La stratégie de paix d’Ilham Aliyev
L’auteur de cette analyse a choisi de rester anonyme.
La table ronde organisée par l’Agence de développement des médias d’Azerbaïdjan (MEDİA) à Bakou ressemblait plus à une plateforme de signalement politique qu’à un événement médiatique conventionnel.
Lors de la discussion du 12 mai, intitulée « La stratégie de paix du président Ilham Aliyev est un garant de la stabilité », les organisateurs ont déclaré que l’objectif était de promouvoir l’agenda de paix, d’élargir la coopération internationale et de garantir que le public soit « correctement informé ».
Il convient de noter que l’organisme d’État chargé de réglementer et de soutenir le secteur des médias s’est moins concentré sur les défis auxquels est confronté le journalisme que sur la manière dont la politique de paix du président devrait être communiquée.
Un autre détail a fait ressortir l’événement. Sur son propre site Internet, MEDIA a décrit la table ronde dans un langage plus doux et plus technocratique, tandis qu’Azernews – une publication considérée comme proche de l’agence – a décrit la réunion en termes plus explicitement politiques.
Le rapport mettait notamment l’accent sur les commentaires de Natig Mammadli selon lesquels les médias azerbaïdjanais devraient promouvoir activement les idées de paix au niveau international, tandis que les médias eux-mêmes étaient décrits comme « l’une des armes les plus puissantes » contre la désinformation.
L’écart entre le résumé officiel et l’interprétation plus combative est peut-être l’aspect le plus révélateur de l’événement.

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Qui a participé à l’événement et de quoi a-t-on discuté ?
Selon les informations officielles, parmi les participants à la table ronde figuraient l’ancien ministre des Affaires étrangères Tofig Zulfugarov, les députés Fariz Ismailzade et Rizvan Nabiyev, ainsi que l’historien Rizvan Huseynov. La discussion était modérée par Natig Mammadli, directeur exécutif adjoint de MEDİA.
Dans le résumé officiel de MEDIA, Mammadli a lié les politiques du président Ilham Aliyev à une coopération régionale plus forte, à un dialogue constructif et à l’établissement d’une confiance à long terme. D’autres intervenants ont souligné les initiatives de paix de l’Azerbaïdjan, sa politique étrangère équilibrée et l’importance des liens régionaux.
Cependant, l’aspect le plus remarquable de l’événement n’a pas été le langage neutre du résumé officiel, mais les messages plus conflictuels apparus dans la couverture médiatique pro-gouvernementale.
Selon un reportage d’Azernews, Tofig Zulfugarov a déclaré que certains acteurs continuaient de mener des politiques dirigées contre l’Azerbaïdjan et ses alliés, et que la nécessité d’une vigilance constante persistait même après la guerre de 44 jours et les opérations militaires de 2023. Il a également présenté le Groupe de Minsk de l’OSCE moins comme un mécanisme de résolution des conflits que comme un outil de gestion de la région.
Rizvan Huseynov, quant à lui, a critiqué ce qu’il a décrit comme l’approche néocoloniale de la France, affirmant que l’Arménie était considérée par Paris comme un « avant-poste ». Mammadli a conclu en soulignant que le rôle principal des médias était de promouvoir la paix à l’échelle mondiale.
Ces messages politiques plus pointus étaient absents du résumé officiel de MEDIA et sont apparus principalement dans les rapports des médias pro-gouvernementaux couvrant l’événement.
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Contexte
Pour comprendre l’importance de l’événement, il est important de considérer la nouvelle réalité apparue depuis 2020. La déclaration trilatérale signée le 10 novembre 2020 a mis fin à la guerre de 44 jours, établi un cessez-le-feu et conduit au déploiement de casques bleus russes.
En septembre 2023, l’Azerbaïdjan a mené une courte opération militaire au Karabakh et a effectivement repris le contrôle total de la région. Plus de 100 000 Arméniens de souche ont ensuite fui vers l’Arménie. La situation humanitaire autour du corridor de Latchine a suscité pendant plusieurs mois l’inquiétude du Comité international de la Croix-Rouge et d’autres organisations internationales.
Après cela, les discussions se sont éloignées de la question du « statut » pour se tourner vers les frontières, les voies de transport et les relations interétatiques. En mars 2025, les ministères des Affaires étrangères de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie ont confirmé leur accord sur le texte d’un projet de traité de paix et, en août de la même année, le document a été officiellement paraphé à Washington.
Dans le même temps, un appel commun a été signé appelant à la fin du processus du Groupe de Minsk de l’OSCE et des structures associées. Une évaluation du renseignement américain de 2026 a déclaré que ce développement contribuait à une plus grande stabilité régionale.
Dans ce contexte, le 10 mai à Zangilan, le président Ilham Aliyev a déclaré que l’Azerbaïdjan vivait « dans des conditions de temps de paix », tout en arguant que le pays devait rester vigilant. Il a également ouvertement critiqué les observateurs européens.
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La nouvelle stratégie médiatique de Bakou
La décision de MEDIA d’accueillir un tel événement ne semble pas fortuite. L’agence a été créée par décret présidentiel en 2021, supervise le registre des médias et, selon son mandat, est chargée à la fois du développement du secteur des médias et de l’élaboration des règles qui le régissent.
