Amendement au code électoral géorgien
Tamta Mikeladze, directrice du Centre pour la justice sociale, affirme que la décision du parti géorgien au pouvoir de restreindre le droit de vote des citoyens vivant à l’étranger sert non seulement à exclure les électeurs d’opposition, mais constitue également une grave violation.
En vertu d’un nouvel amendement législatif que le parlement géorgien prévoit d’adopter d’ici la fin de 2025, les citoyens vivant à l’étranger ne seront autorisés à voter aux élections législatives et locales que s’ils reviennent personnellement dans le pays. Jusqu’à présent, ils pouvaient voter dans des bureaux de vote spéciaux installés dans les ambassades et les consulats des pays comptant une importante diaspora géorgienne. Selon le président du Parlement Shalva Papuashvili, l’objectif de l’amendement est d’empêcher toute « ingérence extérieure » dans les élections.
Tamta Mikeladze a déclaré : « Priver les citoyens vivant à l’étranger du droit de voter sur leur lieu de résidence n’est pas seulement une décision politique visant à écarter les électeurs majoritairement d’opposition et, vraisemblablement, une manipulation à l’approche d’élections législatives anticipées, mais aussi une grave violation des droits de l’homme.
La participation aux élections n’est pas un privilège ; c’est un droit fondamental dérivé de la citoyenneté. Le refus de ce droit à un groupe doit être justifié par une explication convaincante, raisonnable et proportionnée de la part du gouvernement. Pourtant, le parti au pouvoir, le Rêve géorgien, n’a présenté aucun argument crédible pour priver les citoyens d’un droit qu’ils exercent depuis des décennies. L’affirmation d’une « ingérence extérieure » est fausse. Les élections à l’étranger sont organisées par les organes de l’État géorgien, le processus est entièrement contrôlé par eux et il n’y a eu aucune preuve d’ingérence étrangère au cours de toutes ces années. Cet amendement peut donc être considéré comme injustifié et contraire aux principes des droits de l’homme.
Dans la théorie démocratique, de telles actions sont considérées comme une privation délibérée des droits de certains groupes au profit politique des élites. De plus, lorsqu’un État exclut une partie significative de ses citoyens du corps politique, un phénomène connu dans les recherches sous le nom de « réduction du demos », qui est un mécanisme classique de l’autoritarisme.
De nombreuses études confirment que l’émigration n’affaiblit pas les liens politiques avec l’État ou la patrie. Au contraire, la diaspora reste souvent l’un des groupes les plus engagés économiquement, émotionnellement et socialement.
Nos émigrants entretiennent des liens familiaux, économiques et sociaux, envoient des fonds chez eux, soutiennent leurs familles et font souvent preuve d’un plus grand intérêt politique que les citoyens vivant à l’intérieur du pays. Il est également important de rappeler que l’émigration en Géorgie comporte une dimension de genre prononcée, affectant de manière disproportionnée les femmes.
Il est profondément triste et troublant de constater que les citoyens les plus travailleurs et les plus résilients sont politiquement rejetés et exclus par leur propre pays.
Il sera intéressant de voir comment les partisans du Rêve géorgien concilient le refus du droit de vote – et finalement de la citoyenneté politique – à leurs épouses, mères et sœurs.
« Traverser la moitié du continent pour voter » : les Géorgiens de l’étranger veulent participer aux élections géorgiennes
« Ils savent que si un grand nombre de Géorgiens vivant à l’étranger participent aux élections, le parti au pouvoir perdra »

Amendement au code électoral géorgien