lois en Géorgie
Malgré les protestations en cours en Géorgie, les autorités ont introduit près d’une douzaine de restrictions législatives en un an seulement, chacune restreignant les droits des citoyens. Le rythme de ce changement radical a même dépassé celui de la Russie, où un processus similaire s’est déroulé sur plusieurs années.
« Un gros doigt d’honneur à Bruxelles et à Washington – BRAVO, GÉORGIENS ! » a écrit la chaîne pro-Kremlin Telegram Lev Mordoracélébrant un autre amendement proposé à la loi géorgienne. Des éloges similaires de la part des blogueurs, propagandistes et responsables russes pro-Kremlin sont devenus presque monnaie courante en Géorgie. Plus les nouvelles restrictions sont sévères, plus des personnalités comme Simonyan, Zakharova, Dugin ou Peskov applaudissent avec enthousiasme le gouvernement géorgien.
Les autorités – contrairement aux militants et à l’opposition – ne montrent aucune gêne face à cette approbation. Et « l’imprimeur fou » législatif de Géorgie ne montre aucun signe de ralentissement.
Qu’est-ce que le phénomène de « l’imprimeur fou » ?
Avant d’examiner les mesures adoptées au cours de l’année écoulée, il convient d’en expliquer le titre. Le terme « imprimeur fou » vient de la politique russe. Il décrit le Parlement du début des années 2010, qui a fait adopter des dizaines de lois controversées – allant des restrictions imposées aux ONG à de nouvelles règles de censure – sans pratiquement aucun véritable débat.
La Russie a élargi sa boîte à outils répressive sur quatre à cinq ans. La Géorgie a progressé à un rythme beaucoup plus rapide. Une autre différence importante est la portée. Les autorités géorgiennes ont ciblé plusieurs fronts à la fois : la société civile, les médias et les opposants politiques. En Russie, « l’imprimeur fou » a travaillé par vagues. Il s’en est d’abord attaqué aux ONG. Des restrictions médiatiques ont suivi. Puis sont venus des changements dans les règles électorales, et seulement après cela, des mesures contre les manifestations et le soi-disant « extrémisme ».
Année difficile
La période allant de novembre 2024 à novembre 2025 est largement considérée en Géorgie comme un tournant. Beaucoup considèrent la décision formelle du gouvernement d’abandonner les négociations d’adhésion à l’UE comme un moment de non-retour. Cette annonce a provoqué la colère du public et fait descendre des dizaines de milliers de personnes dans la rue. Les manifestations sont devenues massives et continues.
Les partisans de l’intégration européenne ont bloqué la principale avenue Rustaveli de Tbilissi presque tous les jours pendant près d’un an. Ils ont continué à le faire malgré les violentes dispersions policières.
À un moment donné, les autorités ont décidé d’élargir leurs moyens de pression. Les canons à eau, les balles en caoutchouc et les gaz lacrymogènes ne suffisaient plus, c’est pourquoi ils ont introduit des lois visant à « maîtriser » les militants. Peu de temps après, le gouvernement a présenté toute une série de nouvelles initiatives. Ces mesures allaient à l’encontre de la constitution géorgienne et des obligations internationales du pays en matière de droits de l’homme au titre des conventions mondiales.
Ce que la Géorgie a adopté en un an : les principales lois qui restreignent les droits et libertés
1. Modifications de la loi sur les rassemblements et les manifestations (décembre 2024)
Ce qu’ils font :
- Les autorités ont effectivement interdit le port de masques lors des manifestations, ce qui permet aux systèmes de reconnaissance faciale d’identifier plus facilement les manifestants et de leur infliger des amendes.
- Ils ont considérablement augmenté les amendes pour un large éventail de « violations » vaguement définies.
- Ils ont élargi les pouvoirs de la police pour procéder à des détentions et des perquisitions.
Pourquoi c’est important :
Cela criminalise effectivement la participation aux manifestations et facilite les détentions arbitraires, créant ainsi un climat d’intimidation.
2. La Loi « Agents Etrangers » / FARA (Mars 2025)
Ce qu’il fait :
- Il oblige les ONG, les médias et même les citoyens à s’enregistrer comme « agents d’influence étrangère ».
- Le refus peut entraîner de lourdes amendes et jusqu’à cinq ans de prison.
Pourquoi c’est important :
La loi stigmatise la société civile, rend risquée l’activité publique indépendante et ouvre la porte à des poursuites pénales.
3. La loi sur l’approbation préalable des subventions étrangères (16 avril 2025)
Ce qu’il fait :
- Tout financement étranger nécessite désormais l’approbation du gouvernement.
