La septième réunion consultative des chefs d’État d’Asie centrale, tenue à Tachkent, la capitale ouzbèke, a apporté des nouvelles importantes pour l’Azerbaïdjan.
Les participants ont convenu d’admettre l’Azerbaïdjan au cadre consultatif en tant que membre à part entière.
Le président ouzbek Shavkat Mirziyoyev a qualifié cette décision de moment historique.
« Introduire l’Azerbaïdjan dans ce format contribuera à construire un pont solide entre l’Asie centrale et le Caucase du Sud et à créer les conditions d’un espace partagé », » dit Mirzioïev.
Le sommet, au cours duquel Ilham Aliyev a prononcé un discours, a été présenté par les structures officielles de Bakou comme un succès important pour la politique étrangère du pays.
De nombreux observateurs affirment que l’entrée de l’Azerbaïdjan dans le format consultatif en Asie centrale ouvre la voie à une refonte de son rôle dans la région au sens large.
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Les motivations derrière les efforts de l’Azerbaïdjan en faveur de l’intégration avec l’Asie centrale

La décision de l’Azerbaïdjan de rejoindre les réunions consultatives des chefs d’État d’Asie centrale est motivée par un mélange de motivations politiques et économiques.
1.
Après avoir résolu le conflit du Karabakh, qui a duré près de trois décennies, et restauré son intégrité territoriale, le pays a commencé à redéfinir ses priorités en matière de politique étrangère.
Le gouvernement continue de promouvoir ce qu’il appelle une politique de longue date de « relations étrangères équilibrées », évitant un alignement total ni avec l’Occident ni avec la Russie.
Dans le contexte de la guerre russe en Ukraine et de l’intensification de la concurrence entre les grandes puissances, l’Asie centrale est désormais considérée à Bakou comme une direction relativement neutre, stable et prometteuse.
Pour l’Azerbaïdjan, la région offre une plate-forme pratique pour poursuivre ses intérêts nationaux sans être obligé de choisir entre Moscou et les capitales occidentales.
2.
Les considérations économiques, énergétiques et de transport ont également été décisives.
Ces dernières années, la route de transit transcaspienne – connue sous le nom de Corridor du Milieu – est passée au premier plan, présentée comme une alternative aux routes traditionnelles du nord qui traversent la Russie.
Grâce à ce corridor, l’Azerbaïdjan et les États d’Asie centrale deviennent des liens clés dans le transport de marchandises entre l’Est et l’Ouest.
Le président Ilham Aliyev a déclaré à plusieurs reprises que les volumes de fret le long du Corridor du Milieu traversant l’Azerbaïdjan ont augmenté de 90 % au cours des trois dernières années – un chiffre considéré comme une preuve du potentiel logistique en expansion rapide de la région.
La participation à des projets de transport international avec les pays d’Asie centrale permet à l’Azerbaïdjan d’augmenter le flux commercial traversant son territoire.
Bakou reconnaît que plus l’accès des États d’Asie centrale à la Chine, à l’Asie du Sud et au Moyen-Orient à travers la Caspienne sera efficace et sécurisé, plus les revenus de transit et l’importance stratégique de l’Azerbaïdjan augmenteront.
Attentes énergétiques
L’Asie centrale possède d’importantes réserves de pétrole et de gaz, et l’Azerbaïdjan – avec ses infrastructures énergétiques existantes, notamment le pipeline TANAP et la route Bakou-Tbilissi-Ceyhan – est bien placé pour jouer un rôle dans l’acheminement de ces ressources vers les marchés occidentaux.
L’idée de relier les réseaux énergétiques des deux côtés de la Caspienne est discutée depuis de nombreuses années. La participation au format actuel offre à l’Azerbaïdjan de nouvelles opportunités pour approfondir la coopération avec le Turkménistan et le Kazakhstan dans les exportations d’énergie.
L’intégration régionale élargit également le potentiel de l’Azerbaïdjan pour accroître ses propres exportations non pétrolières vers les États d’Asie centrale et attirer les investissements.
D’importants montants de financement des institutions financières internationales – y compris les programmes de l’UE dans le cadre de l’initiative Global Gateway – sont canalisés vers des projets communs de transport et d’infrastructures tels que la modernisation du Middle Corridor ou la construction de nouvelles lignes ferroviaires.
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Quelles opportunités cela ouvre-t-il ?
Avant tout, cette adhésion renforce l’autorité de l’Azerbaïdjan tant au niveau régional qu’international.
En tant que membre à part entière, Bakou peut désormais participer directement aux processus décisionnels des États d’Asie centrale et exercer une influence directe sur les développements dans la région.
