Un ressortissant français condamné en Azerbaïdjan
La cour d’appel de Bakou a réduit la peine de prison d’Anas Derras, vice-président pour le Moyen-Orient de la société française SAUR, de 12 à neuf ans.
Le tribunal a pris cette décision après avoir examiné un appel contre un verdict rendu il y a plusieurs mois par le tribunal des crimes graves de Bakou. Une fois que Derras aura purgé sa peine, les autorités l’expulseront d’Azerbaïdjan.
Cette évolution intervient dans le contexte d’un mandat d’arrêt international émis contre l’ancien chef de la sécurité du président français Alexandre Benalla et de tensions persistantes dans les relations azerbaïdjano-françaises.
Le 21 mai, le président français Emmanuel Macron a eu un entretien téléphonique avec le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev. Le compte du président azerbaïdjanais sur X a rapporté l’appel.
« Le président Emmanuel Macron m’a appelé aujourd’hui. Au cours de notre conversation téléphonique, nous avons examiné les questions à l’ordre du jour des relations bilatérales entre l’Azerbaïdjan et la France et échangé des points de vue sur des questions d’intérêt mutuel. Nous avons également discuté des développements régionaux et mondiaux. » dit le message.
L’appel de Macron à Aliyev a coïncidé avec la décision de réduire la peine de Derras. Cependant, les responsables n’ont pas divulgué le contenu de la conversation. Les rapports indiquent que la discussion a porté principalement sur la paix dans le Caucase du Sud, la stabilité régionale et la coopération bilatérale.
Était-ce simplement une coïncidence, ou était-ce le signe d’une entente diplomatique plus profonde en coulisses ?
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L’affaire : un accord de 2018 et 6,14 millions de dollars
Selon les services de sécurité de l’État azerbaïdjanais, Anas Derras et Alexandre Benalla ont exigé un pot-de-vin important du milliardaire russo-azerbaïdjanais Farhad Akhmedov en 2018. En échange, ils auraient promis d’aider à lever les restrictions internationales ou une saisie ordonnée par le tribunal affectant ses actifs, en particulier le yacht de luxe. Lune.
Les enquêteurs indiquent que les parties se sont mises d’accord sur un paiement de 6,14 millions de dollars (10,438 millions de manats), structuré comme suit :
- 600 000 $ d’avance le 15 novembre 2018 ;
- 5,54 millions de dollars dans les 15 jours suivant la libération du yacht.
L’accord a pris la forme d’un accord de consultation.
Selon les éléments du dossier, Akhmedov a transféré 200 000 dollars sur le compte d’Anas Derras à la banque Al Hilal de Dubaï et 400 000 dollars sur le compte d’Alexandre Benalla à la Bank of Africa United Kingdom PLC SC PAR. Il devait payer le montant restant après avoir atteint le résultat promis.
Les procureurs accusent Derras d’avoir aidé Benalla à obtenir le pot-de-vin présumé.
Le Luneun yacht de luxe mesurant environ 114 mètres et évalué à environ 300 millions de dollars (510 millions de manats), appartenait à l’origine au milliardaire russe Roman Abramovich.
Entre 2017 et 2019, un tribunal de Londres a ordonné la saisie du yacht à Dubaï dans le cadre d’une procédure de divorce entre Akhmedov et son ex-épouse, Tatiana Akhmedova.
Akhmedov a finalement gagné ce litige en 2019.
Cependant, en 2022, à la suite de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie et de l’introduction de sanctions occidentales, les autorités ont de nouveau saisi le yacht, cette fois à Hambourg, en Allemagne. Selon plusieurs rapports, certaines de ces restrictions ont ensuite été levées, permettant au navire de reprendre du service.
Le stratagème de corruption présumé de 2018 concernait les efforts visant à supprimer la saisie imposée lors de la procédure de divorce, car les sanctions internationales n’avaient pas encore été introduites à l’époque.
Les autorités azerbaïdjanaises interprètent cependant cette affaire comme une tentative de se protéger des sanctions et d’obtenir la libération du yacht.

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Le procès et le dernier jugement
- Juillet 2024 : Anas Derras est arrêté à Bakou. Selon certaines informations, les autorités l’auraient arrêté un jour après une réunion avec des représentants de l’Azerbaïdjan. Depuis, il fait l’objet d’une interdiction de voyager.
- Mai-juin 2025 : les enquêteurs ont terminé l’enquête et le procès a commencé. Derras a assisté aux audiences avec des interprètes anglais et français et a nié toutes les accusations portées contre lui.
- 13 novembre 2025 : Le tribunal des crimes graves de Bakou a condamné Derras à 12 ans de prison. Les procureurs avaient requis une peine de 13 ans de prison.
- Juin 2026 : La cour d’appel de Bakou a partiellement confirmé l’appel de Derras et réduit sa peine à neuf ans. Il reste en détention.
Farhad Akhmedov a témoigné au cours de la procédure. Il a confirmé qu’il avait transféré de l’argent. Cependant, selon plusieurs informations, il aurait déclaré n’avoir communiqué qu’avec Derras et n’avoir jamais rencontré personnellement Alexandre Benalla. Akhmedov a également affirmé qu’il avait été trompé.
Bien qu’il soit l’auteur du transfert des fonds, les autorités ne l’ont pas poursuivi en justice. Il comparaît dans l’affaire uniquement en tant que témoin. Alexandre Benalla fait l’objet d’un avis de recherche internationale.
En avril 2025, le Secrétariat général d’Interpol a publié une notice rouge concernant Benalla à la demande de l’Azerbaïdjan. Cependant, certaines sources ont affirmé par la suite que l’avis avait été annulé ou n’était jamais officiellement entré en vigueur.
Selon les informations disponibles, Benalla se trouve actuellement dans un pays tiers et est impliqué dans une procédure liée à une éventuelle demande d’extradition.

