L’Azerbaïdjan dans le couloir du milieu
Ces dernières années, le Corridor du Milieu, également connu sous le nom de Route de transport international transcaspien (TITR), est devenu l’une des routes commerciales à la croissance la plus rapide à travers l’Eurasie.
Après 2022, alors que les pays cherchaient des alternatives au Corridor Nord qui traverse la Russie, les volumes de fret le long de cette route ont commencé à augmenter rapidement. Alors que les volumes annuels de fret se situaient entre 0,6 et 0,8 million de tonnes entre 2019 et 2021, ils ont dépassé 4,5 millions de tonnes en 2024.
Elevate Crossroads, une plateforme d’analyse et de conseil axée sur la région du Caucase du Sud et de la mer Noire, a publié des recommandations décrivant une feuille de route concrète pour tripler ces volumes.
Selon le rapport, les propositions ne représentent pas simplement une liste technique de mesures mais un élément important de la transformation géoéconomique plus large de la région.
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10 projets prioritaires : une stratégie pour lever les goulots d’étranglement
Selon l’analyse, tripler les volumes de fret nécessitera dix améliorations clés des infrastructures et de la logistique. Les projets couvrent principalement l’Asie centrale, le Caucase et le bassin de la mer Noire.
Segment Asie centrale : construction d’un contournement ferroviaire autour d’Almaty, d’une nouvelle liaison ferroviaire directe entre l’Ouzbékistan et le Kazakhstan, et modernisation des infrastructures de ferry et portuaires du port d’Aktau au Kazakhstan. Le rapport souligne qu’il est particulièrement important de relever les défis liés à la baisse du niveau de la mer Caspienne.
Segment Caucase et Turquie : renouvellement du parc de locomotives et de matériel roulant géorgien, expansion du port de Poti et du réseau ferroviaire, et modernisation des tronçons ferroviaires Akhalkalaki-frontière Turquie et Sivas-Kars-frontière Géorgie, que le rapport identifie comme certains des goulots d’étranglement les plus critiques du corridor.
Segment européen : une liaison ferroviaire de grande capacité à travers le Bosphore via le Troisième Pont, ainsi que des investissements majeurs dans les infrastructures portuaires et ferroviaires en Roumanie et en Bulgarie.
Infrastructure « douce » : simplification des procédures aux frontières sur l’ensemble du corridor, amélioration de la qualité de service et accélération de la digitalisation des processus logistiques.
La liste n’inclut pas les projets directement liés à l’Azerbaïdjan. Le rapport suggère que ce n’est pas une coïncidence. L’Azerbaïdjan a déjà fait preuve d’un certain niveau de préparation, tandis qu’Elevate Crossroads cible principalement les maillons les plus faibles du corridor. Cependant, le tronçon central de l’itinéraire – Kazakhstan – Mer Caspienne – Azerbaïdjan – Géorgie – traverse le territoire azerbaïdjanais, et l’efficacité de ce segment reste cruciale pour le succès de l’ensemble du corridor.
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L’Azerbaïdjan : de pays de transit à hub régional
Au cours des 15 dernières années, l’Azerbaïdjan a réalisé des investissements stratégiques dans le développement du Corridor du Milieu. L’une des étapes clés a été l’agrandissement du port maritime international de Bakou à Alat.
Après la mise en service de la première phase en 2018, un nouveau plan de développement approuvé par le président Ilham Aliyev en décembre 2024 a fixé pour objectif d’augmenter la capacité annuelle du port à 25 millions de tonnes de marchandises et 500 000 conteneurs EVP. L’expansion vise à soutenir non seulement les opérations de transit, mais également les activités logistiques et industrielles à valeur ajoutée, notamment grâce à l’intégration avec la zone économique franche d’Alat.
La ligne ferroviaire Bakou-Tbilissi-Kars est en service depuis 2017. Suite à la reconstruction de sa section géorgienne en 2024, la capacité annuelle de fret est passée à 5 millions de tonnes. Les autorités prévoient d’augmenter encore ce chiffre à l’avenir.
En 2023, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan et la Géorgie ont créé la coentreprise Middle Corridor Multimodal Ltd. La Chine a rejoint l’initiative en 2025.
