille Elisabeth : "Je me souviendrai toujours des commentaires de ma grand mère revenant de son premier retour en Géorgie, vers 1970, après le décès de mon grand père interdit de séjour par le régime soviétique. Elle s'était évanouie sur les terres de sa famille transformées en champ de thé. Mais bravement, fidéle à son idéal socialiste, elle était rentrée très élogieuse pour tous ces jeunes qui avaient des valeurs bien plus intéressantes que nous, les jeunes Français, qui ne pensions qu'à des bêtises de consommation ...".

(3) Thémouraz Abdouchéli (1924-2006), d'origine géorgienne.

(4) Chalva Skamkotchaïchvili (1904-1949), ancien président de l'Association géorgienne en France.

(5) Le "Cercle militaire", place Saint Augustin à Paris, dans le VIIIéme arrondissement, est devenu depuis le Centre national des armées.

(6) Souvenir d'enfance.

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