- Il est interdit aux organisations internationales d’organiser des événements pour les partis politiques géorgiens.
- Les violations peuvent conduire à un blocage efficace des activités.
Pourquoi c’est important :
La loi prive les ONG et les médias de leur indépendance financière et permet au gouvernement d’étouffer les organisations qu’il considère comme indésirables.
4. Modifications de la législation sur les médias (entrées en vigueur en 2025)
Ce qu’ils font :
- La Commission des communications a obtenu un plus grand contrôle sur le contenu.
- De nouveaux critères vagues d’« exactitude factuelle » et d’« équité » ont été introduits.
- Le financement étranger des médias a été limité.
Pourquoi c’est important :
Ces règles permettent aux autorités d’imposer des amendes ou de fermer des médias pour pratiquement toute critique, de porter atteinte au pluralisme et d’alimenter l’autocensure.
5. Modifications de la loi sur la liberté d’expression (26 juin 2025)
Ce qu’ils font :
- Ils affaiblissent la protection des journalistes dans les affaires de diffamation.
- Ils facilitent le dépôt de poursuites-bâillons, des actions en justice destinées à intimider ou à mettre les médias en faillite.
- Ils introduisent une responsabilité en cas de refus de révéler ses sources.
Pourquoi c’est important :
Les changements ont frappé le plus durement le journalisme d’investigation, permettant aux autorités de faire pression sur les rédactions par des poursuites judiciaires massives et sapant l’institution des sources confidentielles.
6. Une nouvelle série de sanctions plus sévères pour les manifestations (printemps-automne 2025)
Ce qui a été fait :
- Une nouvelle infraction plus large de « trouble délibéré de l’ordre public » a été introduite.
- Les peines pour les infractions liées aux manifestations ont été portées à 5 à 10 ans.
- Les motifs d’arrestation administrative ont été élargis.
- En octobre, un nouveau paquet a permis la détention immédiate des manifestants.
Pourquoi c’est important :
Les sanctions sont devenues si sévères et vagues que toute protestation comporte désormais le risque d’un casier judiciaire. La dissidence publique devient bien plus dangereuse.
7. Le paquet sur l’interdiction des partis politiques (16 octobre 2025)
Ce qui a été fait :
- Les autorités ont obtenu le pouvoir d’interdire les partis pour des motifs très généraux.
- Les membres d’un parti interdit peuvent perdre indéfiniment leur droit de vote passif.
- Parallèlement, des mesures ont été prises pour interdire les principaux groupes d’opposition.
Pourquoi c’est important :
C’est un coup dur pour la concurrence politique : le Parlement dispose d’outils pour éliminer les partis indésirables et exclure définitivement les hommes politiques de la vie publique.
En plus de ces mesures, plusieurs initiatives ont été proposées mais non encore adoptées :
8. Amendements au Code électoral pour interdire le vote à l’étranger
Ce qu’ils proposent :
- Suppression des bureaux de vote à l’étranger.
- Privant effectivement du droit de vote des millions de Géorgiens vivant à l’étranger.
Pourquoi c’est important :
Cela restreint considérablement les droits électoraux de la diaspora et affaiblit une partie de l’électorat qui ne soutient traditionnellement pas le parti au pouvoir.
9. Amendements resserrant les règles d’enregistrement des nouveaux partis
Ce qu’ils proposent :
- Des seuils plus élevés pour l’enregistrement des partis.
- De nouveaux motifs de rejet des candidatures.
Pourquoi c’est important :
Cela ferme la voie à l’émergence de nouvelles forces politiques.
10. Projet de loi élargissant la surveillance numérique
(discuté sous la bannière de « moderniser la cybersécurité »)
Ce qu’il propose :
- Accorder aux services de sécurité l’accès aux données des opérateurs sans ordonnance du tribunal.
- Extension des outils de surveillance en ligne.
Pourquoi c’est important :
Cela présente des risques pour la vie privée, la liberté d’expression et l’anonymat.
11. Amendements autorisant des restrictions sur les ONG internationales dans les « zones nationales sensibles »
(en préparation ; des déclarations publiques ont été faites)
Ce qu’ils proposent :
- Interdire ou limiter les programmes des ONG dans les domaines des droits de l’homme, de l’éducation et des médias.
- Exiger des licences pour les projets internationaux.
Pourquoi c’est important :
Il s’agit d’un pas vers l’isolement total de la société civile du soutien international.
Ensemble média
lois en Géorgie