Analyse des nouvelles lois géorgiennes
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Le 28 janvier 2026, le parti au pouvoir Georgian Dream a annoncé un ensemble d’amendements législatifs qui, selon les critiques, marquent un changement qualitatif dans le système politique géorgien. Le gouvernement a justifié ces changements comme étant nécessaires pour protéger la souveraineté des influences étrangères. En pratique, cependant, elles élargiraient considérablement les pouvoirs de l’État pour contrôler l’expression politique des citoyens, les médias, la société civile et les entreprises.
Les amendements visent la loi sur les subventions, la loi organique géorgienne sur les associations politiques de citoyens, ainsi que les codes pénal et administratif.
L’idée centrale de ces changements est simple : presque toute activité impliquant un financement étranger et que le gouvernement juge politique pourrait donner lieu non seulement à des sanctions administratives, mais également à des poursuites pénales.
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Le financement étranger comme motif de persécution
Selon les nouvelles règles, la définition d’une subvention serait radicalement élargie. L’argent, l’assistance technique, l’expertise ou les services reçus d’une personne physique ou morale étrangère pourraient être considérés comme une subvention si, selon l’interprétation du gouvernement, ils influencent l’opinion publique, les institutions de l’État ou les processus politiques. Dans de tels cas, les donateurs auraient besoin de l’approbation préalable du gouvernement. L’utilisation de ces ressources sans consentement entraînerait une responsabilité pénale.
Les sanctions sont sévères. Les violations pourraient entraîner des amendes, des travaux forcés ou des peines de prison pouvant aller jusqu’à six ans. Des accusations telles que « lobbying externe » et « blanchiment d’argent à des fins politiques » seraient passibles de peines allant de neuf à 12 ans. La loi s’appliquerait également en partie de manière rétroactive, ce qui signifie que l’utilisation des subventions reçues avant son entrée en vigueur nécessiterait également l’approbation du gouvernement.
Les avocats affirment que les propositions ne visent plus à garantir la transparence du financement étranger, mais plutôt à le traiter automatiquement comme suspect et menaçant. Ce faisant, affirment-ils, l’État criminaliserait l’expression politique licite.
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Toute coopération avec des fondations ou des personnes morales étrangères sans l’approbation du gouvernement constituera une infraction pénale.

Qui décide de ce qui constitue de la « politique » ?
L’un des aspects les plus controversés de la loi est sa définition extrêmement large du terme « politique ». Selon le Premier ministre, les organes étatiques compétents – et, si nécessaire, les tribunaux – détermineront ce qui entre dans cette catégorie. En pratique, cela signifie que les déclarations citoyennes, les recherches, les articles journalistiques, les sessions de formation ou les campagnes publiques pourraient être rétrospectivement classés comme « influence politique ».
Les experts préviennent que dans un tel environnement, les gens ne peuvent plus savoir à l’avance ce qui est autorisé et ce qui peut conduire à une sanction. Cela crée ce qu’ils décrivent comme un « effet de stigmatisation », dans lequel les individus recourent à l’autocensure non pas parce qu’ils enfreignent la loi, mais parce qu’ils ne peuvent pas prédire comment les autorités interpréteront leurs actions.
Impact sur les partis politiques
Les changements auraient également un effet profond sur la politique des partis. Les employés des organisations qui reçoivent des financements étrangers n’auraient pas le droit d’adhérer à des partis politiques pendant huit ans. Le gouvernement présente cela comme un moyen de protéger les partis des « intérêts extérieurs », mais les critiques soutiennent que cela empêcherait effectivement les personnes professionnellement impliquées dans le travail en faveur des droits humains, la recherche, l’observation des élections ou le journalisme d’entrer en politique.
En outre, la loi traiterait les organisations de la société civile comme des acteurs politiques. Si une organisation est censée « participer à façonner la volonté politique des citoyens », elle pourrait être désignée comme une entité « poursuivant des objectifs politiques de parti ». Ce statut lui interdirait de fournir de l’aide, imposerait des limites aux dons et l’exposerait à des responsabilités bureaucratiques et pénales supplémentaires.
Les avocats affirment que ce mécanisme permettrait à l’État de contrôler étroitement le secteur non gouvernemental et de le neutraliser efficacement.
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Un coup dur pour les affaires
Les changements affecteraient également le secteur commercial. Toute activité politique publique d’une entité commerciale qui n’est pas directement liée à ses activités principales serait passible d’une amende de 20 000 lari pour une première infraction et de 40 000 lari pour des violations répétées. Selon la loi, « activité politique » inclut toute action visant à influencer le gouvernement ou la société.
En effet, cette disposition priverait les entreprises de la possibilité d’exprimer publiquement leurs positions sur des questions sociales ou politiques – qu’il s’agisse de la réforme judiciaire, des droits de l’homme ou de la politique étrangère du pays.
Sur la voie russe
Les groupes de la société civile affirment que ce plan reflète fidèlement le modèle développé en Russie et en Biélorussie, où le contrôle de l’État ciblait initialement les organisations, puis s’étendait aux individus – journalistes, militants et chercheurs. Dans ces systèmes, l’État réglemente non seulement les actions, mais aussi les relations, les croyances et les choix professionnels des individus.
En conséquence, l’expression politique a cessé de fonctionner comme un droit civique naturel et est devenue une activité risquée qui peut à tout moment donner lieu à des poursuites judiciaires.
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Quand le droit devient un outil de contrôle
La logique globale des changements donne naissance à ce que les critiques qualifient de légalisme autoritaire – un système dans lequel la loi ne restreint plus le pouvoir, mais le renforce au contraire par des définitions vagues et des sanctions sévères.
Dans un tel environnement, affirment-ils, les citoyens peuvent formellement conserver leur statut juridique, mais perdre la liberté de penser, de s’associer et d’agir sans constamment peser le risque de poursuites pénales. Selon les critiques, il ne s’agit plus de lois individuelles, mais d’une transformation du système politique dans son ensemble.
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