Résolution de l’APCE sur l’Azerbaïdjan
Lors de sa session d’été à Strasbourg, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) a adopté une résolution dédiée sur l’état des libertés politiques et civiles en Azerbaïdjan.
Le document, officiellement intitulé Faire taire les voix critiques en Azerbaïdjana été rédigé par le député belge Christophe Lacroix. Il a été adopté par 68 voix pour, contre huit et six abstentions.
L’importance de la résolution va au-delà d’une nouvelle vague de critiques dirigées contre Bakou. Pour la première fois ces dernières années, l’APCE a rassemblé dans un cadre unique des préoccupations auparavant distinctes concernant la répression, les prisonniers politiques, la pression sur les médias et les organisations non gouvernementales, décrivant les développements en Azerbaïdjan comme un rétrécissement systématique de l’espace civique.
De plus, la résolution fait plus que simplement documenter ces préoccupations. Il souligne spécifiquement l’incapacité des autorités azerbaïdjanaises à mettre en œuvre les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme et appelle le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe à demander des explications à l’Azerbaïdjan au titre de l’article 52 de la Convention européenne des droits de l’homme. Cela fait de la résolution non seulement une déclaration politique, mais aussi un instrument potentiel de pression institutionnelle.
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Bakou rejette ces allégations, arguant que les événements se sont produits pendant des hostilités actives et que les enquêteurs n’ont trouvé aucune preuve d’un crime lors de l’échange de corps. Les autorités azerbaïdjanaises contestent également la compétence du tribunal et les preuves qui sous-tendent sa décision.
Que dit la résolution PACE ?
Dans sa résolution, l’APCE lance plusieurs accusations clés contre l’Azerbaïdjan.
Premièrement, il souligne l’impact restrictif des lois du pays sur les médias, les partis politiques et les organisations non gouvernementales. Selon l’Assemblée, l’effet combiné de cette législation a considérablement réduit le journalisme indépendant, la véritable compétition politique, la liberté d’expression et l’espace civique.
La résolution stipule qu’en 2026, il ne reste plus aucun média indépendant en Azerbaïdjan. Elle note également que la Plateforme du Conseil de l’Europe pour la protection du journalisme et la sécurité des journalistes indique que l’Azerbaïdjan compte actuellement 36 journalistes en détention.
Deuxièmement, la résolution place une fois de plus la question des prisonniers politiques au centre de l’attention. Selon l’APCE, leur nombre avait atteint 328 en mai 2026. À titre d’exemple, la résolution fait spécifiquement référence au cas du défenseur des droits humains et observateur électoral Anar Mammadli. L’Assemblée estime que son emprisonnement actuel porte la marque d’une motivation politique et rappelle que la Cour européenne des droits de l’homme avait déjà statué que sa détention antérieure était motivée par des raisons politiques.
La résolution présente également les longues peines de prison prononcées contre les journalistes d’AbzasMedia, ainsi que les poursuites engagées contre le personnel de Meydan TV, Toplum TV, Kanal 11, Kanal 13 et du service azerbaïdjanais de RFE/RL, dans le cadre d’un système de répression plus large.
Troisièmement, la résolution identifie l’incapacité de l’Azerbaïdjan à mettre en œuvre les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme comme un problème systémique distinct. L’APCE note que de nombreuses décisions clés à l’encontre du pays sont restées lettre morte pendant des années. Il s’agit notamment de cas impliquant le blocage des médias en ligne, la radiation arbitraire d’avocats, les restrictions à l’enregistrement et au fonctionnement d’organisations non gouvernementales, la sécurité des journalistes et l’utilisation abusive du droit pénal contre les critiques du gouvernement.
Le document rappelle également qu’en septembre 2025, le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe a adopté une résolution intérimaire sur la question et, en mars 2026, a exprimé sa « profonde préoccupation » face à l’absence de progrès.
En outre, l’Assemblée a condamné les lourdes peines de prison imposées aux chercheurs indépendants Igbal Abilov et Bahruz Samadov pour ce qu’elle a qualifié de fausses accusations de trahison liées à leurs contacts réguliers avec les universités et les citoyens arméniens. Se référant à sa Résolution 2352 (2020), Menaces contre la liberté académique et l’autonomie des établissements d’enseignement supérieur en Europel’APCE a réaffirmé que la liberté académique est une composante essentielle d’une société démocratique.
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Qu’est-ce que l’espace civique ?
Dans la pratique internationale des droits de l’homme, le terme « espace civique » fait référence à l’environnement juridique, politique et institutionnel dans lequel les individus et les groupes peuvent exprimer librement leurs opinions, s’associer les uns aux autres, se réunir pacifiquement, accéder à l’information, participer à la prise de décision publique et obtenir un financement pour leurs activités.
Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme définit l’espace civique comme un environnement fondé sur la liberté d’expression, la liberté d’association, la liberté de réunion pacifique et la participation à la vie publique. CIVICUS ajoute l’accès aux ressources et au financement, ainsi que la responsabilité de l’État de protéger ces libertés. Le Conseil de l’Europe, quant à lui, considère un « espace civique dynamique » comme l’un des fondements d’une véritable démocratie.
