Avocat sur la décision de la CEDH sur la « nuit Gavrilov »
« (Cette décision) non seulement rétablit la confiance des victimes individuelles dans le fait que leur lutte longue et difficile pour leurs droits finira par réussir, mais ouvre également de nouvelles opportunités pour protéger les droits des participants à des rassemblements pacifiques », a écrit Nona Kurdovanidze, présidente de l’Association des jeunes avocats géorgiens, sur les réseaux sociaux. Dans son message, elle a expliqué pourquoi la décision de la Grande Chambre de la CEDH dans l’affaire de la « nuit Gavrilov » est si importante.
Anniversaire de la Nuit de Gavrilov : comment le 20 juin est devenu le symbole de la violente répression de l’opposition en 2019
Trois ans se sont écoulés depuis la violente répression d’un rassemblement antigouvernemental à grande échelle à Tbilissi, qui a fait plus de 200 blessés et coûté la vue à deux manifestants.
L’Association des jeunes avocats géorgiens a remporté un procès suite à la dispersion d’une manifestation à Tbilissi les 20 et 21 juin 2019, qui a été déclenchée lorsque le député russe Sergueï Gavrilov a pris la présidence du parlement géorgien et s’est adressé aux délégués de l’Assemblée interparlementaire sur l’orthodoxie en russe.
La Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l’homme a statué que les 20 et 21 juin 2019 – lors de la « nuit Gavrilov » – les droits de 26 citoyens avaient été violés en vertu de la Convention européenne des droits de l’homme, notamment l’interdiction de la torture, la liberté d’expression et la liberté de réunion et de manifestation.
Le tribunal a condamné l’État géorgien à verser un total de 646 000 euros aux 26 victimes. Les juges ont conclu à l’unanimité que l’interdiction de la torture avait été violée à l’égard des 26 requérants qui avaient porté plainte.
Le ministère de la Justice dirigé par Georgian Dream a commenté la décision du tribunal, affirmant que lors de la « nuit de Gavrilov », l’ancienne direction du ministère de l’Intérieur « n’a pas réussi à garantir l’usage d’une force proportionnée » contre les manifestants.

Nona Kurdovanidze :
«Pourquoi l’arrêt rendu par la Grande Chambre du tribunal de Strasbourg dans la nuit du 20 au 21 juin 2019 est-il si important ?
Non seulement cela rétablit la confiance des victimes individuelles dans le fait que leur lutte longue et difficile pour leurs droits finira par réussir, mais cela ouvre également de nouvelles opportunités pour protéger les droits des participants à des rassemblements pacifiques, y compris à l’avenir.
Cette affaire est particulièrement pertinente aujourd’hui, alors que le droit de réunion pacifique est parmi les plus restreints et que la dispersion violente des manifestations, la torture et le recours à des moyens spéciaux contre des manifestants pacifiques restent une réalité.
Suite à cet arrêt, la Géorgie est obligée non seulement de verser les indemnisations accordées aux victimes individuelles, mais également d’élaborer des règles détaillées pour l’utilisation de moyens spéciaux (lors de manifestations).
La Géorgie est tenue de :
- S’abstenir d’utiliser des moyens spéciaux contre des manifestants pacifiques ;
- Élaborer des instructions détaillées sur les caractéristiques techniques spécifiques de ces moyens et leur utilisation, en tenant compte des risques sanitaires. La législation nationale devrait également inclure des garanties efficaces pour empêcher les actions arbitraires lorsque ces moyens sont utilisés ;
- Utiliser des moyens cinétiques (balles en caoutchouc) uniquement en cas d’extrême nécessité, en réponse à une menace réelle et immédiate pour la vie ou un préjudice physique ;
- Appliquer des moyens cinétiques uniquement dans des cas ciblés, plutôt que comme mesure générale de contrôle des foules ;
- Utilisez-les de manière à minimiser les risques pour la vie et la santé, même lorsqu’ils sont délibérément appliqués ;
- Évitez d’utiliser des dispositifs à plusieurs composants ou des balles contenant du métal ;
- Veiller à ce que l’utilisation de moyens cinétiques soit généralement précédée d’un avertissement approprié ;
- Restreindre l’usage des moyens cinétiques aux agents des forces de l’ordre ayant reçu une formation adéquate ;
- Veiller à ce que l’utilisation de moyens cinétiques soit effectuée sous des ordres et une surveillance stricts.
Et un rappel de ce qui s’est passé dans la nuit du 20 au 21 juin 2019 :
La police a commencé à utiliser des armes cinétiques contre des milliers de citoyens participant à une manifestation pacifique sans avertissement. Outre les gaz lacrymogènes et les canons à eau, le ministère de l’Intérieur a commencé à tirer illégalement et sans avertissement préalable des balles en caoutchouc sur les manifestants.
L’utilisation prolongée et ciblée de gaz lacrymogènes, de canons à eau et de balles en caoutchouc, l’absence de normes internationales sur leur utilisation et les actions brutales de la police et des forces spéciales pendant plus de six heures ont entraîné des blessures physiques chez plus de 200 personnes.
L’opération de dispersion a duré près de sept heures. La police a tiré plus de 800 balles en caoutchouc. Au total, 187 manifestants et 38 journalistes ont été officiellement enregistrés comme blessés par les actions de la police. Certains ont perdu la vue, tandis que d’autres ont été blessés au visage par des balles en caoutchouc.
Après cette victoire historique, l’Association des jeunes avocats géorgiens s’est souvenue de la façon dont nous avons commencé à travailler sur ces affaires : immédiatement après la dispersion, nous avons recherché les détenus et les victimes dans les centres de détention, défendu devant les tribunaux environ 80 personnes en détention administrative et localisé les blessés dans les hôpitaux.
Nous sommes très heureux que six années de travail acharné aient porté leurs fruits. Un grand merci à tous les collaborateurs de l’association qui, au cours de ces six années, ont travaillé à différents moments sur les cas des personnes touchées les 20 et 21 juin. Nous remercions également notre partenaire, le Centre européen de défense des droits de l’homme, avec qui nous avons porté cette affaire devant le tribunal de Strasbourg.
Elle a perdu un œil lors d’un rassemblement à Tbilissi, mais elle continuera à protester. Pourquoi? – une vidéo
Mako Gomuri, 19 ans, est devenue un symbole des manifestations de Tbilissi en 2019 après avoir perdu son œil à cause d’une balle en caoutchouc tirée par la police anti-émeute lors de la dispersion d’un rassemblement antigouvernemental.

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