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XI) La Révolution des Roses et ses conséquences sur l'immigration géorgienne en France


vendredi 19 octobre 2012, par Mirian Méloua

Onzième partie du Dossier : les émigrations géorgiennes vers la France au XXème et au XXIème siècles (2012).

-  L'engouement initial pour la « nouvelle » Géorgie

-  Des associations franco-géorgiennes naissent, ou renaissent

-  Un intérêt culturel croisé

-  Une certaine lassitude vis-à-vis de la « nouvelle » Géorgie

-  Une balance "retour d'immigration / immigration" négative.

Les médias français rapportent la Révolution des Roses et le destin personnel de Salomé Zourabichvili avec dithyrambie. Ils informent plus dramatiquement de la guerre russo-géorgienne d'août 2008 et prêtent un rôle au président de la République française.

 

L'engouement initial pour la « nouvelle » Géorgie


La Géorgie se fait mieux connaître en France. Des conférences sur la culture et l'histoire de la Géorgie sont données par des Géorgiens, formés dans les universités françaises et résidant en France, comme Gaston Bouatchidzé, Georges Mamoulia et Thorniké Gordadzé.

Les films de cinéastes géorgiens exilés en France, comme Otar Iosséliani, Nino Kirtadzé, Gela Babluani ou Giorgio Ovashvili sont diffusés à la télévision ou dans les salles de cinéma françaises.

A partir de Tbilissi, où elle réside, une génération de jeunes journalistes français, à la fois bourlingueurs et analystes (Claire Delessard, Emmanuel Guillemain d'Echon, Nicolas Landru avec pour précurseur Régis Genté), fait connaître la Révolution des Roses et ses effets au quotidien par l'intermédiaire des médias francophones.

Voir :

-  Régis Genté, spécialiste du Caucase et de l'Asie centrale.

A partir de Paris, et parfois à partir de Leuville-sur-Orge, des descendants des émigrations géorgiennes en France utilisent les nouvelles technologies dans le même but.

En 2002, Othar Pataridzé (ancien président de l'Association Géorgienne en France) lance le website « Samchoblo » (la Patrie) en langues française et géorgienne : il devient un support communautaire.

Voir :

-  http://www.samchoblo.org.

En 2003, Mirian Méloua lance la lettre électronique « Les Infos Brèves France Géorgie », diffusée mensuellement, en langue française : elle propose une revue de presse et des infos brèves (politique, économique, sport, culture). Elle atteint plusieurs milliers de destinataires.

Voir :

-  La lettre électronique mensuelle francophone "Les Infos Brèves France Géorgie", ouverte au public en 2003.

En 2007, Luc Méloua lance les « Georgian News » annonçant les évènements culturels géorgiens en français, en géorgien et en anglais : elles cessent leur parution fin 2010.

Voir :

-  La lettre d'informations culturelles "Georgian News", publiée en trois langues de 2007 à 2010.

D'autres sites Web sont plus éphèmères (comme celui de l'Association géorgienne en France), ainsi que d'autres lettres électroniques (comme "Une semaine en Géorgie" de Mery Zourabichvili).

Des concerts de polyphonies géorgiennes sont donnés par des ensembles vocaux composée de jeunes immigrés, comme « Harmonie géorgienne » dirigée par Nana Péradzé. Ils invitent des maîtres de chant géorgiens pour animer les ateliers de formation.

Voir :

-  Polyphonies : l'ensemble "HARMONIE GEORGIENNE", à Paris.

Des ensembles vocaux venus de Géorgie (Simi, Guria, Kessane, Mzetamze, Georgian Legend, Ballet Soukhichvili, Shavnabada, Basiani, Laprebi,…) se produisent régulièrement en France, durant la saison estivale, souvent dans les Eglises.

En novembre 2003, sous l'impulsion de Claude Parmentier et de Luc Méloua, la Commission culturelle municipale de Leuville-sur-Orge crée les Ières journées franco-géorgiennes. En 2004, elles accueillent près de 300 personnes, avec la participation du nouvel ambassadeur de Géorgie en France, d'un sénateur français, d'un ambassadeur de France et d'un général français (promotion Amilakvari de l'Ecole Saint-Cyr). Ces journées perdurent et donnent lieu en 2011 à la plantation de ceps de vigne importés de Géorgie.

Voir :

-  Leuville-sur-Orge : 2ème journée franco-géorgienne le 13 novembre 2004.

 

Des associations franco-géorgiennes naissent, ou renaissent


comme

-  l'Association culturelle et d'amitié Bègles France - Tbilissi Géorgie (1997), avec Jack Tsitsichvili,
-  l'Association Caravansaraï - Echanges artistiques (2002), remplaçant l'association Centre culturel Caucase - Europe (2001), à Paris, avec Shalva Khakhanashvili,
-  l'Association étudiante Sorbonne - Géorgie (2005), à Paris, avec David Guétsadzé,
-  l'Association française culturelle et d'amitié avec le peuple géorgien, à Brétigny-sur-Orge, avec Thierry Bérichvili,
-  l'Association franco-géorgienne d'échanges culturels et humanitaires Véra Pagava, à Paris, avec Elisso Tarassachvili,
-  l'Association Nantes - Tbilissi (1979), avec Gaston Bouatchidzé,
-  l'Association Yonne - Kakhétie (2007), à Saint-Valérien,
-  le Centre culturel géorgien Lazi de Paris ( 2009), avec Ekaterine Bodokia,
-  le Foyer géorgien, à Leuville-sur-Orge, avec Nathéla Jordania,
-  l'Institut Noé Jordania (2006), à Eragny-sur-Oise, avec Christine Pagava - Boulez,
-  Kavkassia - Centre culturel caucaso - géorgien (1999), à Rennes, avec Zoia Tchitchoua,
-  Momavali - France (2001), à Versailles, avec Ina Ranson.

