Union européenne et Azerbaïdjan
Ces dernières années, les relations entre l’Union européenne et l’Azerbaïdjan ont connu un changement notable : l’attention portée aux droits de l’homme et aux institutions démocratiques a progressivement reculé, tandis que la sécurité énergétique et la géopolitique régionale ont occupé le devant de la scène. Ce changement coïncide avec la phase la plus dure de répression intérieure du pays.
Cette évolution parallèle a des implications significatives à la fois pour le rôle normatif revendiqué par l’UE et pour le nouvel ordre politique émergent dans le Caucase du Sud.
Cet article est basé sur les données et les conclusions du rapport 2025 Négliger les principes : la crise des droits de l’homme en Azerbaïdjan – L’Union européenne donne la priorité à l’énergie et à la géopolitiqueproduit par la Campagne pour mettre fin à la répression en Azerbaïdjan, une initiative menée par des défenseurs des droits humains et des ONG qui étudient les arrestations arbitraires systématiques dans le pays depuis plus de vingt ans.
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Le président italien a décrit Bakou comme un partenaire respecté de l’UE, tandis que le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a qualifié l’Azerbaïdjan de « réserve d’or de l’UE ».
Changer l’équilibre des pouvoirs : l’influence croissante de l’Azerbaïdjan et le silence de l’Europe
Selon le rapport, le poids international de l’Azerbaïdjan a considérablement augmenté depuis 2022 : le contrôle des routes énergétiques, son rôle de lien de transit clé entre la mer Noire et la Caspienne, l’accueil de la COP29 à Bakou et l’image diplomatique façonnée par le soutien humanitaire à l’Ukraine ont tous accru l’importance géopolitique du pays.
Cependant, cette hausse s’est accompagnée d’une répression sévère contre les institutions nationales vitales, notamment les médias, les ONG, les politiques indépendantes et le discours universitaire.
Lors des visites des représentants spéciaux de l’UE à Bakou, les droits de l’homme n’ont pas été abordés du tout ou ont été réduits à des déclarations symboliques, ce qui en Azerbaïdjan a été interprété comme le signe qu’une gouvernance autoritaire entraîne peu de coûts diplomatiques.
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D’un partenariat fondé sur des valeurs à une coopération motivée par les intérêts
L’accord de partenariat et de coopération de 1999, qui constitue la base des relations entre les deux parties, souligne explicitement l’importance des droits de l’homme, de l’État de droit et du renforcement des institutions démocratiques. Or, l’analyse du rapport montre que depuis les années 2010, cet accord-cadre a progressivement perdu son influence réelle.
En 2013, en rejetant un accord d’association, l’Azerbaïdjan a manifesté son refus d’accepter des conditionnalités politiques.
Entre 2015 et 2018, les deux parties ont évolué vers un modèle de « modernisation », dans lequel les relations se construisaient principalement autour de l’énergie, du commerce et des infrastructures.
Depuis 2022, la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine a fortement accru le besoin de l’UE de diversifier ses sources énergétiques, faisant de la coopération avec Bakou une priorité géopolitique.
Ainsi, une politique fondée sur des valeurs a progressivement cédé la place à une approche instrumentale fondée sur des intérêts pragmatiques.
Le facteur énergétique : priorité absolue de l’UE et source de tensions
Après la signature du mémorandum énergétique de 2022, les relations bilatérales se sont concentrées sur l’augmentation des exportations de gaz et l’expansion du « Corridor gazier sud » passant par l’Azerbaïdjan.
Comme le note le rapport :
- L’UE est le principal partenaire commercial de l’Azerbaïdjan, représentant 63 % des exportations du pays ;
- Entre 2022 et 2024, la demande de l’UE en gaz et en pétrole azerbaïdjanais a diminué, mais cette politique est restée une priorité politique ;
- Dans le même temps, les importations croissantes d’énergie russe en provenance de l’Azerbaïdjan et les soupçons de « rebranding » du gaz russe pour l’approvisionnement européen rendent une telle coopération stratégiquement paradoxale.
Ces évolutions posent une question fondamentale pour l’UE : le fait de donner la priorité à la sécurité énergétique plutôt qu’aux valeurs normatives garantit-il une stabilité à long terme ou, à l’inverse, renforce-t-il les systèmes autoritaires ?
Une nouvelle phase de répression : prisonniers politiques, répression des médias, persécutions transfrontalières
Le rapport note que l’Azerbaïdjan détient désormais le plus grand nombre de prisonniers politiques depuis l’indépendance – plus de 400 personnes. Rien qu’en 2024-2025, la fermeture des principaux médias, l’expulsion des journalistes de la BBC et de VOA et les arrestations massives du personnel d’AbzasMedia, Toplum TV, Meydan TV et d’autres plateformes ont effectivement réduit à néant la liberté de la presse.
La répression ne se limite pas à la sphère intérieure : la surveillance des journalistes et des défenseurs des droits humains à l’étranger, les pressions exercées sur les membres de leurs familles et les tentatives d’utiliser Interpol démontrent que Bakou étend son contrôle politique au-delà de ses frontières.
Dans ce contexte, le silence de l’UE comporte non seulement des risques normatifs, mais aussi des conséquences réelles : les coûts des politiques répressives sont réduits et les mécanismes de protection publique sont entièrement compromis.
Fragmentation au sein de l’UE : le Parlement ferme contre le « pragmatisme » de la Commission
Selon le rapport, en 2024-2025, le Parlement européen a lancé des appels forts pour geler l’accord énergétique avec l’Azerbaïdjan, imposer des sanctions en cas de violations des droits de l’homme et lier les relations à la libération des prisonniers politiques.
Toutefois, la Commission européenne et le Service européen pour l’action extérieure n’ont pas donné suite dans la pratique, en poursuivant le dialogue énergétique et commercial sous la forme habituelle. Cette double approche envoie un signal clair aux autorités azerbaïdjanaises : les déclarations dures n’entraînent pas de réelles conséquences politiques.
Arrière-plan
Les différentes approches de l’UE envers les différents pays rendent cette contradiction encore plus apparente. Dans les cas de la Biélorussie et de la Géorgie, l’UE a ouvertement condamné la répression, imposé des sanctions et apporté un soutien systématique à la société civile.
Dans ses relations avec l’Azerbaïdjan, des outils similaires ne sont pas appliqués, même si le système politique du pays est tout aussi autoritaire, et parfois même plus dur.
Cette disparité met en évidence le fossé entre les principes et la realpolitik dans la politique de l’UE dans le Caucase du Sud.
Résumé
Les conclusions du rapport montrent que la politique actuelle de l’UE, d’une part, offre une commodité à court terme en matière de sécurité énergétique, mais d’autre part, contribue à une fermeture accrue de l’espace politique intérieur de l’Azerbaïdjan et sape le propre système de valeurs de l’Union.
Le point le plus critique est le suivant : si, pendant une période de répression croissante en Azerbaïdjan, le soutien politique de l’UE reste principalement axé sur la coopération énergétique, cela envoie un signal non seulement à Bakou mais à tous les acteurs autoritaires de la région que les valeurs ne reposent pas sur des principes.
Cette contradiction soulève des doutes sur la stabilité à long terme et le développement démocratique de l’ensemble du Caucase du Sud.
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