Les statistiques pour 2025 mettent également en évidence le rôle croissant de l’Azerbaïdjan. Au cours des 11 premiers mois de l’année, les chemins de fer azerbaïdjanais ont traité plus de 350 trains complets en provenance de Chine, soit une augmentation de 34 % par rapport à la même période de l’année précédente. Le débit de conteneurs au port d’Alat a augmenté de 40,8 %.
Ces chiffres suggèrent que l’Azerbaïdjan renforce sa position de porte d’entrée clé dans le réseau commercial eurasien.
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Évaluations d’experts : optimisme et avertissements prudents
Nino Lezhava, directeur exécutif d’Elevate Crossroads, décrit le développement du corridor comme un processus progressif visant à éliminer les goulots d’étranglement.
Elle note que le Corridor du Milieu est déjà devenu un élément important de l’initiative chinoise la Ceinture et la Route. Selon Lezhava, la modernisation actuelle des infrastructures vise à résoudre les problèmes de la région caspienne, de l’Asie centrale et du Caucase du Sud.
Lezhava souligne en particulier la croissance rapide du trafic de conteneurs. Au cours du premier semestre 2025, 9 849 EVP ont transité par la Géorgie, soit une augmentation de 173 % par rapport à la même période un an plus tôt. Selon elle, cette route représente l’alternative terrestre la plus rapide au corridor nord qui traverse la Russie.
L’analyste indépendant Fuad Shahbazov considère le rôle de l’Azerbaïdjan dans un contexte stratégique plus large. Selon lui, Bakou investit non seulement dans les infrastructures de transit, mais joue également un rôle actif dans la coordination régionale, renforçant ainsi l’influence du pays dans toute l’Eurasie.
Shahbazov affirme que la coopération de l’Azerbaïdjan avec le Kazakhstan et d’autres partenaires s’étend au-delà du Corridor du Milieu et comprend de nouvelles initiatives de transport.
Les organisations internationales et les centres de recherche se sont également penchés sur la question. Dans une analyse publiée en avril, le Carnegie Endowment for International Peace a soutenu que le Corridor du Milieu ne représente pas une « route permanente » mais une « fenêtre d’opportunité » pour les États d’Asie centrale. Le rapport identifie les déficits d’infrastructures, les défis de gouvernance, le changement climatique – y compris la baisse du niveau de la mer Caspienne – et les risques géopolitiques comme les principaux obstacles.
Dans le même temps, les prévisions de l’OCDE et de la BERD suggèrent que les volumes de fret pourraient atteindre 10 à 11 millions de tonnes d’ici 2030 si les principaux goulots d’étranglement sont supprimés.
Certains experts restent plus prudents. Ils affirment que le corridor reste coûteux et complexe à exploiter. La multiplicité des points de transbordement, les différences entre les régimes douaniers et l’incertitude quant aux volumes de fret continuent de créer des risques supplémentaires. La pénurie de navires sur la mer Caspienne et la lenteur des liaisons de transport entre les ports sont également considérées comme des défis majeurs.
Néanmoins, un large consensus s’est dégagé selon lequel, avec une volonté politique suffisante, des investissements soutenus et une coopération institutionnelle, le Corridor du Milieu pourrait devenir un catalyseur du développement régional.
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Pour l’Azerbaïdjan : une fenêtre d’opportunité et un optimisme prudent
Les dix projets prioritaires d’Elevate Crossroads visent à transformer le Middle Corridor d’une « route alternative » en une artère de transport eurasienne durable. Dans ce processus, l’Azerbaïdjan n’est plus un participant passif. Grâce à ses investissements dans les infrastructures, à sa coopération institutionnelle et à son engagement politique, elle est devenue un acteur actif.
Toutefois, les ports et les chemins de fer ne garantiront pas à eux seuls le succès. L’approfondissement de la coopération régionale, l’adaptation aux risques liés au climat et l’accélération de la transformation numérique sont tout aussi importants.
Selon les experts, si ces conditions sont remplies, la période 2027-2030 pourrait apporter non seulement des revenus de transit plus élevés à l’Azerbaïdjan, mais aussi un renforcement significatif de sa position stratégique dans la région. Dans le cas contraire, le corridor pourrait rester simplement une « fenêtre d’opportunité » et ne pas atteindre son plein potentiel.
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