D'autres associations ont une activité moins connue ou plus éphémère :
-  Le Moulin de Paata (2008), avec Paata Kourdadzé, un écrivain émigré,
-  l'Association France Géorgie (2008), à Toulouse, avec Davit Mikoutchadzé,
-  les Amis du Caucase (2006 à 2008), IEP Paris, avec Guivi Shaishmelashvili.

L'Association culturelle géorgienne en Albigeois est crée en 2011.

Elles ont généralement pour objectif de diffuser la culture géorgienne en France, mais parfois aussi d'apporter un témoignage historique et souvent de permettre aux jeunes générations émigrées de ne pas oublier leurs racines.

Voir :

-  Association étudiante "Sorbonne - Géorgie"

-  Géorgie : l'Institut Noé Jordania de Paris

-  Le Centre culturel géorgien LAZI, à Paris

-  L'Association culturelle géorgienne en Albigeois.

 

Un intérêt culturel croisé


Cet intérêt français pour la culture géorgienne provoque, en sens inverse, un intérêt pour la France de la part des candidats géorgiens à l'émigration. La ville de Nantes, jumelée avec Tbilissi, et le département de l'Yonne, jumelée avec la région de Kakhétie, fixent une population immigrée géorgienne, accompagnant les activités de coopération, en situation régulière vis-à-vis des lois françaises. Pourtant, en marge, la presse régionale se fait l'écho d'incidents avec des immigrés géorgiens en situation irrégulière.

Pour l'anecdote, les changements d'équipe diplomatique à l'ambassade de Géorgie à Paris, incitent parfois quelques-uns de ses membres à rester en France.

Le 18 septembre 2008, un concert de soutien à la Géorgie -en pleine tension avec la Russie- est organisé à l'Eglise de la Madeleine à Paris avec la participation des plus grands artistes géorgiens émigrés, Elisso Bolkvadzé, Tamar Iveri, Guiorgui Kharadzé, Nino Machaïdzé, Shalva Mukeira, etc.

Le 25 novembre 2009, Véronique de Chabot-Tramecourt, Princesse Alain Murat, donne une conférence "L'impératrice Eugénie, les Murat et la Géorgie" à la fondation Eugène Napoléon à Paris au profit de l'association "SOS enfant de Géorgie".

 

Une certaine lassitude vis-à-vis de la « nouvelle » Géorgie


Quelles que soient les véritables responsabilités dans le déclenchement de la guerre russo-géorgienne d'août 2008, et la solidarité unanime affirmée au peuple géorgien par toutes les composantes de la communauté géorgienne en France, les évènements posent question.

Ils posent question comme les démissions d'ambassadeurs, de ministres, de premiers ministres et de président du Parlement, antérieures et postérieures à 2008, rejoignant l'opposition. Ils posent question comme les actions de la police et des forces anti-émeutes, lors des manifestations de l'opposition politique (mai 2011). Ils posent question comme les difficultés rencontrées par les médias géorgiens indépendants, rapportées à titre privé et à titre institutionnel. Ils posent question comme l'obsolescence du système pénitencier, soulignée dès 2004 par la juge française Sylvie Pantz (dans le cadre d'une mission de l'Union européenne) et qui semble perdurer année après année selon les missions successives.

Tout en se félicitant des progrès réalisés depuis novembre 2003 (ouverture et reconnaissance internationales, restauration de l'autorité de l'Etat, libéralisation de l'économie, modernisation des infrastructures, progression du PIB moyen par habitant, lutte contre la corruption, consolidation de l'approvisionnement énergétique, …) et tout en mesurant la part d'amplification apportée par les mouvements d'opposition (divisés, s'opposant entre eux et ne se reconnaissant pas de leader charismatique), une certaine lassitude s'instaure au sein de l'émigration géorgienne en France vis-à-vis des tenants de la Révolution des Roses. Le pouvoir use, les réformes de fond sont lentes et difficiles, alors que le temps médiatique est instantané.

 

Une balance "retour d'immigration / immigration" négative


La balance entre les retours volontaires vers la Géorgie, comme celui du vice-président de l'Association géorgienne en France et de sa famille, Irakli Thodua, ou celui de l'universitaire français Thorniké Gordadzé devenu vice-ministre des Affaires étrangères, chargé des affaires européennes (puis ministre d'Etat), et les nouveaux émigrés reste négative.

Au final, plutôt que d'inciter à une diminution du flux migratoire géorgien vers la France, la Révolution des Roses et ses développements ultérieurs ont contribué à son maintien. La page tournée le 1er octobre 2012, avec l'élection d'un Parlement acquis à une coalition de partis d'opposition et avec un gouvernement de cohabitation, favorisera certainement l'établissement d'un bilan.

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