Dans le même temps, le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, la Commission de Venise et le Comité pour la protection des journalistes ont averti que la loi azerbaïdjanaise sur les médias de 2022 renforce le contrôle de l’État, tandis que le registre et d’autres mécanismes pourraient avoir un effet dissuasif sur la liberté de la presse.
Dans ce contexte, une conférence centrée sur la « stratégie de paix » ressemble moins à un séminaire qu’à un signal indiquant que la politique des médias est de plus en plus étroitement liée aux messages stratégiques.
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Que signifie l’appel lancé aux médias azerbaïdjanais de « promouvoir la paix au niveau international » ?
La réponse la plus simple est un effort plus coordonné pour projeter le récit officiel à l’étranger. Cela inclut des thèmes tels que la reconstruction du Karabakh, l’ouverture des voies de transport, la lutte contre la désinformation, les doubles standards occidentaux et la présentation de l’Azerbaïdjan comme une force de stabilité régionale.
Le même langage est apparu dans d’autres remarques de Natig Mammadli, participant à l’événement : désinformation, sécurité de l’information, éducation aux médias et mécanismes institutionnels. La discussion ne portait pas seulement sur la paix elle-même, mais aussi sur les termes dans lesquels cette paix devait être présentée.
C’est de là que vient l’apparente contradiction entre la « stratégie de paix » officielle et la rhétorique plus dure utilisée par Tofig Zulfugarov et d’autres. De l’extérieur, « paix » et « vigilance constante » peuvent paraître contradictoires. Pourtant, dans le discours officiel de Bakou, les deux sont souvent combinés en une seule approche : la paix est présentée non pas comme le résultat d’un compromis, mais comme un nouvel ordre façonné par des avantages militaires et politiques.
La même logique était visible dans le discours du président Ilham Aliyev à Zangilan. L’Azerbaïdjan se présente comme l’architecte de la paix tout en gardant un ton d’avertissement envers l’Arménie et ses partenaires extérieurs. En ce sens, le langage de l’événement était plus proche du langage de l’avantage d’après-guerre que du langage de la réconciliation.
La table ronde soulève également indirectement des questions sur la liberté des médias en Azerbaïdjan. Dans le classement 2026 de Reporters sans frontières, le pays se classe 171e sur 180. Selon l’organisation, « la quasi-totalité du secteur des médias est sous contrôle officiel », tandis que les chaînes de télévision et de radio indépendantes n’existent plus à l’intérieur du pays.
Freedom House a classé l’Azerbaïdjan parmi les pays dotés d’un environnement Internet parmi les plus restrictifs au monde. Par ailleurs, le Comité pour la protection des journalistes et Amnesty International ont déclaré que depuis fin 2023, au moins 25 journalistes ont été arrêtés, tandis que les peines sévères prononcées contre les journalistes d’Abzas Media ont été confirmées en avril 2026 – une évolution qui continue de susciter de sérieuses inquiétudes.
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Dans ce contexte, les appels à « l’éthique des médias » et à la « lutte contre la désinformation » ressemblent moins à un soutien au pluralisme qu’à une exigence de discipline.
Le message semble également différer selon le public. Au niveau national, cela pourrait indiquer une ligne plus claire pour les médias : défendre le programme de paix du président et répondre aux critiques extérieures. À Erevan, il est plus probable qu’elle soit interprétée comme une campagne de communication officielle, d’autant plus que l’environnement médiatique arménien reste plus diversifié mais aussi profondément polarisé, tandis que les négociations avec l’Azerbaïdjan restent particulièrement sensibles.
A Bruxelles, une telle approche pourrait être considérée comme un signal dirigé contre le rapprochement croissant de l’Arménie avec l’UE. Pour Washington, cependant, le test clé ne sera pas la rhétorique mais la question de savoir si l’accord paraphé sera finalement signé et ratifié. Moscou, quant à elle, pourrait y voir une nouvelle indication de l’émergence d’un nouvel ordre régional dans le Caucase du Sud, à mesure que le rôle de médiateur de la Russie s’affaiblit.
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La question clé pour la région reste entière
La table ronde organisée à Bakou a illustré l’approche actuelle de l’Azerbaïdjan : diplomatie de paix, légitimité d’après-guerre, mobilisation institutionnelle contre la désinformation et coordination étatique étroite des médias présentés comme les éléments d’une politique unique.
C’est peut-être là la caractéristique déterminante de l’événement : les médias ne sont plus traités simplement comme un secteur qui rend compte des événements, mais comme un outil de promotion de la version officielle de la paix.
Pourtant, les perspectives d’une paix durable dans le Caucase du Sud dépendent moins de ces discussions que d’autres facteurs : la signature et la ratification de l’accord paraphé, la délimitation des frontières, l’ouverture des voies de transport à des conditions mutuellement acceptables et une réduction du discours public militarisé.
Sans ces mesures, la « stratégie de paix » risque de rester à la fois une proposition diplomatique et une campagne de communication. La question centrale pour la région reste donc inchangée : cette stratégie conduira-t-elle à une véritable réconciliation, ou présentera-t-elle simplement un nouveau statu quo sous une forme plus acceptable et plus légitime ?
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