Grâce à sa situation géographique, l’Azerbaïdjan constitue un pont naturel entre l’Europe et l’Asie. Ce rôle bénéficie désormais d’une reconnaissance régionale officielle et pourrait évoluer vers des projets plus coordonnés avec l’Asie centrale.
Lors du sommet de Tachkent, les dirigeants régionaux ont déjà discuté d’une feuille de route pour l’intégration économique et de projets communs de transport en Asie centrale jusqu’en 2035.
Si ces réunions conduisent à l’adoption de normes communes de transit et de logistique, ainsi que de solutions douanières et numériques unifiées, le mouvement des marchandises le long du Corridor du Milieu pourrait s’accélérer, ce qui pourrait potentiellement augmenter les revenus nationaux.
Le soutien politique pourrait également se renforcer en faveur de projets longuement discutés, tels que le gazoduc transcaspien.
En outre, les liens culturels et humanitaires devraient s’épanouir, avec d’éventuels programmes conjoints dans les domaines de l’éducation, du tourisme et de la coopération technologique.
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Risques potentiels
L’Asie centrale reste une région où les intérêts des grandes puissances – dont la Russie, la Chine, les États-Unis et la Turquie – se croisent. En approfondissant sa coopération avec cette région, l’Azerbaïdjan doit inévitablement tenir compte des positions et des exigences de ces pays.
En particulier, un engagement plus étroit au sein du format consultatif en Asie centrale pourrait être perçu par Moscou comme un alignement politique des États turcophones.
Le président ouzbek Shavkat Mirziyoyev, dans un article publié avant la réunion de Tachkent, a souligné :
« Nous ne voulons pas que quiconque nous impose son modèle de gouvernance ou ses propres règles du jeu. La coopération doit être construite uniquement sur un pied d’égalité et sans ingérence dans les affaires intérieures de chacun. »
Cela indique que les États d’Asie centrale n’ont pas pour objectif de créer une structure fédérative ou contrôlée de l’extérieur et qu’ils entendent maintenir une certaine flexibilité dans le format.
Si nécessaire, les puissances voisines telles que la Russie et la Chine peuvent être invitées à participer en tant qu’invitées. En 2022, le président kazakh Kassym-Jomart Tokayev avait suggéré d’inviter la Russie et la Chine à ce titre.
D’une part, cela souligne que le format n’est dirigé contre aucun pays en particulier. D’un autre côté, cela nécessite que l’Azerbaïdjan soit prêt à dialoguer avec les principaux acteurs mondiaux.
Actuellement, les réunions consultatives des chefs d’État d’Asie centrale ne constituent pas une organisation d’intégration à part entière. Les décisions prises au sein de cette plateforme restent largement consultatives.
Les analystes politiques préviennent que le nouveau statut de l’Azerbaïdjan pourrait rester largement symbolique. Même si elle en est pleinement membre, son influence sur la prise de décision peut encore être limitée.
Lors de la réunion de Tachkent, Mirziyoyev a proposé de formaliser les réunions consultatives en une plateforme permanente appelée « Union d’Asie centrale ».
Si cette proposition est mise en œuvre, la voix de l’Azerbaïdjan au sein du nouvel organe aura du poids et les décisions seront soutenues par des engagements concrets.
Dans le cas contraire, les réunions risquent de devenir des événements annuels au cours desquels les dirigeants émettent des déclarations d’intention, sans répondre aux attentes.
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Risques liés aux ressources et à l’adaptation
Pour une coopération plus approfondie avec l’Asie centrale, l’Azerbaïdjan devra consacrer des ressources économiques, financières et humaines.
Par exemple, les États de la région discutent de projets visant à augmenter le chiffre d’affaires commercial et à créer une marque commune « Made in Central Asia ». Si l’Azerbaïdjan souhaite participer pleinement à de telles initiatives, il devra adapter son environnement commercial et son secteur industriel.
De plus, chaque pays d’Asie centrale a ses propres priorités internes.
Le Kazakhstan et le Kirghizistan sont membres de l’Union économique eurasienne avec la Russie, tandis que le Tadjikistan et le Kirghizistan appartiennent à l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC) dirigée par Moscou. Le Turkménistan, quant à lui, maintient traditionnellement une politique de neutralité permanente. Cela signifie que même au sein d’une plateforme commune, des orientations différentes en matière de politique étrangère persistent.
L’Azerbaïdjan devra défendre ses intérêts en évitant d’aborder les questions sensibles de ses partenaires.
Les défis régionaux internes présentent également des risques. Les différends concernant les ressources en eau, les conflits frontaliers ou la concurrence sur le marché pourraient obliger l’Azerbaïdjan à jouer un rôle de médiateur.
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