Selon le Centre de recherche sur les politiques économiques (EPRC), l’expansion de la plateforme en ligne russe Wildberries en Géorgie présente des risques importants pour le pays.
Le centre fait cette évaluation dans un nouveau rapport examinant les menaces que les activités liées à Wildberries pourraient représenter pour les marques géorgiennes représentées sur la plateforme, les consommateurs, les banques géorgiennes et le système économique et financier géorgien dans son ensemble.
Baies sauvages est un marché en ligne souvent décrit comme « l’Amazonie russe ».
Selon l’EPRC, au moins huit entrepôts de Wildberries ont été mis hors service par les frappes ukrainiennes fin août 2026, tandis que plus de 20 installations ont été endommagées. Dans le même temps, une partie de l’écosystème financier de l’entreprise, la Wildberries Bank, a été placée sous sanctions internationales.
Le centre indique que, alors que l’infrastructure d’entrepôt de Wildberries en Russie est devenue une cible pour les drones ukrainiens et que la branche bancaire de l’entreprise a été inscrite sur une liste de sanctions, Wildberries a utilisé la Géorgie et d’autres pays voisins pour étendre son réseau commercial et ses capacités logistiques.
L’EPRC prédit que la Géorgie pourrait ainsi faire partie d’une infrastructure régionale aidant une entreprise liée au Kremlin et des entreprises russes sanctionnées à réduire les pertes causées par la guerre et les sanctions.
Le rapport note que l’infrastructure officielle de Wildberries en Géorgie comprend des entrepôts, des centres de tri et des points de collecte. Selon les instructions de l’entreprise, mises à jour le 4 juin 2026, les vendeurs géorgiens peuvent choisir un entrepôt ou un centre de tri et revoir les conditions d’acceptation des produits, les tarifs logistiques, les délais de tri et les délais de livraison aux consommateurs.
Selon l’EPRC, cela indique que les activités de l’entreprise en Géorgie ne se limitent plus aux points de collecte. Les infrastructures locales sont également utilisées pour recevoir, trier puis livrer les produits. Cependant, les sources ouvertes ne confirment pas pour l’instant l’existence d’un grand centre logistique en Géorgie. Une situation similaire existe en Azerbaïdjan.
« Supprimez-le, ou nous vous couperons les mains » – menaces contre un rédacteur en chef de JAMnews suite aux critiques de Wildberries
La police géorgienne a ouvert une enquête, tandis que les journalistes ont ouvert leur propre enquête
Selon le rapport, des informations se sont répandues en septembre 2025 selon lesquelles les entreprises locales avaient eu la possibilité de vendre leurs produits directement via la plateforme Wildberries.
L’EPRC publie également ce qu’elle estime être une liste incomplète des marques géorgiennes disponibles sur la plateforme. Le centre explique qu’il est difficile de trouver une liste complète car Wildberries ne permet pas aux utilisateurs de rechercher des marques par pays d’origine.
À ce stade, la liste des produits et marques géorgiens présents sur la plateforme comprendrait Borjomi, Nabeghlavi, Natakhtari, Zedazeni, Gurieli, Kula, Badagoni, Chateau Mukhrani, Askaneli, Sarajishvili, MACH & MACH, ANOUKI et Aleksandre Akhalkatsishvili.
EPRC souligne que Wildberries fonctionne comme un marché. La présence d’un produit particulier sur la plateforme ne signifie pas automatiquement que le fabricant ou un représentant officiel de la marque le vend directement. Le produit peut être répertorié soit par le fabricant, soit par un revendeur indépendant.
Selon le centre, si un détaillant indépendant vend le produit, la marque peut restreindre ces ventes en protégeant sa propriété intellectuelle ou en utilisant des mécanismes contractuels.
Selon l’EPRC, l’expansion de Wildberries en Géorgie ne se résume plus uniquement au développement du commerce en ligne. Le centre identifie plusieurs risques majeurs.
Le rapport indique notamment que Wildberries est lié au système commercial et financier russe, et que ses liens avec le Kremlin ont également été confirmés. La branche financière de l’entreprise, Wildberries Bank, a été placée sous sanctions britanniques et européennes. Selon l’EPRC, les sanctions sont liées au rôle de la banque dans le soutien financier de l’armée et aux intérêts agressifs des autorités russes.
Le centre indique également que la plateforme Wildberries est utilisée pour acheter des biens nécessaires à l’armée russe, notamment du matériel militaire et des biens à double usage. Selon l’EPRC, des enquêtes journalistiques indépendantes l’ont également confirmé.
Sanctions contre IDS Ukraine : la participation géorgienne pourrait devenir la « victime » de la nationalisation de l’entreprise ukrainienne
Les autorités ukrainiennes cherchent à prendre le contrôle d’IDS Ukraine, dont 34,83% sont détenus par la famille du défunt homme d’affaires géorgien Badri Patarkatsishvili.

Dans ce contexte, les auteurs du rapport s’interrogent sur l’efficacité des contrôles sur le commerce et l’exportation de ces produits en Géorgie. Selon eux, cela augmente le risque que des biens sanctionnés ou des articles à double usage puissent entrer ou être réexportés via le pays.
EPRC accorde une attention particulière au développement des capacités logistiques de Wildberries en Géorgie. Le centre estime qu’après qu’une partie importante du réseau d’entrepôts de l’entreprise en Russie ait été endommagée, les infrastructures en dehors de la Russie sont devenues encore plus importantes pour Wildberries. La Géorgie pourrait ainsi faire partie du réseau de diversification régionale de l’entreprise.
Le rapport décrit également l’intégration croissante des entreprises géorgiennes dans le système Wildberries. Les produits des marques géorgiennes sont déjà vendus sur la plateforme, et les entrepreneurs géorgiens peuvent la rejoindre en tant que vendeurs directs. EPRC estime que cela crée à la fois des risques de réputation et des risques financiers potentiels pour les entreprises à l’avenir.
Selon le centre, le secteur financier géorgien est également menacé. Wildberries Bank a été soumise à des sanctions du Royaume-Uni et de l’UE en 2026, tandis que 5 % de la banque est également détenue par la banque russe sanctionnée VTB.
Selon l’EPRC, le fait que les clients géorgiens paient leurs achats sur Wildberries avec des cartes bancaires géorgiennes signifie que le secteur bancaire local doit se conformer au régime de sanctions et effectuer des contrôles supplémentaires sur les transactions. Selon le centre, après que les sanctions ont été imposées à la Wildberries Bank, la Banque nationale de Géorgie a transféré la responsabilité aux différentes institutions financières, expliquant que chaque banque doit évaluer de manière indépendante les risques de violation ou de contournement des sanctions.
Selon l’EPRC, dans ces circonstances, le développement en Géorgie d’infrastructures liées à une institution financière sanctionnée, à une entreprise proche du Kremlin et à une plate-forme utilisée pour approvisionner l’armée russe ne peut pas être simplement considéré comme un investissement étranger ou une expansion du commerce de détail.
Le centre suggère que si Wildberries continue de se développer en Géorgie sans surveillance de l’État ni contrôle douanier et financier approprié, et si les entreprises et les banques géorgiennes approfondissent leur coopération avec la plateforme, le pays pourrait faire partie d’un réseau économique et logistique qui aide les entreprises russes à continuer d’opérer dans un contexte de guerre et de sanctions internationales.
L’EPRC estime qu’un tel processus pourrait avoir des conséquences à long terme sur l’économie et la réputation de la Géorgie.
EPRC sur les risques posés par Wildberries en Géorgie