Dans la résolution de l’APCE, le terme n’est pas utilisé comme un concept abstrait mais en relation avec des mécanismes de gouvernance spécifiques : législation restrictive, obstacles au financement international, contrôle de l’État sur les médias, poursuites pénales contre les critiques du gouvernement et non-exécution des jugements des tribunaux.
En d’autres termes, le problème va au-delà des arrestations individuelles. Il s’agit du rétrécissement des canaux par lesquels les citoyens peuvent s’exprimer librement, s’organiser collectivement et demander des comptes aux autorités.
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Contexte historique et politique
La résolution doit être considérée dans le contexte d’une crise dans les relations qui a commencé en 2024. En janvier de la même année, l’APCE a refusé de ratifier les pouvoirs de la délégation azerbaïdjanaise, invoquant le non-respect par l’Azerbaïdjan des engagements qu’il avait pris lors de son adhésion au Conseil de l’Europe, notamment dans les domaines de la démocratie, des droits de l’homme et de l’État de droit.
En réponse, Bakou a choisi de ne soumettre les pouvoirs de sa délégation à l’Assemblée ni en 2025 ni en 2026. En conséquence, la résolution actuelle a été adoptée à un moment où le dialogue entre les deux parties était effectivement suspendu.
La nouvelle résolution ressemble et diffère des précédentes résolutions de l’APCE sur l’Azerbaïdjan.
Comme la résolution 2184 (2017), elle exprime son inquiétude quant à la liberté d’expression, d’association et de réunion, à l’indépendance judiciaire et aux pressions exercées sur les critiques du gouvernement. La résolution 2322 (2020), quant à elle, a souligné la nature systémique du problème des prisonniers politiques.
Le texte de 2026 adopte cependant une approche plus étroite et plus ciblée. Plutôt que d’aborder les institutions démocratiques en général, il se concentre spécifiquement sur la « réduction au silence des voix critiques » – le rétrécissement de l’espace civique – et relie explicitement cette question à l’échec de l’Azerbaïdjan à mettre en œuvre les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme.
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Qu’est-ce que cette résolution pourrait changer ?
La résolution a une capacité limitée à déclencher des conséquences juridiques immédiates, d’autant plus que l’Azerbaïdjan ne participe plus aux travaux de l’APCE. Son importance politique et diplomatique reste néanmoins considérable.
Premièrement, il établit un cadre institutionnel officiel au sein du Conseil de l’Europe. Plutôt que de traiter séparément les cas de journalistes ou de militants individuels, la résolution présente le problème comme une réduction systémique au silence des voix critiques.
Deuxièmement, il appelle les États membres du Conseil de l’Europe et l’Union européenne à recourir davantage aux canaux bilatéraux et multilatéraux pour faire pression en faveur de la libération des prisonniers politiques, rejeter les demandes d’extradition politiquement motivées et accorder une plus grande attention aux demandes d’asile émanant de militants à risque.
Troisièmement, son appel à invoquer l’article 52 de la Convention européenne des droits de l’homme, ainsi que l’accent mis sur la mise en œuvre des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme, suggèrent que la question pourrait passer à une phase d’examen juridique plus rigoureuse.
À plus long terme, le rétrécissement de l’espace civique affaiblit les mécanismes de rétroaction dans tout système politique. En l’absence de médias indépendants, d’ONG de surveillance et de défenseurs des droits de l’homme, la corruption, les échecs politiques et le mécontentement du public ont tendance à devenir visibles seulement à un stade ultérieur. La participation du public décline, la société devient plus passive et le dialogue entre l’État et la société est de plus en plus remplacé par le langage de la sécurité et de la loyauté.
Les approches adoptées par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, le Conseil de l’Europe et CIVICUS suggèrent également qu’un espace civique ouvert n’est pas seulement une question de protection des droits mais aussi une condition préalable à la stabilité et à la responsabilité. Le Rapport mondial 2026 de Human Rights Watch et CIVICUS Monitor concluent également que la pression sur les critiques du gouvernement et les médias indépendants en Azerbaïdjan se poursuit.
En théorie, les autorités azerbaïdjanaises ont trois pistes d’action possibles : rétablir le dialogue avec l’APCE et poursuivre les réformes juridiques et techniques ; rejeter catégoriquement les critiques comme étant politiquement biaisées ; ou chercher à atténuer la pression internationale au moyen de concessions sélectives.
L’expérience des deux dernières années suggère que les autorités ont privilégié la seconde approche. Toutefois, la voie la plus efficace pour réduire les tensions à long terme réside toujours dans des réformes significatives de la législation et de la pratique judiciaire.
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La résolution du 24 juin ne révèle aucun fait nouveau concernant l’Azerbaïdjan. Au contraire, il rassemble les préoccupations accumulées depuis des années en un seul diagnostic politique et juridique.
Ce qui le distingue, c’est que l’accent n’est plus uniquement mis sur les arrestations individuelles, mais sur le rétrécissement plus large de l’espace civique.
Cela soulève la question centrale :
Bakou rejettera-t-il la résolution comme une nouvelle expression temporaire de critique politique, ou la reconnaîtra-t-elle comme un avertissement d’une crise de confiance plus profonde dans ses relations avec le Conseil de l’Europe – et dans le système de gouvernance du pays ?
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