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Les chiffres clés et le contexte plus large
Anas Derras est un haut cadre français d’origine marocaine et est directeur régional et vice-président pour le Moyen-Orient chez SAUR, troisième société française de services d’eau et d’environnement. SAUR opère dans la gestion de l’eau, le traitement des déchets et la protection de l’environnement, avec un chiffre d’affaires annuel de plusieurs milliards de dollars. Derras vivait à Dubaï et se serait rendu à Bakou pour des réunions d’affaires, notamment des entretiens avec des représentants de l’Azerbaïdjan.
Alexandre Benalla était l’un des plus proches collaborateurs d’Emmanuel Macron pendant le premier mandat du président français et était largement considéré comme une figure influente en coulisses. En 2018, il a été au centre d’un scandale majeur après des accusations selon lesquelles il aurait eu recours à la violence lors des manifestations du 1er mai alors qu’il portait des équipements de police. La controverse a conduit à son licenciement et les tribunaux français l’ont ensuite condamné. Au cours des années suivantes, son nom est apparu dans plusieurs enquêtes impliquant des allégations d’inconduite financière et de trafic d’influence. Le cas azerbaïdjanais pourrait encore nuire à sa réputation internationale.
Farhad Akhmedov est un milliardaire russe d’origine azerbaïdjanaise et ancien membre du Conseil de la Fédération de Russie, où il a représenté le kraï de Krasnodar entre 2004 et 2009. Il a bâti sa fortune en investissant dans le secteur de l’énergie et d’autres industries. En 2022, les gouvernements occidentaux ont imposé des sanctions à Akhmedov, même si certaines de ces mesures ont ensuite été levées. Le yacht Lune reste l’un de ses atouts les plus marquants et symboliques.

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Droit ou politique ?
Du point de vue des autorités azerbaïdjanaises, il s’agit d’une simple infraction de corruption. Les responsables affirment que les ressortissants étrangers qui violent la loi azerbaïdjanaise doivent en assumer la responsabilité au même titre que les citoyens azerbaïdjanais. Selon les enquêteurs, les services de sécurité de l’État ont fondé leur dossier sur des preuves comprenant des virements bancaires, des contrats et des témoignages. À Bakou, les responsables présentent également cette affaire comme une démonstration de la souveraineté de l’État et de l’État de droit.
Les médias français et certains médias indépendants envisagent cependant l’affaire sous l’angle de la confrontation politique. Les relations entre l’Azerbaïdjan et la France se sont considérablement détériorées ces dernières années en raison du soutien de Paris à l’Arménie, des déclarations du président Emmanuel Macron et des désaccords sur la Nouvelle-Calédonie. Dans cette interprétation, la détention de Derras apparaît comme un instrument potentiel de pression, visant soit à obtenir l’extradition de Benalla vers l’Azerbaïdjan, soit à influencer politiquement les dirigeants français.
Conclusions
Cette affaire risque d’avoir un impact à long terme sur les relations azerbaïdjano-françaises. La France pourrait continuer de chercher une solution aux problèmes entourant Alexandre Benalla par la voie diplomatique ou juridique. Dans le même temps, les deux parties pourraient intensifier les négociations informelles. Pour les grandes entreprises françaises, dont SAUR, opérant sur le marché azerbaïdjanais, cela pourrait devenir plus sensible du point de vue du risque politique.
Pour Benalla, cette affaire pourrait représenter un nouveau coup dur pour sa réputation. Sa carrière politique en France a effectivement pris fin, et les nouvelles allégations ne font qu’ajouter à l’attention négative portée à son nom. Derras risque d’être expulsé d’Azerbaïdjan après avoir purgé sa peine, même si les forces de l’ordre françaises pourraient également s’intéresser à ses activités.
Dans un sens plus large, cette affaire illustre comment les mécanismes juridiques, notamment les procédures judiciaires et les avis de recherche internationale via Interpol, peuvent devenir partie intégrante des différends diplomatiques entre États. Cela soulève également des questions sur le rôle des intermédiaires dans les transactions commerciales majeures et sur la manière dont des secteurs stratégiquement importants peuvent se retrouver mêlés à des conflits politiques.
Le timing de l’entretien téléphonique entre Emmanuel Macron et Ilham Aliyev et la décision de la cour d’appel ont inévitablement attiré l’attention. Cependant, il n’existe actuellement aucune preuve publique permettant d’établir un lien direct entre les deux événements. Néanmoins, cette coïncidence met en évidence la sensibilité persistante des relations entre Paris et Bakou.
L’histoire est loin d’être terminée. L’éventuelle extradition de Benalla, la future situation juridique de Derras en France et les perspectives de contacts diplomatiques entre les deux pays restent des questions ouvertes.
Une chose est sûre : l’affaire autour du yacht Lune est susceptible de rester un facteur important dans les relations entre la France et l’Azerbaïdjan pendant encore un certain temps.
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