La ligne ferroviaire BTK reprend ses activités
Le 26 mai, le train de voyageurs Tbilissi-Bakou devrait reprendre ses activités. Le retour du service quotidien après une suspension de six ans marque le retour effectif de la ligne ferroviaire Bakou-Tbilissi-Kars à son plein fonctionnement.
Le calendrier a déjà été clarifié. Selon un accord préliminaire entre les chemins de fer azerbaïdjanais et les chemins de fer géorgiens, les trains partiront de Bakou tous les jours à 23h10 et arriveront à Tbilissi à 8h41 le lendemain matin. Les services de Tbilissi partiront à 21h00 et atteindront Bakou à 06h24 le lendemain.
L’Azerbaïdjan prend cette mesure malgré le maintien de restrictions aux frontières terrestres. Bien que la réouverture du service ferroviaire Bakou-Tbilissi semble désormais probable, le pays continue de maintenir fermées ses frontières terrestres avec les États voisins, dont la Russie et l’Iran.
L’Azerbaïdjan a fermé ses frontières terrestres en mars 2020, invoquant la nécessité de prévenir la propagation du Covid-19. Les autorités ont prolongé cette mesure à plusieurs reprises et les frontières terrestres du pays restent fermées depuis plus de six ans.
Le ministère géorgien de l’Économie a annoncé que le premier train partirait le 26 mai. Parallèlement, le gouvernement azerbaïdjanais a prolongé le régime spécial de quarantaine du pays jusqu’au 1er juillet 2026.
En pratique, trois histoires parallèles se croisent ici.
- La première est la dimension humaine : le train rétablit les opportunités de voyages en famille, d’activité des petites entreprises, de tourisme et de déplacements au-delà du transport aérien.
- La seconde est économique. Le chemin de fer Bakou-Tbilissi-Kars n’est plus seulement une route géopolitique symbolique. Il devient un corridor commercial pleinement opérationnel opérant aux côtés du port d’Alat, des zones logistiques et du Middle Corridor.
- Le troisième concerne l’équilibre régional. Bakou, Tbilissi et Ankara mettent en place un triangle de transport qu’ils ont mis des années à construire – couvrant désormais à la fois le transport de marchandises et de passagers.
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Une seconde vie pour le chemin de fer BTK
Les bases politiques du projet Bakou-Tbilissi-Kars (BTK) ont été posées en 2007 et la voie ferrée a été officiellement inaugurée le 30 octobre 2017. Au stade initial, l’itinéraire était conçu pour transporter 1 million de passagers et 6,5 millions de tonnes de marchandises par an. Les plans à long terme visaient à augmenter la capacité à 3 millions de passagers et 17 millions de tonnes de fret. Le ministère turc des Affaires étrangères a également confirmé ses objectifs de 17 millions de tonnes de fret et de 3 millions de passagers d’ici 2034.
Cependant, un long fossé s’est creusé entre les ambitions politiques et l’exploitation réelle du chemin de fer. Les services passagers ont été interrompus en 2020 en raison des restrictions liées à la pandémie. Le transport de marchandises a également été confronté à d’importantes perturbations et a parfois été complètement arrêté, notamment entre mai 2023 et mai 2024, lors de travaux de modernisation à grande échelle sur le tronçon géorgien. Le premier train de marchandises sur l’itinéraire modernisé n’a quitté le centre logistique d’Absheron pour Kars que le 20 mai 2024.
La section géorgienne reste le principal goulot d’étranglement. Selon les chiffres officiels, les chemins de fer azerbaïdjanais ont achevé la modernisation d’un tronçon de 184 kilomètres traversant la Géorgie en 2024. Cette modernisation a augmenté la capacité de la ligne de 1 million à 5 millions de tonnes de fret par an.
La modernisation a concerné 13 gares, 55 ponts, huit sous-stations électriques ferroviaires et des centaines d’infrastructures. Les documents préparés par les chemins de fer géorgiens pour le Forum de la Route de la Soie de Tbilissi indiquent également que la composante BTK a créé 2 324 emplois.
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Situation actuelle et impact économique
La réouverture complète du chemin de fer BTK s’inscrit dans un cadre plus large : les décideurs politiques considèrent de plus en plus le Corridor du Milieu comme une route reliant les marchés chinois et européens à travers l’Asie centrale et le Caucase du Sud. Selon les estimations de la Banque mondiale, le Corridor du Milieu pourrait tripler les volumes de fret et réduire de près de moitié les délais de livraison d’ici 2030.
Au cours des 11 premiers mois de 2024, les volumes de fret le long du Middle Corridor ont augmenté de 63 % et ont atteint 4,1 millions de tonnes. Ce chiffre revêt une importance particulière pour le chemin de fer BTK. La nouvelle capacité annuelle de la ligne de 5 millions de tonnes reflète efficacement la demande régionale déjà établie et en croissance rapide pour le transport de marchandises.
Pour l’Azerbaïdjan, les principaux avantages vont au-delà des frais de transit. Les principaux avantages économiques concernent les services portuaires, les formalités douanières, la logistique, les infrastructures d’entreposage, le transport de conteneurs et la fabrication orientée vers l’exportation. La capacité actuelle du port d’Alat s’élève à 15 millions de tonnes de marchandises par an. Les autorités prévoient d’augmenter ce chiffre à 25 millions de tonnes après l’expansion.
La zone franche économique d’Alat, située à proximité du port, vise également à attirer de nouvelles entreprises manufacturières et logistiques. Pour l’Azerbaïdjan, le chemin de fer BTK est donc plus qu’un projet ferroviaire. Il s’agit d’un élément important des infrastructures qui soutiennent le développement de l’économie non pétrolière. Dans leurs derniers rapports, la Banque mondiale et la BERD identifient également la connectivité des transports, la création d’emplois et la croissance dans le secteur non pétrolier comme des priorités clés.
Le retour des services aux passagers revêt également une importance économique. Les autorités géorgiennes estiment que l’itinéraire stimulera le tourisme et générera des revenus supplémentaires pour les hôtels, les restaurants et les petites entreprises situées le long de la voie ferrée. Le train est particulièrement important pour les passagers qui recherchent une alternative aux voyages aériens coûteux. En ce sens, le chemin de fer BTK pourrait devenir non seulement une alternative de transport mais aussi un moteur de l’activité économique dans le secteur des services.
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Perspectives et risques
Selon une présentation des chemins de fer géorgiens, la modernisation pourrait réduire les temps de transport de 5 à 6 heures en supprimant plusieurs contraintes techniques. L’échange numérique de données douanières entre l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan pourrait permettre de gagner encore 4 à 5 heures. La mise à niveau du parc de locomotives et les nouvelles règles d’exploitation pourraient réduire les temps de trajet de 1 à 3 heures supplémentaires. Combiné, l’effet total pourrait atteindre 12 heures. Si ces changements s’avèrent efficaces, le chemin de fer BTK pourrait devenir une voie de transit plus compétitive avec une livraison de fret plus rapide et plus prévisible.
Toutefois, des risques demeurent. Les retards dans les procédures portuaires et frontalières, la pénurie de navires sur la mer Caspienne, la concurrence tarifaire des routes alternatives et l’instabilité géopolitique pourraient affaiblir la compétitivité du corridor.
De plus, l’objectif affiché de 17 millions de tonnes d’ici 2034 dépasse largement la capacité actuelle de 5 millions de tonnes. Atteindre ce chiffre nécessitera probablement des voies ferrées supplémentaires, une deuxième ligne et une infrastructure de terminal élargie.
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