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Géorgie, France et Géorgie : Noé Homériki (1883-1924), révolutionnaire et ministre de l'Agriculture


NOE KHOMERIKI
mercredi 13 juin 2012, par Mirian Méloua

Noé Khomériki est né le 1er janvier 1883, en Gourie, province de l'Ouest de la Géorgie.

Il se marie avec Ana Nikalaïchvili : ils auront un fils, Victor, en 1910 (1).

 

Le révolutionnaire


En 1905, il est l'un des fondateurs de la "République de Gourie", éphémère structure sociale-démocrate déclarée durant 6 mois, au sein de l'Empire russe. Il est déporté une première fois.

En 1909, il est déporté une 2ème fois à Vologda (Russie du Nord), où son état de santé se dégrade (angine de poitrine). Son ami Nicolas Tchéidzé, député à la Douma et chef de l'opposition, essaie d'intervenir par l'intermédiaire du président de la Douma, en vain (2).

 

L'homme politique, artisan de la réforme agraire


En mai 1918, il est nommé ministre du Travail et de l'agriculture dans le premier gouvernement de la Ière République de Géorgie, présidé par Noé Ramichvili (3).

Il est reconduit dans les mêmes fonction en août 1918 dans le premier gouvernement de Noé Jordania, puis devient ministre de l'Agriculture et des communications jusqu'en février 1921 dans son second gouvernement.

En janvier 1919, après avoir été élu député à l'Assemblée constituante, il conçoit , propose et fait voter une réforme agraire qui redistribue la terre aux paysans sous forme de propriétés privées, à l'exception des forêts, des rivières et de quelques pâturages qui restent la propriété de l'Etat géorgien (4).

 

L'exil


En février 1921, devant l'avancée de l'armée de la Russie soviétique en Géorgie, il prend le chemin de l'exil avec le gouvernement de la Ière République de Géorgie (5). Il se réfugie à Constantinople, et à Paris.

En Géorgie, des révoltes spontanées éclatent, provoquées par la famine et l'impôt en nature instauré par le régime soviétique, principalement en Lechtkhoumie, Ratcha et Svanétie. Dès le printemps 1922, elles s'étendent à toutes les régions montagneuses et sont coordonnées par des organisations clandestines, le "Comité de l'indépendance de la Géorgie" (6) et le "Comité militaire uni" (7).

Noé Khomériki assure la liaison politique, à partir de Constantinople, entre ces organisations et le gouvernement en exil à Paris.

Ce dernier y voit un moyen d'attirer l'attention de l'opinion publique internationale et décide de préparer une insurrection nationale, d'autant que la Grande-Bretagne s'oppose au souhait de la France de voir la Géorgie représentée aux conférences de Cannes, de Gênes et de Lausanne.

En mars 1923, le "Centre militaire uni" est infiltré par la police politique bolchévique, la "Tchéka" : ses dirigeants sont arrêtés et fusillés. Une "Commission militaire", subordonnée au "Comité de l'indépendance de la Géorgie" se reconstitue, mais elle ne dispose plus des contacts avec les organisations de résistance des autres peuples du Caucase.

 

Le retour en Géorgie et la préparation de l'insurrection nationale


Noé Homériki entre clandestinement en Géorgie et joint ses efforts au "Comité de l'indépendance de la Géorgie" : il demande au gouvernement en exil financements, combattants expérimentés dans l'action clandestine, armes et accommodements avec la Turquie.

L'appui de Varsovie, après le démission de Pilsudski du poste de chef de l'armée polonaise en juin 1923, semble se restreindre. Noé Homériki s'en émeut auprès du gouvernement géorgien exil à Leuville-sur-orge par une série de missives.

Il est arrêté par la "Tchéka" .

 

L'insurrection nationale d'août 1924 et la mort


Au vu de la situation politique internationale qui semble favorable à la Géorgie et au vu de la situation de l'armée soviétique en Géorgie qui est en plein renouvellement d'effectif, la décision est prise de déclencher l'insurrection nationale. La ville de Tchiatouri anticipe le 28 août : le soulèvement se propage à partir du 29, perdant l'effet de surprise. Certaines régions se libérent une semaine, mais Tbilissi et Batoumi restent entre les mains de l'armée soviétique.

Sept mille insurgés seront fusillés, dont Noé Homériki le 1er septembre 1924.

*

Sa femme se suicide en Géorgie.

Son fils Victor, resté à Paris, se retrouve orphelin à 14 ans et sera pris en charge par la communauté géorgienne en France.

 

Sources


-  archives familiales,

-  "H. Barbusse, les Soviets et la Géorgie" par David Charchidzé,

-  "Les combats indépendantistes des caucasiens entre URSS et puissances occidentales. Le cas de la Géorgie" par Georges Mamoulia.

 

Notes


(1) Victor Homériki (1910-1994), ancien président de l'Association géorgienne en France

(2) Suite à la demande de Nicolas Tchéidzé de soins médicaux à Pétrograd pour Noé Homériki, le président de la Douma reçoit la réponse ci-dessous du directeur du département de police de l'Empire du tsar :

"Il y a plus de 10 ans que le susmentionné Khomeriki se trouve dans les rangs du parti S.D. ouvrier de Russie. Dès le premier jour de son entrée dans cette association criminelle, il se distingua de ses camarades par une volonté particulièrement forte, par un talent d'organisateur et par un dévouement presque fanatique à la cause du socialisme et de la révolution. Aujourd'hui, il est déjà l'un des leaders des organisations caucasiennes du parti S.D. et l'animateur de toutes leurs actions révolutionnaires, dans le domaine de la propagande écrite, ainsi que de l'agitation orale en vue de la propagation parmi les ouvriers de Bakou et de Tiflis des idées socialistes. Les 3 campagnes électorales pour la Douma d'Etat dans le Caucase, qui eurent pour résultat l'élection des socialistes extrémistes, ont été menées sous la direction immédiate du susnommé Khomériki. En un mot Khomériki appartient à la catégorie d'ennemis les plus redoutables et les plus irréductibles de l'ordre social et politique existant. Et c'est pourquoi, de l'avis du département de police, tout soulagement de son sort aurait produit sur la population l'impression de démoralisation et aurait inspiré aux révolutionnaires le sentiment d'impunité"

(3) La Ière République de Géorgie (1918-1921)

(4) Noé Homériki publie à Paris, en 1921 : "La Réforme agraire et l'économie rurale en Géorgie. Rapport au Congrès du Parti Social Démocrate de Géorgie, en juillet 1920".

(5) La Ière République de Géorgie en exil en France

(6) "Le Comité d'indépendance de la Géorgie", appelé aussi "Damkom", organisation clandestine se fixant le but de rétablir la Ière République de Géorgie, est né en 1922 et est paritaire : il est composé d'un représentant des partis nationaux-démocrates, sociaux-démocrates, sociaux-fédéralistes, sociaux-révolutionnaires et des sans-parti. Il est présidé tour à tour par Gogui Pagava, Nikoloz Kartsivadze et Kote Andronikachvili.

(7) "Le Centre militaire uni" est composé d'officiers géorgiens. Il est présidé par Konstantiné Abkhazi (1867-1923), ancien général de l'armée de l'Empire russe. Il est arrêté par la "Tchéka" et exécuté le 19 mai 1923 avec 14 autres officiers géorgiens.



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